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UMP, le bureau politique de tous les dangers : les six questions sur lesquelles se joue l’avenir du parti

Alors qu'un bureau politique crucial se déroule ce mardi 10 juin, plusieurs questions fondamentales se posent pour l'avenir de l'ex-parti présidentiel. Retour de Nicolas Sarkozy et ses conséquences, bataille pour la présidence, guerre larvée des primaires... tour d'horizon de ces sujets encore en suspens.

Moment décisif

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UMP, le bureau politique de tous les dangers : les six questions sur lesquelles se joue l’avenir du parti

Atlantico : Plusieurs versions circulent sur le retour de Nicolas Sarkozy. M. Karoutchi avait récemment déclaré qu’il pourrait le faire très rapidement. Selon Le Nouvel Observateur, il a failli le faire par surprise dimanche 8 juin. Selon d’autres, il attendra juillet avant de prendre sa décision. A-t-il intérêt à déclarer sa candidature à la présidence de l'UMP avant l'été ?

Jean Petaux : On peut imaginer que le principal intéressé se pose très précisément désormais la question de l’annonce officielle de sa candidature.

Nicolas Sarkozy a pratiquement publiquement lancé sa candidature à la présidentielle de 2007 le 20 septembre 2003 par sa fameuse phrase "(j’y pense) pas seulement en me rasant" dans l’émission "100 minutes pour convaincre". Trois années et demi alors… De ce point de vue-là il est déjà en retard sur ce modèle de première conquête. S’il veut donner le sentiment qu’il revient dans l’arène politique parce que la situation de la France est catastrophique et que les circonstances l’exigent, il a intérêt à dramatiser le plus possible en jouant sur la soudaineté et en essayant de prendre de vitesse tous ces concurrents au sein de l’UMP. Mais il y a un risque à cette tactique de "Blitz" c’est qu’à vouloir se déclarer impérativement avant les vacances (en fait maintenant il lui reste environ trois semaines avant le début du mois de juillet) cette annonce fasse "pschittt" (pour reprendre l’interjection amusant que Jacques Chirac utilisa un jour pour qualifier une des nombreuses "affaires" qu’on voulait lui accrocher…).

Autrement dit, les Français sursaturés et gavés de politique au premier semestre 2014 avec les municipales, les Européennes, l’affaire Bygmalion, n’accorderont qu’une oreille discrète au retour du grand homme. Sans compter qu’à partir de jeudi les téléviseurs ne seront allumés majoritairement que sur les terrains de football brésiliens avec l’entrée en scène de l’équipe de France dès dimanche prochain… Nicolas Sarkozy est devant un calendrier très défavorable. Il aurait sans doute tout intérêt à attendre la rentrée de septembre. Avec un autre problème à ce moment-là : l’UMP sera en pleine phase de préparation de son congrès extraordinaire qui aura lieu en octobre ou en novembre… Bref : la fenêtre de tir est assez étroite. Elle l’est d’autant plus qu’une bonne partie des cadres de l’UMP ne va rien faire pour l’élargir, tant l’entrée en lice de Nicolas Sarkozy n’est pas un motif de réjouissance.

Bruno Jeudy : Les circonstances conduisent Nicolas Sarkozy à bouger très vite et cela pour plusieurs raisons : les résultats des Européennes et le score élevé du FN, le fait que Jean-François Copé soit écarté de la présidence de l’UMP alors qu’il était jusqu’à présent un allié et surtout la montée en puissance d’Alain Juppé dans les sondages. Ce n’est pas très glorieux pour lui de revenir par le parti, c’est la forme la plus politicienne d’un retour politique. Nicolas Sarkozy fait exactement ce qu’il ne voulait pas faire en revenant par le parti, lui voulait revenir en sauveur façon Général de Gaulle. Là il est obligé de revenir pour sauver l’UMP et mobiliser les militants pour le défendre face aux juges et neutraliser ses rivaux pour éviter une primaire.

A partir du moment où il a décidé de revenir il faut qu’il le fasse vite, ça l’oblige à être candidat entre maintenant et ses vacances prévues en juillet. C’est maintenant ou jamais.  L’accélération de son calendrier va avoir pour but d’enrayer sa baisse dans les sondages, c’est ce qu’il espère.

Le front anti-Nicolas Sarkozy (François Fillon, Alain Juppé, Xavier Bertrand, Bruno Le Maire...) peut-il s'unir contre lui ? S’il reste désuni, quel sera l’impact pour l’UMP ?

Jean Petaux : Les uns et les autres ne cachent pas leur hostilité à l’égard de Nicolas Sarkozy c’est au moins une chose acquise. L’ennui, pour eux, c’est qu’ils ont beaucoup de mal à dissimuler leur hostilité réciproque. François Fillon (cela ne date pas d’hier) voue une vraie détestation à l’égard de Xavier Bertrand (et cette phrase est soumise au principe de réflexivité)… On doit au premier cité (Fillon) une des plus belles vacheries prononcées en politique depuis longtemps, à propos d’une prise de position du second (Bertrand) dans le dossier des retraites : "Bertrand ? franc-maçon ? ça me surprend... "Franc" c’est sûr que non et "maçon" je l’apprends…". 

