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L'UMP face au tandem Valls-Macron : piège idéologique ou pas ?

Le choix d'Emmanuel Macron, voulu de longue date par Manuel Valls au ministère de l'Economie, a confirmé le tournant libéral entamé par le gouvernement Valls I. Confrontée à certaines mesures qu'elle-même prônait par le passé, l'UMP doit réfléchir à la manière dont elle pourra se démarquer et ne pas donner plus de crédit à l'appellation "UMPS".

Le jeu des différences

Publié le - Mis à jour le 5 Septembre 2014
L'UMP face au tandem Valls-Macron : piège idéologique ou pas ?

Emmanuel Macron et Manuel Valls Crédit REUTERS/Christian Hartmann

Atlantico : Après le limogeage d'Arnaud Montebourg lundi 24 août, la nomination d'Emmanuel Macron, ancien banquier d'affaires, a surpris l'ensemble de la classe politique. Confirmant le virage libéral du gouvernement, peut-on parler d'un piège destiné à étouffer dans l'oeuf les revendications de la part du principal parti de l'opposition, en empiétant sur ses plates-bandes ? Cette nomination ne s'apparente-t-elle pas à un piège idéologique ?

Christophe de Voogd : Je ne crois pas que le rapport à la droite ait joué un rôle dans ces choix. Il s'agit d'abord d'une clarification à gauche, liée à la situation alarmante de l'économie, qui, si rien ne changeait, envoyait le pouvoir dans le mur.

De plus, la crise de la gauche la met vraiment très peu en état de tendre des pièges idéologiques à la droite... Nous sommes plutôt dans un scénario de sauve-qui-peut ! Bien sûr -et François Hollande sait y faire - si cela provoque un petit trouble à droite, ce sera un bénéfice supplémentaire. Mais cela ne se produira pas pour une bonne raison : sur le fond, la distance entre la politique économique du gouvernement et le programme de la droite - ou ce que l'on en connaît - est encore immense. D'abord il faut rappeler que quasiment rien n'a encore été fait, sauf un peu de CICE. Le dit-on assez ? Le pacte de responsabilité n'est toujours pas en application ! Et les (modestes) économies budgétaires promises restent toujours à déterminer... Ensuite le gouvernement n'a toujours aucune intention de réduire le nombre de fonctionnaires, de couper dans les dépenses sociales ou de réformer le code du travail. Il y a un monde entre cette politique économique et sociale et celle que propose par exemple François Fillon qui est le plus avancé à droite dans l’élaboration de son programme économique.

Philippe Braud : Je ne pense pas du tout que le changement de gouvernement ait été inspiré par le souci de piéger l’opposition. Les raisons en sont plus profondes. En éliminant les détracteurs et frondeurs des responsabilités ministérielles, François Hollande et Manuel Valls ont eu d’abord la préoccupation de faire cesser la cacophonie gouvernementale et poser un acte d’autorité. La faiblesse du Président dans l’opinion publique doit beaucoup au fait qu’il paraît trop souvent louvoyer. Le risque politique est grand si l’on a les yeux fixés exclusivement sur les états d’âme des militants de gauche. Il l’est déjà moins au niveau de l’opinion publique, comme le montre l’accueil favorable dont bénéficie le nouveau ministre de l’économie, symbole même du virage que représente ce nouveau gouvernement. Il ne l’est plus du tout, bien au contraire, si l’on pense à nos partenaires européens, aux autorités de Bruxelles ainsi qu’aux marchés financiers dont l’humeur maussade peut aggraver considérablement le coût des emprunts de l’Etat. Tant que la France entend demeurer dans la monnaie unique et dans l’Union européenne, "l’autre politique" prônée par les frondeurs est tout simplement déraisonnable car la convergence économique et financière au sein de l’Europe est un impératif catégorique.

