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La vague des printemps arabes sur laquelle surfait la Turquie a-t-elle fini par la laisser sur le sable ?

Un an après les belles paroles de son Premier ministre Recep Tayyip Erdoğan au Caire, où en est la Turquie aujourd'hui ? Entre intentions non suivies d'effets et recentrage vers le Moyen-Orient (par déception de l'Europe ?), retour sur l'évolution chaotique de la posture turque, qui a beaucoup perdu de sa superbe...

Espoir déchu ?

Publié le

A l’occasion de l’avènement du « printemps arabe », au fur et à mesure où on voyait les rêves de démocraties séculières laisser la place à l’islamisme politique, du Caire à Tunis en passant par la Tripolitaine, tous les regards se tournaient vers la Turquie. On parlait alors de néo-ottomanisme, d’une Turquie conquérante à l’économie florissante contrastant avec une Grèce moribonde, d’un islamisme modéré marchant vers la domination régionale d’un pas décidé et avec un regard d’acier.

On nous annonçait la résurrection du sublime de jadis.

Presque un an après le voyage du premier ministre Turc, Erdogan, au Caire, accueilli, par disait-on plusieurs milliers d’admirateurs à l’aéroport, que reste-t-il de la superbe turque ?

Pas grand-chose, en fait. Le régime de Bachar Al-Assad se croit impunément autorisé à abattre un F4 Phantom turc, pays membre de l’Otan, qui s’était « égaré temporairement » en territoire syrien, tuant les deux pilotes. A part un discours vociférant et des sorties de démonstration de force de F16 sur son propre territoire à l’approche d’hélicoptères mitrailleurs syriens de ses frontières, la réaction se fait attendre.

Qu’est-ce qui a suivi le discours belliqueux de ce même Erdogan, lorsque l’armée israélienne a arraisonné le « Marmara » en tuant au passage neuf militants pro palestiniens turcs : rien non plus. Pourtant, Erdogan avait même employé le mot « guerre » comme réaction à cet arraisonnement.

Que penser de la cohérence de la politique turque vis-à-vis de Damas, où après avoir établi des relations d’amitiés proches avec Bachar Al-Assad et en suspendant la nécessité de visa pour les voyages transfrontaliers, la Turquie s’est transformée en ennemi numéro un du régime syrien ? Et que vaut cette animosité pour Damas ? Rien de bien dangereux car presque seize mois après le commencement de ce qu’il faut maintenant qualifier de guerre civile syrienne, et après avoir appelé au départ d’Assad, ce dernier est toujours en place et tire à vue sur les avions turcs. La Turquie continue à se cacher en déclarant qu’elle ne fera rien sans l’aval de l’Otan ou du conseil de sécurité, le premier ne risquant pas de se matérialiser et le second bloqué par le double veto certain de la Russie et de la Chine n’est qu’une hypothèse d’école.

Le premier ministre turc semblait être plus à son aise sur le plateau de Davos en 2009 claquant la porte à la face du Président Shimon Peres en le qualifiant de quelqu’un qui « sait tuer » que sur le terrain des vrais combats. En fait, le problème turc aujourd’hui est que les paroles de ses dirigeants ne sont pas suivies d’effets.

Ce qui, en revanche, est suivi d’effet, est la répression des Kurdes et une islamisation accrue des positions de politiques étrangères de la Turquie comme si Fethullah Gülen, l’islamiste turc éminemment populaire vivant en exil en Pennsylvanie pilotait la politique de la Turquie. En trente ans de conflits avec sa population kurde, il y a eu plus de quarante mille morts dont un petit millier pas plus tard qu’en 2011, au même moment où la Turquie hurlait contre le comportement du régime syrien envers sa propre population.

Même si on a coutume de dire que la charité commence d’abord par soi-même, il faut quand même reconnaître que l’intention de la Turquie dans ses déclarations est bonne. Mais, un autre adage dit que le chemin vers l’enfer est pavé de bonnes intentions… celles qui attendent la Turquie ce sont les intentions de Fethullah Gülen.

 
Commentaires

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  • Par Ravidelacreche - 14/07/2012 - 12:23 - Signaler un abus « printemps arabe »

    Le drame c'est la "contagion" à la France ! ;o)

  • Par Bara - 14/07/2012 - 13:03 - Signaler un abus Incohérence turque

    L'incohérence de la politique étrangère turque vient du fait qu'elle tient sa légitimité de puissance régionale de son appartenance à l'OTAN et de son alliance avec Israël, pas spécialement populaire dans cette région du monde. Il est temps que l'Occident parle vrai aux ottomans: non, vous n'entrerez pas dans l'UE, oui, vous avez un passé génocidaire. Ce n'est qu'au prix d'un regard lucide sur leur pays qu'ils évolueront enfin vers une vraie démocratie et une vraie laïcité, abandonnant les chimères de grandeur.

  • Par Jean-Francois Morf - 14/07/2012 - 22:51 - Signaler un abus Les représailles doivent se faire du tac au tac, dans l'heure!

    Tuer 9 chefs israéliens mais pas un de plus, abattre un avion syrien (si possible avec Assad dedans), mais pas un de plus! Si vous ne réagissez pas du tac au tac, vous serez définitivement pris pour un con!

  • Par Jaicruvoir - 15/07/2012 - 00:50 - Signaler un abus C'est ou la turquie?

    Je ne comprends pas l'article. L'auteur voudrait que la Turquie agisse, mais pourquoi et pour qui? Les turcs font de la politique, ils ont bien apprit aux contacts des europeens on parle mais on agit pas. L'élève depasse le maitre.....

  • Par nm - 16/07/2012 - 22:01 - Signaler un abus la turquie cherche un equilibre

    J'ai lu son article sur la Turquie. De la propagande : il dit que la Turquie réprime sa population kurde; il met tous les kurdes dans le même sac. Alors que la moitié des kurdes votent pour Erdogan; Ils sont citoyens à part entière, il y a un mouvement séparatiste qui est important mais minoritaire. La turquie n'a pas les moyens de ces ambition, evidemment, l'empire ottoman etait une super-puissance, la turquie depend de l'otan. Sur le conflit israelo-palestinien : il répète le discours conformiste en occident, en faisant croire que le problème est l'extremisme qui empêche le compromis; alors qu'il s'agit du rapport de force extraordinairement en faveur d'Israel qui empêche israel de reculer, c.a.d de respecter le droit international en retounant au frontière de 1967. Il reproche à la turquie de ne plus s'aligner complètement sur l'ouest comme autrefois, de ne plus être l'ami d'israel.

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Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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