Quant aux relations entre Fillon et Juppé si elles ne sont pas exécrables elles sont plutôt froides. Autrement dit : tous sont hostiles à Nicolas Sarkozy mais dès que l’un d’eux va sembler prendre un avantage comparatif sur les autres, ces derniers feront vite bloc, non pas contre Nicolas Sarkozy mais contre ce "primus inter pares" qui pourrait les distancer. Il n’y a guère que Bruno Le Maire qui me semble à même de rallier Alain Juppé si ce dernier pousse les feux de sa candidature. Ce front qui tient plus du "front du refus de Sarko" que du "front coalisé" a pourtant tout intérêt à s’unir car le rouleau compresseur Sarkozy va s’employer à jouer les militants, la base, les troupes, contre les cadres du parti qu’il va désigner, collectivement, à la vindicte des militants. Et comme Jean-François Copé est un fusible totalement grillé qui n’a plus aucune fonctionnalité dans ce registre, il va falloir trouver d’autres boucs émissaires présentés comme responsables marasme actuel de l’UMP.

Et dans ce genre de situation c’est souvent celui qui est le principal auteur de la situation qui crie le plus fort et qui recherche, partout, des coupables de substitution… Nicolas Sarkozy a laissé faire les choses pendant la dernière campagne présidentielle ; cela a valu à l’UMP une quasi mise en faillite ; tous les militants ont du mettre la main à la poche (enfin presque tous…) pour compenser le non-remboursement des frais de campagne ; cette affaire a même eu des conséquences en matière de rentrées fiscales compte tenu du dégrèvement qu’elle a généré pour les versements ainsi effectués dans le cadre du "Sarkothon"… Nicolas Sarkozy est totalement mêlé à cet épisode. Il a intérêt à parler haut et fort pour désigner d’autres responsables que lui… Donc si le "front anti-Sarko" ne se constitue pas, l’UMP tombera comme un fruit mûr dans l’escarcelle de l’ancien président de la République.

 

Bruno Jeudy : La grande chance de Nicolas Sarkozy, c’est que ses rivaux et ce front contre lui est désuni. Les gens qui espèrent être candidats à la présidentielle sont presque aussi nombreux que les doigts des deux mains. Chacun a sa propre stratégie, Alain Juppé se voit en recours, François Fillon veut prendre sa revanche, les quadras veulent augmenter leur cote de notoriété et prendre date pour l’avenir car ils sont jeunes comme Laurent Wauquiez et NKM. Il y a toutefois un bémol, pas anodin : ils peuvent tous se retrouver sur un minimum commun, à savoir que tous veulent la primaire. C’est inscrit dans les statuts, une commission Anne Levade réfléchit à son organisation. Ils savent que Nicolas Sarkozy n’aura qu’un programme et une ligne, la sienne, et pas de primaire. 

 
Commentaires

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  • Par 2bout - 10/06/2014 - 09:31 - Signaler un abus Pour l'UMP comme le PS,

    fonctionner avec des primaires n'offre pas plus de garanties démocratiques que par une nomination par un bureau politique et les amabilités de Aubry et Fabius sont encore dans toutes nos mémoires quand on pense à Hollande. On a juste fait valider un candidat suivant une procédure un peu plus démagogique. Un mot sur Le Maire qui semble sincère dans sa démarche. On se doit de l'approuver quand il dit qu'un mandat électif n'est pas compatible avec un statut de fonctionnaire et qu'il en tire les conséquences pour lui-même. Pour exemple (personnel), quand un baron local est inspecteur de la brigade financière, les velléités de ses opposants sont proportionnelles à la conformité de leurs déclarations fiscales.

  • Par langue de pivert - 10/06/2014 - 10:15 - Signaler un abus

    L'idéal pour lui serait de se présenter entre les 2 tours : succès garanti :-))) Mais bon, ça c'est pas possible ! ☺ Les partis n'ont aucune importance : à droite seuls comptent les électeurs. Laisser les partis de droite patauger dans leur caca et se présenter en candidat libre le plus tard possible...ou passer son tour voilà ce que je pense ! Mais personne y m'écoute moi ! :-(

  • Par Anguerrand - 10/06/2014 - 10:28 - Signaler un abus À 2bout

    C'est l'hôpital qui se fout de la charité, parler d'UMPS quand MLP est obligé de tuer politiquement son père pour abandonner les idées de droite de JMLP , exclure les plus à droite, pour mieux se rapprocher du programme de la gauche FDG voire PS, c'est un peu fort. Ne voyez vous pas que MLP transforme son parti en parti de gauche? Il faut être vraiment aveuglé et ne pas vouloir voir, le FN donne des investitures à des CGT ou soutient le FDG comme il était mentionné dans Atlantico il y a peu. En dehors de l'immigration je ne considère plus le FN comme étant de droite, c'est un parti venu interventionniste comme le PS. même Nicolas Dupont Aignant est plus à droite.