 

Un sondage Ifop pour le Journal du dimanche révèle que la troisième préoccupation des Français est la lutte contre la délinquance (53% des sondés) et la lutte contre l'immigration clandestine. Dans quelle mesure un positionnement fort sur ces questions de société, déjà très prisées à droite pourrait-il marquer la différenciation que la matière économique ne favorise pas vraiment ?

Philippe Braud : A tort ou à raison, la droite a plus de crédibilité en ce domaine que la gauche. Celle-ci est obligée de se situer sur une difficile ligne de crête pour éviter à la fois l’accusation de laxisme et celle de renier son âme. Mais actuellement, le balancier penche certainement dans le sens d’un durcissement législatif qu’appelle l’opinion publique en matière de lutte contre la criminalité. La gauche est en quelque sorte condamnée à se différencier de moins en moins de la droite sur ce terrain. Ce qui fragilise la ministre de la Justice.

Christophe de Voogd : La droite "classique" est en effet sur une ligne clairement différente sur ces sujets et tant que Christiane Taubira sera au gouvernement, l'opposition entre les deux camps sera totale. Mais encore une fois, les politiques économiques restent très divergentes : c'est la différence bien établie entre social-démocratie et libéralisme.

L’annonce en janvier du Pacte de responsabilité, incluant des subventions aux entreprises avait déjà perturbé l'UMP. Bruno le Maire avait même du avouer "qu'il en va de notre crédibilité [à l'UMP] de reconnaître que la suppression des cotisations familiales [taxe qui était payée par l'entreprise pour chacun de ses salariés] est une bonne idée dès lors qu'elle se trouvait dans notre projet". Ou encore la contradiction de l'appel à voter contre le volet d'économie tout en promettant d'en réaliser à hauteur de 130 milliards en cas d'alternance en avril. Quels sont les angles d'attaque qui restent à l'opposition en matière de politique économique ?

Alexandre Delaigue : Le gouvernement utilise la triangulation : adopter les idées de l'adversaire pour pousser celui-ci dans la radicalité afin de le rendre inéligible. Cela a bien fonctionné pour Clinton ou Blair. Les électeurs de gauche et centristes n'aiment pas la politique de leur gouvernement, mais détestent encore plus l'opposition si elle se radicalise. L'opposition a alors deux choix possibles. Se radicaliser pour galvaniser son électorat et compter sur une conjoncture difficile pour que les partisans du gouvernement, déjà peu motivés, n'aillent pas voter en nombre ; et ensuite, mener une politique plus centriste une fois au pouvoir. Ou alors, selon le théorème de l'électeur médian, adopter exactement le même positionnement économique, tout en annonçant faire mieux que le gouvernement (qui concentre les insatisfactions, étant confronté au réel) et choisir des sujets sociétaux différents des questions économiques (moeurs, immigration, sécurité...) pour motiver son électorat. De manière générale, cela pousse vers une radicalisation, au moins dans les programmes. Cela signifie la même chose, mais en plus marqué: plus de réductions de dépenses annoncées, par exemple. Mais très vite cela posera des problèmes : le principal électorat de la gauche est peut être constitué de fonctionnaires, mais les petits commerçants, professions "libérales", électorat de droite, sont la cible principale d'un programme de libéralisation de l'économie.

Philippe Braud : Effectivement la réorientation de la politique économique par le gouvernement Valls a pour effet induit de mettre l’opposition UMP en difficultés. François Fillon et son gouvernement ont amorcé ou souhaité mettre en œuvre des réformes que le gouvernement Valls s’apprête à reprendre à son compte, sous une forme à peine masquée. L’opposition ne serait pas l’opposition si elle approuvait purement et simplement les projets gouvernementaux. Son angle d’attaque le plus crédible sera d’une part (et avec quelque raison) de dénoncer le temps perdu, d’autre part de critiquer les timidités que les parlementaires de gauche imposeront à la volonté gouvernementale.

