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Usure et désavoeu : +22 points en 9 mois, 71% des Français souhaitent désormais un remaniement gouvernemental

A la suite de la démission de Christiane Taubira, l'appareil gouvernemental bat de l'aile. Le remaniement se fait sentir... mais aussi désirer : plus de la moitié de l'électorat Français fait savoir son besoin de nouveauté au gouvernement. Manuel Valls, en revanche, semble relativement protégé. Un sondage exclusif IFOP-Atlantico.

Le changement, c’est pour quand ?

Publié le - Mis à jour le 12 Février 2016
Info Atlantico
Usure et désavoeu : +22 points en  9 mois, 71% des Français souhaitent désormais un remaniement gouvernemental

Atlantico : L'écrasante majorité des Français (71% en février 2016) s'exprime en faveur d'un remaniement du gouvernement. Ce résultat est en augmentation à la suite des départementales de l'année passée. Faut-il y voir un désaveu de plus de la politique de François Hollande ? Quels sont, concrètement, les enseignements de ce sondage ?

Jérôme Fourquet : Le chiffre est effectivement très élevé. 7 Français sur 10 se disent favorables à un remaniement du gouvernement. Parmi eux, 34% (soit environ un français sur trois) l'attendent "tout à fait". Ces niveaux, élevés, nous ramènent à peu de choses près à ce qu'il était possible de constater suite aux municipales de 2014. Bien sûr, il y a une certaine décote dans la mesure où ceux qui se disaient tout à fait favorables étaient plus nombreux à cette époque, puisqu'ils représentaient 51% des sondés. La volonté, globale, n'en reste pas moins claire : celle d'une redistribution des cartes, d'une modification du paysage politique.

Il s'agit de ré-oxygéner celui-ci. Cette volonté fait fortement écho à celle, similaire, constatée au lendemain des municipales de 2014 – le premier désaveu majeur de la politique gouvernementale.

Depuis lors, et particulièrement depuis la nomination de Manuel Valls au poste de premier Ministre, la volonté de remaniement n'avait cessé de baisser. Aujourd'hui, il semblerait que cette nouvelle équipe fasse à son tour l'objet d'une certaine usure (celle relative à la première équipe gouvernementale avait été incarnée par la défaite des municipales). Nécessairement cela n'est pas sans conséquence : cela génère cette volonté de redistribution des cartes que nous évoquions, qui n'existait pourtant pas au lendemain des départementales – autre déconvenue importante pour la gauche. Le schéma actuel ressemble à celui des municipales en cela qu'il traduit non seulement l'usure de l'attelage gouvernemental, mais aussi un désir de redémarrage. Dès lors, on peut légitimement y voir un désaveu de la politique gouvernementale, mais il est également possible d'y constater l'extrême fragilité de la situation dans laquelle se trouve François Hollande. Les derniers baromètres relatifs à sa popularité sont parlants.

Le choc des municipales s'était traduit par le départ de Jean-Marc Ayrault. Si le laps de temps est plus court, il apparait clairement que la séquence post-attentat est en passe de se fermer, quand bien même la menace et le sentiment d'insécurité demeurent. Au fond, nous en revenons à un fonctionnement plus classique : les questions économiques et sociales reprennent toute leur importance. Ces questions génèrent une insatisfaction massive : l'incapacité à inverser la courbe du chômage et l'absence de résultat des politiques économiques se font pleinement ressentir. Pendant un temps ces questions avaient été mises au second plan, en raison de la menace terroriste. Si celle-ci persiste aujourd'hui, les autres points d'inquiétude remontent à la surface. Cette dissipation de l'effet post-attentat créé un double effet : d'abord une forte chute de la popularité de François Hollande. Ensuite, la volonté d'une ré-ouverture du jeu, qui se traduit notamment par le désir de remaniement exprimé ici.

Le peuple de gauche, du PS au Front de Gauche, semble majoritairement pour un remaniement également. François Hollande a-t-il fini par perdre l'ensemble des soutiens propres à son camp ?

Cette demande de remaniement émane, et c'est classique, des rangs de la droite. 80% des Républicains et 85% des électeurs FN s'expriment en faveur de ce remaniement. Elle émane également de toute une partie de la gauche non socialiste : ils sont 74% à le souhaiter au Front de Gauche et 69% chez les écologistes.

En parallèle, un électeur socialiste sur deux souhaite ce remaniement. L'insatisfaction économique et sociale remonte à la surface, mais un certain nombre de critiques, qui touche une partie de l'électorat de gauche, contribue à jouer sur ce désir de remaniement. C'est le cas, par exemple, des critiques relatives à la gestion du dossier de la déchéance de nationalité ; du retour des couacs au gouvernement, etc. Clairement, la forte demande du remaniement émanant de la gauche porte la marque de ces éléments. Concernant les électeurs socialistes, c'est d'autant plus lié au départ de Christiane Taubira, qui provoque une certaine instabilité du dispositif gouvernemental. Il apparait important de le reprendre en main. Par ailleurs, ce désir de remaniement est en augmentation depuis la précédente mesure, qui date donc d'avril 2015. Bien que l'électorat socialiste semble moins tenté par un remaniement, cette progression de 18 points traduit clairement le sentiment d'usure dont nous parlions précédemment.

Pour autant, il est difficile de dire à l'aune de cette question seulement, que François Hollande a perdu l'ensemble de ses soutiens. Ce que l'on constate clairement c'est la fracture qui passe au sein de la gauche. Selon l'affiliation ou la sensibilité (écologique, front de gauche, socialiste), les scores sont très différents. Il existe clairement une hostilité à l'égard du gouvernement et une insatisfaction face à la politique qu'il mène chez des électorats qui, historiquement, comptaient parmi ses alliés. Là où la situation s'aggrave, c'est dans l'insatisfaction d'un sympathisant PS sur deux – au cœur du dispositif – qui demande également ce remaniement.

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 06/02/2016 - 11:11 - Signaler un abus Le changement dans la continuité

    Changer les ministres pour faire la même politique, ça ne sert à rien. A-t-on vraiment progressé en remplaçant Ayrault par Valls ? Il est sûr que Macron est mieux que Montebourg, mais enfin, les voyages en car ne sont pas suffisants pour redresser le pays ! Urvoas est mieux que Taubira, mais qu'espérer de la majorité à l'Assemblée, sinon qu'elle soit remplacée ? Qu'espérer de Hollande, sinon qu'il parte ?

  • Par vangog - 07/02/2016 - 00:29 - Signaler un abus Je propose les chaises musicales ministérielles...

    Pur remanier, tirons les ministères au sort...ils sont tous tellement nuls dans leur propre ( sans jeu-de-mots) ministère, qu'il suffira de changer le nom du ministère, sur la porte, pour vérifier s'ils arrivent à être aussi nuls qu'avant...

  • Par zouk - 07/02/2016 - 10:12 - Signaler un abus Remaniement ministériel

    Il adviendra, mais.... qui croit que cela changera quelque chose?

  • Par Benvoyons - 07/02/2016 - 10:31 - Signaler un abus Français souhaitez-vous un changement de GVT ou

    une nouvelle élection pour la chambre des députés comme l'avait fait Chirac? Messieurs les Sondeurs Réponse :)::))

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’IFOP.

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