  • Par essentimo - 10/06/2014 - 11:40 - Signaler un abus sarkozy

    tout à fait d'accord avec Pivert car quoiqu'en disent les PS et, malheureusment certains UMP, N. Sarkozy est le seul ancien président et l'un des très rares politiques à être reçu à l'étranger et être payé pour des conférences. Je doute que ce soit, un jour, le cas de Hollande ou Valls !

  • Par 2bout - 10/06/2014 - 11:58 - Signaler un abus Anguerrand, je traduis :

    Ce n'est pas parce que l'on me donne l'impression d'avoir le choix que je dois comprendre que l'offre est plus large. Le principe des primaires conduit les candidats qui s'y alignent à un exercice de synthèse tout en marquant leurs différences. Sa victoire légitime alors sa singularité par rapport au projet d'ensemble d'un parti. Il peut même s'asseoir dessus. En quoi est-ce plus démocratique ? La responsabilité d'un échec ne se perçoit même plus comme étant collective à ce même parti. Pour le reste de votre intervention, voyez mes commentaires sur le dernier article de Benoît Rayski.

  • Par Rolstone54 - 10/06/2014 - 12:46 - Signaler un abus Ils faut trouver le bon mensonge, celui que l'on veut entendre

    Mais franchement comment peut-on encore penser voter Sarkosy avec tout ce que l'on sait aujourd'hui ? Le moins pire diront certains : un type dont les collaborateurs n'osent pas lui dire que les comptes de SA campagne explosent est déjà un leader exceptionnel et puis le reste; "les paradis fiscaux ont disparu" avait-il fièrement annoncé, et que penser de la danse de la victoire de ce Président devant une réunion UMP quand il avait fait le service minimum, les millions d'€ dépensés en enquête d'opinion par l’Élisée auraient été mieux ailleurs, dans un docu sur l'évasion fiscale, il est dit "...les services (pas la poste) au service d'un parti, d'un clan.." etc, etc. Cela ne signifie pas que d'autres soient plus démocrates mais là on sait à quoi s'attendre.

  • Par Anguerrand - 10/06/2014 - 16:35 - Signaler un abus 2 bout

    C'est quoi une synthèse entre une droite que le FN renie maintenant et le programme de gauche, j'aimerais bien comprendre, pour moi MLP passe à gauche toute, tout en s'en défendant et sa " synthèse " comme vous dites s'appelle gauche c'est tout, mais pour conserver ses électeurs traditionnels renie peu à peu la politique de JMLP. Vous n'en avez pas assez de la gauche?

  • Par 2bout - 10/06/2014 - 16:38 - Signaler un abus Anguerrand,

    Je parle de primaires, de synthèse interne à un parti, comme l'a fait le PS, comme veut le faire l'UMP.

  • Par Mandataire - 10/06/2014 - 17:21 - Signaler un abus Dehors les Thrombonnard® de Poly-Tocards®…

    … qui vivent depuis 40ans aux frais du Contribuable dans les fromages du Pays de l’escargot lancé au galop contre le mur politique mais surtout économique… Ils sont comme leur bilan : lamentables ! Vite, Nous les Citoyens pour limiter le nombre de Mandats… Et pour le meilleur d’entre les Thrombonnards®—JUPPÉ—responsable pour partie de l'état du pays car… le bien qu’il fit, il le fit mal, le mal qu’il fit, il le fit bien. 57 ans en 2002 … retraité de la Fonction Publique ! 73 ans en 2017… place aux jeunes ! Cherchez l'erreur… Nous les Citoyens refusons la Politique comme un Métier….

  • Par MEPHISTO - 10/06/2014 - 21:20 - Signaler un abus Un éclair de lumière l 'année prochaine

    La dynamique pour remporter les futures élections cantonales et régionales puis les sénatoriales est en leur faveur et les chances de succès sont encore plus grandes s ' ils s' allient avec les centristes , malgré les turbulences qui traversent le parti , qui sera sans doute " rebaptisé" avec peut-être une nouvelle équipe dirigeante , composée de " jeunes pousses " mais qui parmi eux , ou des anciens sur le retour , pourrait être , en 2017 , le prochain chef d' état , président de la république élu. à ce jour , on ne voit toujours pas l 'homme ( ou la femme ) providentiel (elle )

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Bruno Jeudy

Bruno Jeudy est rédacteur en chef Politique et Économie chez Paris Match. Spécialiste de la droite, il est notamment le co-auteur du livre Le Coup monté, avec Carole Barjon.

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ».Il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac : « Paroles politiques ».  Il a co-publié aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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