Christophe de Voogd : Je vous remercie de votre question qui permet de dissiper des confusions têtues dans le débat public : le pacte de responsabilité ne prévoit absolument aucune "subvention aux entreprises" ! Il allège seulement les cotisations et impôts que celles-ci versent. L'Etat ne donne donc rien, il prélève simplement moins... juste après avoir prélevé beaucoup plus ! Je n'entends d'ailleurs personne dire que les allègements fiscaux actuels sont des "subventions" aux ménages. Quant à la suppression des cotisations familiales, elle ne sera que partielle. Bruno Le Maire n'a donc nullement été troublé et n'a rien eu à "avouer" : il a agi en homme politique responsable... et habile, de plus, en mettant le gouvernement au défi de passer à l'acte. Attendons donc le budget pour connaître les contreparties du pacte en termes d'économies. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises...et de nos crises !

 
Commentaires

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  • Par ELLENEUQ - 31/08/2014 - 09:15 - Signaler un abus De toute façon ...

    Valls est un socialiste, donc un menteur et un bateleur sans morale. Même si certains peuvent penser qu'ils "y croient" ils font surtout dans l'incantation, le mensonge et la propagande. Rien à en attendre de bon !

  • Par Deudeuche - 31/08/2014 - 09:48 - Signaler un abus Faire différemment

    Faire le contraire des propositions de Terra Nova, Taubira and Co et assumer le titre actuel de réacs appliqué par les communicants bien pensants au contexte sociétal. Ce mot est le recyclage de la même expression utilisée jadis par le PC pour dénoncer les ennemis du Camp Socialiste.

  • Par vangog - 31/08/2014 - 11:39 - Signaler un abus De Voogdt a raison de pointer de la souris l'enfumage

    qu'a dispersé Montebourg avant sa théâtrale sortie. La France culmine aujourd'hui dans le chômage, les dépenses étatiques et des collectivités, les déficits budgétaires, commerciaux et dans la dette in et hors-bilan, résultats de quarante années de social-démagogie mortifère! Rien de comparable avec de l'austérité qui n'est que budgétaire et totalement inadaptée avec la crise française (ou sudiste, comme on préfère...). L'en fumage de Montebourg, chouchou des médias colonisés par le trotskisme archaïque, lui permettra sans doute d'être élu en 2017, confirmant que la France ne sait élire, depuis la trouble période du centriste Giscard, que des en fumeurs... Et pourtant, que de politiques ratées et à contre-temps, depuis 1973, année de la loi Rotschild qui a signé le début du déclin de la France. Dans les périodes de forte croissance, les gauchistes archaïques ont dilapidé cette manne en plombant l'état pour les périodes de vaches maigres et, au moment de ces périodes de vaches maigres telles que nous les connaissons aujourd'hui, ces mêmes gauchistes laissent filer les déficits en réduisant les investissements publics, c'est-à-dire la seule chose qu'il faudrait privilégier...

  • Par Vipas - 31/08/2014 - 12:45 - Signaler un abus Les damnés de la Terre

    Il semble de plus en plus évident que la ou les gauches sont le parti des fonctionnaires ....

  • Par vangog - 31/08/2014 - 13:58 - Signaler un abus @Vipas la gauche est le parti de la social-demagogie...

    et des banquiers! Car l'un ne va pas sans l'autre...Macron n'est que la garantie bancaire (ou garantie Rotschild) que réclamait la corporation des banquiers pour continuer à alimenter le tonneau des danaïdes gauchistes...tonneau dont ils transforment les fuites en or pour leurs actionnaires, depuis la très bête loi Giscard-Rotschild-Pompidou de 1973...pour continuer à fonctionner, la social-démagogie doit mettre en œuvre ce marché-à-trois-dupes, le bon, ou électeur naïf, la brute, ou syndicaliste gauchiste et le truand, le banquier! rassurez-vous, car le " bon" ( le patriote) finit par gagner en fin de compte...non sans avoir écopé de nombreux coups!

