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Vague de froid : ce que risque de vous coûter l’hiver 2015 en fonction de votre chauffage

La grande vague de froid est prévue pour lundi 29 décembre. Que vous vous chauffiez au fioul, au gaz ou à l'électricité, Atlantico vous livre les prévisions météo de cet hiver et les répercussions sur votre facture énergétique.

Météo des prix

Publié le - Mis à jour le 27 Décembre 2014
Vague de froid : ce que risque de vous coûter l’hiver 2015 en fonction de votre chauffage

Chauffage : à quelle facture s’attendre cet hiver ? Crédit Reuters

Atlantico : Selon une enquête de l’Ifop, la facture de chauffage des Français s’élève en moyenne à 897 euros par an. A quelle facture de chauffage les Français doivent-ils s’attendre cet hiver ?

Stephan Silvestre : Le prix du pétrole est actuellement en chute libre. Il a perdu 40% en dollars depuis juin dernier, ce qui représente 33% en euros.

Pour que cette baisse se fasse sentir, il faut qu’elle soit durable et non ponctuelle. Pour le moment, les prix restent bas et cela devrait durer jusqu’à la fin de l’hiver. La répercussion de cette baisse sur la facture énergétique des ménages dépend bien sûr du mode de chauffage.

Ce sont les foyers utilisant le chauffage au fioul qui ressentiront le plus cette baisse. En effet, le pétrole représente plus de 40% du prix TTC du fioul. Ainsi, la baisse du pétrole a déjà entraîné mécaniquement une baisse de 12% de ce combustible depuis juin dernier. Si cette tendance se maintient durant l’hiver, la facture des foyers devrait se situer entre 15% et 20% au-dessous de celle de l’hiver dernier, à conditions climatiques équivalentes.

Pour les foyers ayant opté pour le gaz, il y aura aussi un impact, mais moindre. Le prix du gaz est indexé pour partie sur celui du pétrole. C’est pourquoi il a déjà baissé de 2% depuis juin dernier et devrait continuer de baisser encore un peu.

Enfin, pour le chauffage électrique, il ne faut pas attendre de baisse. Une très faible part de l’électricité est produite à partir de fioul, mais elle n’est pas suffisamment significative pour impacter le prix de gros du kWh.

Rémy Prud’homme : Ceux qui se chauffent au fioul vont voir leur facture diminuer, du fait de la baisse importante du prix du pétrole. Ceux qui se chauffent à l'électricité vont voir au contraire leur facture augmenter, à cause du surcoût croissant de l'électricité éolienne et solaire.

Pour ceux qui se chauffent au gaz, l'évolution du prix du gaz est assez incertaine, même pour le court terme ; d'un côté la baisse du prix du pétrole et la disponibilité du gaz de schiste aux Etats-Unis exercent des pressions à la baisse ; d'un autre côté, nos contrats à long terme nous empêchent de bénéficier pleinement d'un éventuel prix mondial plus faible.

Au total, la facture moyenne de chauffage ne devrait pas augmenter. Mais les moyennes ne racontent qu'une partie des réalités.

Les prévisionnistes annoncaient un hiver globalement doux et humide sur la France. Or, une grande vague de froid doit s'abattre sur la France lundi 29 décembre. Dans quelle mesure est-il possible de prévoir la météo à un mois, même dans les grandes lignes ?

Stephan Silvestre : Il faut prendre ce type de prévision avec beaucoup de circonspection. La météo n’est pas encore prévisible à l’échelle de plusieurs mois. Mais, si cela se produisait, ce serait bien sûr une bonne nouvelle pour les consommateurs.

Le facteur climatique est largement prépondérant sur le prix des combustibles. Un hiver rude peut impacter la facture de chauffage de 30 à 40%, toutes énergies confondues, alors que l’impact de la chute du prix du pétrole est moitié moindre, et encore pour le seul tiers de foyers chauffés au fioul.

