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Université d'été de la Défense : pourquoi le souhait de Manuel Valls de relancer la défense européenne est louable mais s'annonce bien compliqué à mettre en place

Le Premier ministre Jean-Yves le Drian a affirmé, dans le cadre de la quatorzième Université d'été de la défense, son désir de repenser la stratégie de défense de l'Europe pour faire face aux nombreux enjeux auxquels elle est confrontée. Une telle initiative, surtout à cette échelle, nécessiterait de revoir l'ensemble de l'Europe et de sa politique.

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Université d'été de la Défense : pourquoi le souhait de Manuel Valls de relancer la défense européenne est louable mais s'annonce bien compliqué à mettre en place

Atlantico : Ce mardi 6 septembre, le Premier ministre Manuel Valls et le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian se sont rendus à leur dernière université d'été de la Défense du quinquennat Hollande. Quels ont été les sujets traités ? Quels sont les enjeux de l’édition 2016 des UED ?

Emmanuel Dupuy : L’Université d’été de la Défense reste le rendez-vous incontournable de la rentrée de la communauté de la défense, réunie sous l’égide des Commissions de la Défense de l’Assemblée nationale et celle des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat, et placées, sous le parrainage de leurs présidents respectifs, la députée socialiste du Finistère Patricia Adam et l’ancien Premier ministre, le sénateur de la Vienne Jean-Pierre Raffarin.

Cette édition fut notamment marquée par la 5ème et, a priori, la dernière du ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, qui continue de bénéficier, au sein des Forces armées et auprès de la communauté industrielle de défense, d’une aura positive, à l’aune des 15 milliards de contrats export en 2015-2016, en direction de l’Egypte, des Emirats Arabes Unis, de l’Australie et du Koweït, entre autres…

Comme les années précédentes, ce sont plus de 600 personnes, qui se sont réunis à l’Ecole polytechnique et à l’Ecole militaire, deux jours durant, autour, cette année, des thèmes qui conditionnent l’environnement opérationnel de nos forces armées, tant à l’extérieur que sur le territoire national. Il y fut question, notamment de l’impact du Brexit sur l’avenir de la coopération militaire et industrielle entre nos deux pays et de son impact sur la politique européenne de sécurité et de défense.

Le continuum "sécurité-défense" est devenu une réalité. Le Livre Blanc sur la défense et la sécurité de 2008 en définissait les contours théoriques, les attentats qui ont frappé le territoire national ainsi que nos voisins européens et méditerranéens lui ont donné une actualité hélas dramatique. Face à ce nouveau défi, qui s’est installé durablement en France et en Europe, restait néanmoins à définir concrètement des parades efficaces. Il en fut question, bien évidemment pendant cette édition.

La mise en place d’une Garde nationale, le renforcement de nos capacités de réserve militaire et civiques, ainsi que le développement et le renforcement de la résilience sociétale sont ainsi quelques-unes des réponses les plus attendues par les Français, qui interrogent désormais plus ouvertement les responsables politiques sur leur engagement pour assurer paix, sécurité et stabilité. Il était donc normal que les travaux parlementaires récents sur le sujet, dont le rapport "Garde nationale : une réserve militaire forte et territorialisée pour faire face aux crises" rédigé par les sénateurs Jean-Marie Bockel et Gisèle Jourd, soient ainsi mis en avant à l’occasion de cette université d’été.

Par ailleurs, l’engagement militaire français depuis 2013 dans la bande sahélo-saharienne fut aussi l’occasion de rappeler combien la coopération transrégionale, autant que le recours à une approche globale dans la gestion des crises, en particulier en ce qui concerne l’aide publique au développement, étaient des clés complémentaires de la lutte efficace et pérenne contre le terrorisme, tant dans la bande sahélo-saharienne que dans notre voisinage stratégique que constitue l’espace méditerranéen, tant les ingrédients des insécurités y sont imbriqués (Démographie et migrations, souveraineté et frontières, criminalité et mal-gouvernance).

De ce point de vue, le rôle accru de l’Agence Française du développement (AFD), dans le cadre du lien entre sécurité et développement, à travers la création d’une Facilité pour lutter contre les vulnérabilités de l’ordre d’une centaine de millions d’euros, ainsi que la création d’un crédit de coopération "sécurité & défense" dans le calcul de l’aide publique au développement étaient également des enjeux d’importance évoqués durant ces deux jours. Il s’agissait d’ancrer la sécurité en "profondeur" dans les zones fragilisées par les conflits et le caractère résiduel des violences liées au terrorisme et à la narco-criminalité.

Enfin, il convenait de rappeler que les menaces auxquelles font face la France et l’UE (terrorisme d’origine islamiste radical) ne sont pas les seules qui devrait justifier un engagement budgétaire stabilisé autour des 31,4 milliards d’euros (40 milliards en y incluant les pensions) dans le calcul du budget annuel que la France consacre à ses Forces armées ; chiffre cependant en-deçà des 2% du PIB que l’Otan préconise depuis le Traité de Newport en septembre 2014 pour ses 28 membres.

En effet, de nouveaux théâtres d’opérations, caractérisés par la virtualité (Cyber-espace), l’inconnu (espace extra-atmosphérique), de nouveaux paradigmes géopolitiques (pivotement asiatique) et des changements d’alliances stratégiques se muant en potentielles crises à l’est autant qu’au sud du continent européen ("émergence" sur le plan géo-économique et "aspiration" à la création d’un espace eurasien, qui sur le plan géopolitique, peut être perçu comme concurrentiel avec l’intégration euro-atlantique) engagent et engageront sans cesse crescendo nos forces armées, notre diplomatie ainsi que nos capacités de recherche et de développement dans une logique de coopération autant que d’une compétition plus frontale.

