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UDI : comment les grandes valeurs du centre se sont noyées dans les sables d’une modération sans vision

L'UDI tient son congrès ce samedi à Paris. Jean-Christophe Lagarde sera le seul candidat à sa succession. Dans un monde politique qui s'est recomposé au cours de ces derniers mois, les valeurs du centre se sont-elles effacées au profit d'une simple valeur de modération ?

Peut-on avoir modérément raison ?

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UDI : comment les grandes valeurs du centre se sont noyées dans les sables d’une modération sans vision

 Crédit PHILIPPE LOPEZ / AFP

Atlantico : Ce 17 mars, l'UDI tiendra son congrès à Paris, où Jean-Christophe Lagarde sera le seul candidat à sa succession. Dans un monde politique qui s'est recomposé au cours de ces derniers mois et ces dernières années, que reste-t-il du centre « historique » ? En quoi les valeurs du centre défendues par les partis, du MRP, de l'UDF, par des personnalités comme Jean Lecanuet, du personnalisme d'Emmanuel Mounier aux racines démocrates chrétiennes, se sont-elles effacées au profit d'une simple valeur de modération ?

Christophe Boutin : Le centre a mis longtemps à émerger en France et a toujours été un peu suspect. N’oublions pas que la politique française s’est structurée au moment de la Révolution française sur un clivage droite/gauche qui ne laissait guère de place aux « tièdes » : il fallait répondre à la question du veto royal. Dans le glissement qui mena ensuite de 1789 à 1793, le « Marais », la « Plaine », céda aux assauts de la « Montagne » jacobine qui, toujours plus à gauche, poussait par voie de conséquence ce centre toujours plus à droite. En sus, une partie de ce centre, les Girondins, volontiers décentralisateurs, se firent taxer de fédéralisme, un terme honni dans notre France centralisatrice.

Après Thermidor pourtant, de Staël à Constant, c’est le même appel à écarter en même temps du pouvoir l’extrême droite monarchiste et l’extrême gauche « partageuse » pour mettre en place un gouvernement du centre, celui des classes moyennes, un gouvernement dont Tocqueville dira qu’il n’est peut-être pas le plus éclairé mais qu’il est le moins dispendieux. Mais viendrontBrumaire, Napoléon, puis la Restauration, et c’est finalement Louis Philippe qui, après 1830, mettra en place ce gouvernement de bourgeois aisés. Très vite donc, le centre est perçu comme lié, sinon à la finance, au moins à l’entreprise, et peu soucieux de laisser s’exprimer directement le peuple, qu’il soit de droite avec les bonapartistes ou de gauche avec les socialistes.

Rallié comme tous les républicains au suffrage universel après 1848, le centre va trouver son supplément d’âme dans une démocratie chrétienne qui l’ancre comme malgré lui à droite, à cause du côté religieux, quand il n’a intellectuellement d’yeux que pour la gauche. Mais il se construit aussi avec le glissement à droite de partis de gauche liés eux à des réseaux humanistes très présents sous la IIIe République. Sa place – en fait celle des divers partis qui le composent, car il n’est pas unitaire - de « charnière » va en faire un élément important de la politique, avec comme point culminant la IVe :pouvant s’allier aussi bien avec une droite modérée qu’avec une gauche modérée, le centre devient faiseur de rois.

 
Commentaires

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  • Par Max.B - 17/03/2018 - 14:20 - Signaler un abus Qui Monsieur...? UDI.....?

    Vous n' existez plus, les ni ni du centre sont les neuneus de la politique

  • Par Deudeuche - 17/03/2018 - 15:00 - Signaler un abus Depuis la révolution

    C’est le marais.

  • Par Liberte5 - 17/03/2018 - 16:09 - Signaler un abus l'UDI ne représente plus grand'chose et son président

    n'est pas quelqu'un qui mérite une grande estime.

  • Par ajm - 17/03/2018 - 16:20 - Signaler un abus Un centre vide.

    Le centre autrefois c'etait le MRP en France et la Democratie Chrétienne en Allemagne et en Italie, avec derrière de grands hommes politiques comme Adenauer, De Gasperi, De Gaulle etc qui étaient issus du même moule catholique C"etait un mélange de social et de libéralisme , de social democratie très "famille" , attaché au mariage traditionnel , à la transmission , aux familles nombreuses etc. ...Ce centre n'existe plus mais a été remplacé par un centre réduit à une posture opportuniste de politiciens ambitieux sans troupe et sans charisme, dont le fonds idéologique est vaseux, voire invisible. L'Europe catholique a été remplacée par un aréopage d'influences économiques mélangé à des lobbys très minoritaires mais puissants, néanmoins à cause de son emprise mediatique, en particulier sur les sujets societaux.

  • Par ajm - 17/03/2018 - 16:43 - Signaler un abus Macron est-il centriste ?

    C'est la question que l'on pourrait légitimement poser . Le substrat chrétien dans le discours Macronien existe mais il est très discret ( L'influence de Ricoeur , christianisme plus protestant d'ailleurs) et toujours plus que contrebalancé par des allusions ou références éloignées , republicaines maçonniques ou plutôt ecolo- libertaro- bobos. Le fonds idéologique Macronien ressemble en réalité à une auberge espagnole destinée plutôt à réduire les animosités et les oppositions qu'à rassembler autour d'un grand projet mobilisateur et national. C'est qu'au fond, notre président est l'incarnation de notre Etat Profond, qui, en France n'est pas militaro-industriel ( comme aux USA ou en Russie) mais se confond avec les grandes directions de Bercy, celles qui ont poussé avec succès vers la politique du franc fort et la création de l'euro. Macron est leur joli bébé bien doué et photogénique , le petit Messie que l'on attendait depuis longtemps sans trop y croire , le Petit Jésus de l'Inspection Générale des Finances !

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Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

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