Rémy Prud’homme : Les prévisionnistes, qui ont déjà du mal avec les températures de la semaine prochaine, sont assez démunis devant celles des mois prochains (ils n'ont de certitudes que pour les températures de la fin du siècle).

Un hiver plus doux qu'à l'accoutumé réduirait les dépenses de chauffage des consommateurs, ce qui augmenterait leurs dépenses d'autres biens. D'un autre côté, la nature a besoin des hivers froids, qui détruisent je ne sais quelles bactéries. 

Constate-t-on des variations sur la facture ces dernières années ?

Stephan Silvestre : L’effort de budget de chauffage des foyers français est orienté plutôt à la hausse durant la dernière décennie. Cette hausse est grandement due à celle de la pression fiscale et des contributions liées à la règlementation (financement des énergies vertes via la Contribution au serive public de l'électricité (CSPE), du réseau via le tarif d'utilisation des réseaux publics d'électricté (TURPE) ou encore nouvelles normes sur l’électronucléaire).

Toutefois, si on considère une plus longue période, les Français ont déjà connu de pires périodes : l’effort des foyers pour le chauffage n’excède pas 4% de leur budget, quand il culminait à 8% en 1985.

Rémy Prud’homme : Au cours des années passées les factures de chauffage ont augmenté pour les trois sources. Le prix de l'électricité a augmenté sous l'effet des taxes qui financent les subventions à l'éolien et au solaire.

Le prix du fioul a augmenté avec le prix du baril de pétrole, et avec certaines taxes. Le prix du gaz a longtemps été indexé sur le prix du pétrole.

Une chute durable des cours du pétrole doit-elle à l’avenir inciter les gens à se chauffer au fioul ?

Stephan Silvestre : Non. En dépit de cette baisse spectaculaire du fioul, le gaz reste l’énergie la plus compétitive au kWh et continuera de le rester. Si le pétrole connaît une chute conjoncturelle, celle-ci ne sera pas durable et les prix repartiront à la hausse l’année prochaine. Les consommateurs en sont conscients.

En revanche, le gaz naturel est sur une baisse structurelle due à l’augmentation de l’offre, sous l’impulsion du gaz de schiste américain, mais aussi du développement du gaz naturel liquéfié.

Au-delà du prix, le gaz bénéficie d’autres atouts : les chaudières sont plus propres, plus faciles d’entretien et moins odorantes. Enfin, elles sont moins nocives pour la santé et l’environnement en raison de leurs plus faibles émissions de particules fines.

Rémy Prud’homme : A court terme : non. Un changement de mode implique de lourds investissements, et dans certains cas n'est même pas faisable (pensez à un petit appartement chauffé à l'électricité). De plus, on ne peut pas être certain que la chute des cours constatée dans la deuxième moitié de 2014 va être durable. A long terme : un peu.

 

 
Commentaires

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  • Par ALUN - 27/12/2014 - 21:08 - Signaler un abus cout de l'installation

    comparer le coût du chauffage sur la base du coût du combustible est un non sens. Quid du coût de l'installation, de son entretien et de sa durée d'amortissement ? Sans parler du confort, des contraintes d'installation, du renouvellement du matériel... 30 ans que j'entends les mêmes conneries ! rire

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en physique appliquée, Professeur à la Paris School of Business et spécialiste des risques énergétiques. Il est membre de la chaire des risques énergétiques de PSB et anime le blog Risk Energy.

Il est le co-auteur de Gaz naturel : la nouvelle donne ? à paraître en février chez PUF.

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Frédéric Decker

Frédéric Decker est météorologue à "Météo News" et géographe. Il est observateur bénévole pour Météo France (à Sainte-Geneviève-des-Bois, Essonne) depuis 2003.

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Rémy Prud'homme

Rémy Prud'homme est professeur émérite à l'Université de Paris XII, il a fait ses études à HEC, à la Faculté de Droit et des Sciences Economiques de l'Université de Paris, à l'Université Harvard, ainsi qu'à l'Institut d'Etudes Politique de Paris. 

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