  • Par yeneralobregone - 31/08/2014 - 15:12 - Signaler un abus @vangog

    " le bon , l'electeur naif ... " comme si l'électeur naif n'était pas le premier à bénéficier du déficit de l'état, vu que c'est lui qui touche les allocations ... " le truand , le banquier ... " qui comme de bien entendu, s'appelle rotschild ... il ne manquait plus que le complot judéo-maçonique , ou un bon pogrom ...

  • Par yeneralobregone - 31/08/2014 - 15:15 - Signaler un abus fillon est ses 100 milliards

    serait un libéral, alors que valls serait un crypto socialiste. sauf que si ma mémoire est bonne, le susnommé fillon n'aurait pas été premier ministre pendant 5 ans récemment ? on n'a guère vu son libéralisme pour le coup !

  • Par vangog - 31/08/2014 - 16:59 - Signaler un abus @yeneralobregone Complot judéo--maçonnique...

    Pourquoi pas? Si vous avez des infos, n'hésitez pas!...

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 31/08/2014 - 18:38 - Signaler un abus As-t-on vraiment le choix;

    As-t-on vraiment le choix; la droite et l'extrême droite ne représentent que le pire du colbertisme orchestré par nos bons à rien d' énarques et polytechniciens. Depuis Giscard, ils ont passé leur temps à se foutre de leur électorat en laissant croire qu'ils étaient des libéraux. Jamais les collectivités locales n'ont embauché autant de fonctionnaires que lorsqu'elles étaient dirigées par la droite. Alors si un politicien de gauche est prêt à appliquer une politique libérale, bravo!!!! J'ai cependant un peu de mal à y croire, ça doit être à cause des multiples déceptions depuis 1974 ! Notre seule chance, l'Europe sans Énarques, et enfin pouvoir voter pour un Tony BLAIR, un Gehrardt SCHROEDER, ou pourquoi pas un Poutine..!!

  • Par sheldon - 31/08/2014 - 19:21 - Signaler un abus Wait and see ... dans 3 semaines ?

    Beaucoup n'ont pas encore compris, à droite comme à gauche, le tsunami que va représenter le retour de Sarkozy ! Je ne doute pas qu'il ne va pas s'enfermer dans ces petites phrases concernant le social-libéralisme, le communisme d'extrême droite, la droite libérale en économie et catho dans le sociétal, les grands principes clivant sur les 35H, le recours aux vieilles barbes politiques, etc, etc. Ca risque d'être décapant !

  • Par yeneralobregone - 31/08/2014 - 20:18 - Signaler un abus @sheldon

    " le tsunami sakrékiki " tintintin , c'est pas l'homme qui prend la mer ... que n'a t'il pas fait ses réformes tsunamiesque pendant les 5 ans qu'il a passé à l'élysée ?

  • Par le Gône - 31/08/2014 - 22:49 - Signaler un abus Ah Nom de Dieu....

    arrêtez de rêver...ils sont socialistes...il feront du socialisme..ils ne connaissent que cela..et c'est ce qui les a fait élire..alors votre sois disant "social démocrate" c'est du pipi de chat..point barre.quand a la grosse gonfle qui préside..lui il est rien du tout sauf médiocre..

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Philippe Braud

Philippe Braud est un politologue français, spécialiste de sociologie politique. Il est Visiting Professor à l'Université de Princeton et professeur émérite à Sciences-Po Paris.

Il est notamment l'auteur de Petit traité des émotions, sentiments et passions politiques, (Armand Colin, 2007) et du Dictionnaire de de Gaulle (Le grand livre du mois, 2006).

 

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd enseigne l'histoire des idées politiques et la rhétorique politique à Sciences Po. Il est également formateur accrédité en "political speechwriting" au secrétariat général du Conseil des ministres européens à Bruxelles.
 
Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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Alexandre Delaigue

Alexandre Delaigue est professeur d'économie à l'université de Lille. Il est le co-auteur avec Stéphane Ménia des livres Nos phobies économiques et Sexe, drogue... et économie : pas de sujet tabou pour les économistes (parus chez Pearson). Son site : econoclaste.net

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