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"La Vendée ne doit être qu’un grand cimetière national" : la grande boucherie de la République... au nom de la Raison et des Lumières

La Révolution française a mis fin à la Royauté pour établir la République, non sans difficultés. Comment détruire les ennemis de la République et anéantir les opposants ? De grands noms y contribuèrent comme Robespierre, Barère, Couthon qui furent les théoriciens. Les exécutants, moins connus furent envoyés en province pour « faire le ménage ». Les tyrannosaures peuvent être de petits ou de grands tyrans. Extrait du livre "Les Tyrannosaures de la République" de Jean-Joël Brégeon et Gérard Guicheteau, aux éditions du Rocher.

Bonnes feuilles

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"La Vendée ne doit être qu’un grand cimetière national" : la grande boucherie de la République... au nom de la Raison et des Lumières

Un débat existe, à propos des guerres de Vendée, entre les partisans d’appeler génocide la répression et ses négateurs. Ces derniers poussent le paradoxe jusqu’à refuser la reconnaissance du crime à ceux qu’ils considèrent comme des adversaires réactionnaires. À moins d’avoir recours aux «cloueurs de bec», impossible de se faire entendre. Les procès d’intention ou la réfutation par les conséquences ne font pas avancer le débat. Il en irait tout autrement si nous nous placions du point de vue des faits, à la manière d’un Hippolyte Taine.

Il faut donc se demander quelle est l’originalité de la répression en Vendée.

Au cours des siècles de la période «moderne», qui commence avec la Renaissance, l’envie de tuer pour des raisons autres que la conquête de peuples et d’un territoire ne s’est manifestée qu’au temps de la Réforme, pour des causes qui tiennent à l’idéologie. La seconde moitié du xviie siècle et la presque totalité du xviiie avaient vu s’assagir ces luttes improprement appelées «fratricides». La sagesse des monarchies européennes – à l’exception de la Britannique et des princes allemands – avait obtenu une paix durable.

Les négateurs de la répression vendéenne utilisent généralement le parallèle avec le sac du Palatinat par les armées de Louvois, en 1688-1689. Ces gens se moquent. Si villages et villes furent incendiés au nord et au sud d’Heidelberg, les populations du Palatinat et du Wurtemberg avaient été évacuées. Ils avaient eu une semaine pour quitter les lieux – des chariots étaient mis à disposition pour ceux qui comptaient s’installer en Alsace. Dans le territoire insurgé de la Vendée militaire, il en alla de toute autre manière. Aux propos du général Westermann: «Nous fîmes une boucherie horrible» – parlant de ce qui se passa au Mans – répond l’ordre du général Turreau, en janvier 1794:

«Exterminer tous les hommes qui ont pris les armes, frapper avec eux leurs pères, leurs femmes, leurs sœurs et leurs enfants. La Vendée ne doit être qu’un grand cimetière national.»

La « boucherie horrible» se fit au nom de la Raison et des Lumières. C’était bien la première fois qu’on assassinait pour des causes nouvelles comme la liberté, les « droits de l’homme», la lutte contre la tyrannie… La «Raison» était à la mode depuis le milieu du siècle. Les Lumières avaient préparé les lois dont se gargarisaient les «élites élues», représentants du «peuple». Cette abstraction, LE PEUPLE, allait servir de justification aux massacres. C’est au nom du peuple que les tyrans agirent. Mais pour comprendre, il faut tenir compte des divisions de ce peuple. D’une part, le « bon peuple», parisien par excellence, groupé en «communes» de quartier, qui réagissait fortement et militairement au moindre déclic de ses prétendus représentants… jusqu’à ce que, lassés, ces représentants le bâtonnent et le fassent rentrer dans ses repaires. Ce fut le cas à plusieurs reprises jusqu’à la loi de Prairial (22 prairial an II, alias 10 juin 1794) qui renforçait la loi dite des Suspects (20 vendémiaire an II, alias 17 septembre 1793). Pour justifier l’expédition sans frais (et sans avocats) des opposants, on se basait sur ce qu’avait déclaré Robespierre reprenant Barère:

«Le délai pour punir les ennemis de la patrie ne doit être que le temps de les reconnaître; il s’agit moins de les punir que de les anéantir… Il n’est pas question de donner quelques exemples, mais d’exterminer les implacables satellites de la tyrannie ou de périr avec la République.»

La notion de «bon peuple» avait été nuancée par Jean-Paul Marat qui, dans son essai sur l’esclavage, avait écrit:

«À mesure que la population s’accroît, les moyens de subsistance deviennent moins faciles et bientôt l’État n’est plus composé que d’une vile populace que quelques hommes puissants tiennent sous le joug.»

Ce qui était bien vu… mais visait feue la «tyrannie», autre abstraction créée par les révolutionnaires purs et durs. Le terme «satellites de la tyrannie» était un amalgame opportuniste de tous ceux qui ne pensaient ni n’agissaient à l’instar des membres du Comité de salut public, ou «mieux » encore, comme le trio du « bureau de police générale» créé et dirigé au sein dudit Comité par Robespierre, Saint-Just et Couthon, planant en pleine épectase (deux mois avant leur propre mort).

S’il existe un « bon peuple», la vérité est de reconnaître l’existence d’un «mauvais peuple» qu’il convient de «régénérer». Compte tenu de la loi dite de Prairial, la régénération ne pouvait s’accomplir que par la destruction des «satellites», leur mort et l’accaparement de leurs biens, l’incendie de leurs châteaux et de leurs masures. Bref, l’anéantissement de toute une population… Tels furent les ordres reçus concernant la Vendée.

Les «principales figures» de la Révolution, de 1789 à 1794, soit Robespierre, Saint-Just, Barère, Couthon… et les autres, étaient pétris de dévotion pour ces abstractions et leur concétisation. Mais, comme il est courant, ceci servit de prétexte aux aventuriers qui avaient autre chose à faire que philosopher. L’acmé fut atteinte en novembre 1793 et en juin 1794 avec le culte à la «Déesse Raison» et à «l’Être suprême». Les représentants du peuple qui intervinrent en Vendée se réclamaient à tout propos de ces valeurs «rationnelles». Que ce soit Carrier, Francastel, Prieur (de la Marne), Bourbotte… pour les plus connus, ils envoyaient à la mort sans barguigner. Les généraux exécutaient. C’est pourquoi le cas de la Vendée ne peut pas être isolé.

Extrait du livre "Les Tyrannosaures de la République" de Jean-Joël Brégeon et Gérard Guicheteau, aux éditions du Rocher

 
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  • Par Anguerrand - 17/12/2017 - 16:35 - Signaler un abus La Republique que l'on a plaisir à déifier fut une énorme

    boucherie, aussi bien contre les vendéens persécutés, qu'à l'intérieur meme de de cette révolution. Meme Louis XVI n'aurait pas oser assassiner tout un peuple. Je n'arrive pas cette dévotion que nous avons encore pour la Révolution, si ce n'est la méconnaissance de l'Histoire.

  • Par Deudeuche - 17/12/2017 - 18:10 - Signaler un abus @Anguerrand

    Pourquoi « même «  C’est justement parce que Louis XVI n’a pas voulu s’opposer au futurs tueurs de masse que la révolution s’est imposée et à pu occire directement ou par ses conséquences plusieurs millions de personnes de 1789 à 1815 dans toute l’Europe.

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Jean-Joël Brégeon

Jean-Joël Brégeon est historien et écrivain.

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Gérard Guicheteau

Gérard Guicheteau est historien, journaliste et écrivain.

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