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La consolidation de l'Union monétaire, indispensable pour réformer la BCE

La crise de l'euro n'est pas celle de la BCE. Et pourtant, l'avenir de la Banque centrale passe par une Union monétaire revue et renforcée. Troisième et dernière partie de notre série consacrée au thème : "Quelle banque centrale pour l’Europe de demain ?"

Nouveau mandat

Publié le

Pour lire la 1ère partie, c'est ici :
Trêve de minauderies ! Bien sûr que la BCE a joué un rôle de prêteur en dernier ressort

Pour lire la 2ème partie, c'est ici :
Comment ont été inventées les banques centrales modernes

Évoquant les opérations de crise de plusieurs banques centrales (dont la Fed), des prises de position se font jour pour demander que la BCE intervienne directement dans le financement de la dette des États en difficulté. Les responsables de la BCE et, entre autres, ceux de la Bundesbank (Banque centrale allemande), se réfèrent aux Traités pour leur opposer un refus catégorique. Rappelons que le mandat du Système européen des banques centrales (SEBC) est strictement défini par les Traités et que ses statuts sont annexés à ceux-ci (1).

Notre point de vue est que, dans les perturbations actuelles, l’Eurosystème remplit, dans les limites de son mandat, une fonction de prêteur en dernier ressort. Toutefois, ses limites statutaires, ainsi que l’ébranlement du paradigme de référence des banques centrales à la suite de la crise, nous conduisent à discuter le mandat de la BCE autour de trois questions.

La politique monétaire

On sait que « l’objectif principal du SEBC est de maintenir la stabilité des prix » (2). On entend par là une évolution des prix à la consommation inférieure à 2 % par an. On a fait valoir, depuis dix ans déjà, que cette politique, dite de ciblage d’inflation, laisse entièrement de côté la question de la fluctuation des prix sur les marchés d’actifs (boursiers et immobiliers). Ceux-ci sont spéculatifs par nature et leur rôle s’est considérablement accru avec la libéralisation des années 80. Dans un ouvrage historique passionnant, Charles Kindleberger montre que toutes les crises financières depuis trois siècles mettent en jeu un même schéma, dans lequel l’inflation spéculative sur une catégorie d’actifs est alimentée par l’expansion du crédit bancaire, jusqu’à l’éclatement de la bulle (3). Plusieurs économistes plaident donc pour une intégration d’objectifs de stabilité financière par les banques centrales dans le cadre de leur politique monétaire (4). Une reformulation du mandat de la BCE pourrait prendre en compte cette vision en incluant la surveillance et le contrôle des prix d’actifs dans sa politique monétaire.

La politique de change

Celle-ci est placée sous la responsabilité du SEBC. Le Conseil des ministres peut intervenir dans certaines conditions (5). Dans un monde multipolaire où les grandes devises utilisées dans le commerce extérieur font l’objet de politiques de « négligence douce », c’est le benign neglect des États-Unis avec le dollar (6), ou même agressives, dans le cas de la Chine, on peut s’étonner du fait que l’euro se retrouve continuellement depuis 2004 en situation défavorable face au dollar du point de vue des exportations, c’est à dire bien au-dessus de son cours d’introduction. Le mandat de la BCE sur ce point paraît plutôt large et une porte est ouverte pour l’intervention du Conseil. Ces possibilités, cependant, ne semblent guère utilisées. Ce chapitre serait également à reconsidérer dans un réaménagement du mandat de la BCE.

 
Commentaires

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  • Par caod4444 - 11/01/2012 - 18:28 - Signaler un abus Non non et non

    En Europe les costumes "taille unique" ne vont à personne sauf à l'Allemagne ! L'UE n'est pas une zone monétaire optimale, ne l'etait pas à la création de l''Euro et le sera encore moins vu la crise qui touche les PIGS. Arrêtons cette rengaine européiste please sauf si notre masochisme veut que nous souffrions de politiques monétaires inappropriées encore pendant 40 ans !

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Dominique Perrut

Dominique Perrut est docteur en sciences économiques (Paris-1), chercheur et consultant dans le secteur financier à Paris. Egalement l’auteur de communications, articles et ouvrages portant sur les intermédiaires financiers, la régulation et l’Europe financière (L’Europe financière et monétaire, Nathan ; Le système monétaire et financier français, Seuil, coll. Points).

Professeur associé des universités, il enseigne l’économie européenne en France et en Europe (1992-2012). Il participe aux travaux de plusieurs Think Tanks et ONG européens.

 

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