Guillaume Bucherer : Il a été question de la prise de conscience d'un changement de paradigme de défense dans un monde extrêmement mouvant. Malheureusement longtemps négligé, l'outil de défense a su s'imposer au regard du décideur politique, qui ne le voit plus comme un simple instrument de politique étrangère, mais comme un garant de son existence même, à l'heure où la menace sur nos sociétés est autant interne qu'externe. 

La volonté française a des chances d'être partagée au niveau européen. D'abord par les Britanniques, qui, même s'ils sont sortis de l'UE, restent nos partenaires privilégiés en matière de défense, car leur outil de défense comme leur réseau diplomatique est similaire au nôtre. L'Allemagne a également indiqué vouloir augmenter son budget de défense. Enfin, des pays qui se considèrent sous la menace russe chercheront par tous les moyens à se trouver des alliés diplomatiques dans les instances européennes. N'oublions pas que la police du ciel des pays Baltes est actuellement réalisée par l'aviation militaire des pays d'Europe occidentale. 

Il existe cependant, par delà ces apparentes convergences budgétaires, un obstacle majeur. En effet, aussi puissante et performante qu'elle soit, une armée reste un outil au service d'une politique étrangère. Or, on constate une tendance des pays européens à vouloir "mettre la charrue avant les boeufs". Nous n'aurons de défense européenne que lorsque nous aurons une politique étrangère européenne. Sans cela, les moyens de défense resteront paralysés par des divergences politiques. Pour le moment, les pays européens ont des intérêts non seulement divergents mais parfois franchement opposés. Par exemple, les pays d'Europe occidentale ne perçoivent pas la menace russe, tandis que les pays nordiques ou de l'est ne se sentent pas concernés par les questions migratoires en Méditerranée. La réussite diplomatique consistera à trouver les intérêts communs, comme par exemple la sécurisation des routes commerciales maritimes. 

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 07/09/2016 - 09:44 - Signaler un abus un long discours intemporel

    pour dire que l'Europe ne veut pas se battre, pas de défense, pas de "hard" mais que du "soft" et que le hard reste et restera national. Lorsque l'on arrive à mettre un drapeau sur le cercueil d'un soldat c'est que ce drapeau est accepté comme étant une raison valable d'avoir une défense. Dans l'état actuel et à venir de l'Europe la défense est et restera nationale, comme le drapeau sur le cercueil. Les synergies, coordination, et autres façons de décrire les alliances ont toujours existé et existeront tant que les humains régleront leurs conflits par la violence. Les grands ont toujours fédéré des "auxiliaires" et autres alliés. En bref, et comme le décrit l'article derrière l'incantation défense européenne, il faut accroitre notre outil de défense....français.

  • Par vangog - 07/09/2016 - 10:37 - Signaler un abus La Défense ne peut être que nationale!

    Et lorsqu'on voit l'incompétence et les erreurs flagrantes des technocrates bruxellois, on en conclut que le commandement de cette défense ne peut être que national, mais certainement pas transféré à des va-t'en-guerre droidelhommistes à la Clinton, avides de pouvoir mondialiste...leur donner le commandement de La Défense européenne, cela reviendrait à donner le pouvoir aux fascistes qui souhaitaient imposer au monde leur socialisme internationaliste...de défense, il n'y en aurait pas! mais des guerres droidelhommistes tous azimuts, contre tout ce qui indigne ces petits europanovistes, dans leur salon rose bruxellois...une vraie tuerie mondiale!

  • Par arcole 34 - 07/09/2016 - 11:01 - Signaler un abus AVANT DE FAIRE UN DEFENSE COMMUNE EUROPEENNE

    Il aurait peut-être fallu faire une politique, économique avant de mettre en place une Europe de la Défense , après je vois mal qu'une défense soit nationale dans l'état actuel de notre Europe et de la montée des périls qui va impliquer une mutualisation des moyens militaires pour y faire car de part la redistribution mondiale des cartes . Face aux aux pays émergeants qui ménent déjà une guerre commerciale agressive , j'entends par là la Russie , l'Inde , la Chine , le Pakistan, nous allons avoir du souci à nous faire pour notre avenir. Apparemment je vois que certains toujours avec des œillères ne résonnent qu'en termes de repliement . Avec ce genre de politiques autarciques je pense que notre pays et notre Europe n'ira pas très loin avant de tomber sous la dépendance d'un de ces blocs sus-nommés. Bref les sociologues appellent ça revenir à l'état de fellah.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 07/09/2016 - 17:44 - Signaler un abus Pipeau...pipeau....

    Ou plutôt pisser dans un violon, car qui peut croire qu'une défense européenne pourrait voir le jour sans qu'un gouvernement Européen ne soit constitué auparavant.... Alors Valls peut parler de tout, surtout avant 2017, personne ne l'écoute.

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Emmanuel Dupuy

Emmanuel Dupuy est président de l'IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe). Spécialiste des questions de sécurité européenne et de relations internationales, il a notamment été conseiller politique auprès des forces françaises en Afghanistan. Délégué général des Centristes chargé des questions internationales et de sécurité. 

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Guillaume Bucherer

Guillaume Bucherer est officier de réserve de la Marine nationale où il est membre du jury du concours d'entrée à l'Ecole de Guerre. Il a travaillé 4 ans au Centre d'études stratégiques de la Marine. Il est diplômé de l'université de Lille en défense et sécurité et est passé brièvement par l'UE et l'ONU. Il est également vice-président des Jeunes européens professionnels et membre de l'International Geostrategic Maritime Observatory. Il donne régulièrement des conférences sur l'Europe et sur les enjeux maritimes et navals. 

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