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De l’urgence de penser lentement dans un monde qui va très vite (et vous n’en serez que plus efficace)

De plus en plus de dirigeants défendent le concept du "slow thinking" - l'idée de laisser du temps à la réflexion de se faire en dépit de l'urgence des tâches quotidiennes. Une révolution dans une époque où personne n'a "jamais le temps" ?

Take it easy

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De l’urgence de penser lentement dans un monde qui va très vite (et vous n’en serez que plus efficace)

Atlantico : Notre époque semble demander de plus en plus de réactivité, de vitesse, d'instantanéité au travail. Pourtant, comme à contre-courant, certains dirigeants défendent de plus en plus l'idée du "slow thinking", c'est-à-dire l'idée de laisser du temps à la réflexion de se faire, et ce malgré l'urgence des tâches quotidiennes. Quels sont les "préceptes" de cette méthode ? L'intelligence au travail a-t-elle besoin de temps ?

Xavier Camby : Nous pouvons en effet faire le constat, dans le monde économique majoritairement occidentalisé, d'une tendance à l'accélération croissante, comme si nous vivions une urgence existentielle de plus en plus impérieuse, comme si notre survie collective dépendait, à une nano-seconde près, de nos décisions ! Me permettez-vous de citer une sagesse ancestrale et paysanne, apprise chez ma grand-mère ? L'adage est plein de bon sens et se montre chaque jour vérifié : "ce qui se fait sans le temps ni résiste pas !

Prenons donc le temps de réfléchir un peu : la perception du temps est le propre de l'homme et s'acquière peu à peu. Nul animal ne perçoit le temps (même s'ils ont de la mémoire) et une enfant accède à cette perception vers 7 ou 8 ans (c'est d'ailleurs à cet âge que jadis on leur offrait une montre). Comme toutes nos perceptions, elle peut être faussée, trompée, voire même erronée. Notamment par l'environnement psychique interne de notre cerveau. Dans de très nombreux cas, le sentiment de l'urgence vient de cette perception faussée, devenu négative (le temps nous manque toujours, de plus en plus...). Et c'est la peur qui est à la racine de cette dommageable intoxication ! La peur de l'échec ou de la déchéance, le plus souvent parfaitement non consciente mais aussi parfaitement conséquente, est la première toxine qui pollue gravement notre perception temporelle. Elle se décline en la peur de l'autre, l'angoisse de l'avenir, la crainte du jugement... mais toujours elle déforme notre perception du temps et génère une impatiente échevelée ou la procrastination culpabilisante.

La sagesse populaire le dit aussi avec une simple et puissante pertinence : la peur est mauvaise conseillère. Et notre perception de l'urgence se fonde le plus souvent sur nos peurs, conscientes ou non.

Dans beaucoup trop d'organisation, je vois des dirigeants inconsciemment envahis par la peur de l'échec, courants en urgence dans tous les sens comme des petits lapins apeurés, jusqu'à ce qu'ils soient tétanisés par les phares de la voiture qui fonce sur eux et va les écraser. Leurs décisions sont inconstantes, c'est-à-dire que la moindre objection, même superficielles, leur fait changer d'orientation. Ceux-là deviennent peu à peu des girouettes et perdent toute crédibilité, malgré leurs bonnes intentions.

Comment aménager son temps pour prendre ce temps dans un cadre d'entreprise qui reste malgré tout exigeant en termes de réactivité ?

Pour bien décider, pour fonder des décisions pérennes et solides, notre intelligence a besoin de temps. Le temps d'une nuit au moins, lorsqu'une partie de notre cerveau dort et qu'une autre laisse libre cours à son consubstantielle créativité. Daniel Kahneman, qui a obtenu le prix Nobel d'économie 2002 (seul psychologue à ma connaissance récompensé en économie) a su démontrer par ses travaux que nos vraies décisions, celles qui orientent notre action à long terme, ne sont pas de nature rationnelle ! A contre-courant d'une vieille croyance cartésienne, il a mis à jour le fonctionnement psychique vrai de tous ceux qui entreprennent et qui décident avec succès. Non pas une litanie de raisons, de concepts, de principes, d'équations, d'analyse multi-critères ou de justifications complexes, mais de simples intuitions, qui emportent tout notre être et organisent ensuite puissamment notre pensée rationnelle.

 
Commentaires

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  • Par Pourquoi-pas31 - 23/01/2018 - 14:46 - Signaler un abus Un seul exemple

    Le lièvre et la tortue

  • Par Anouman - 23/01/2018 - 21:54 - Signaler un abus Time takes time

    La plupart des décisions précipitées sont souvent contre-productives et génératrices de coûts supérieurs aux résultats attendus. Mais ce n'est pas une question de philosophie c'est une question de compétence. Il y a plein de gens dans les entreprises (et encore plus dans l'état) qui ne sont là que pour montrer qu'ils agissent, même quand ils feraient mieux de suivre l'avis des gens de terrain en contact avec la dure réalité.

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Xavier Camby

Xavier Camby est l’auteur de 48 clés pour un management durable - Bien-être et performance, publié aux éditions Yves Briend Ed. Il dirige à Genève la société Essentiel Management qui intervient en Belgique, en France, au Québec et en Suisse. Il anime également le site Essentiel Management .

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