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Et si Napoléon avait triomphé à Waterloo ? (2/2)

Et si l'Empereur n'avait pas eu de crise d'hémorroïdes le 18 juin 1815 ? Il aurait certainement remporté la bataille de Waterloo. C'est l'avis de deux écrivains-historiens, qui revisitent l'Histoire de France de Vercingétorix à Edouard Balladur à travers 40 uchronies. Pour Atlantico, voici les bonnes feuilles du récit de la victoire de Napoléon, épisode 2.

On refait le monde

Publié le - Mis à jour le 20 Juin 2011
Et si Napoléon avait triomphé à Waterloo ? (2/2)

Suite de la première partie...

Premières attaques

Les premiers assauts se produisent contre la ferme de la Haye-Sainte et le château de Hougoumont, qui protègent, au centre et à droite, le plateau Saint-Jean. C’est alors que Ney commande la charge des cuirassiers, ceux de Milhaud et ceux de la garde. Puis il engage la cavalerie de Kellermann (le Jeune), enfin, les dragons et les grenadiers à cheval de Guyot. Mais les carrés anglais, au sommet du plateau, tiennent bon.

Vers 16 heures, la Haye-Sainte tombe aux mains des Français

La prise de la Haye-Sainte permet aux tirailleurs français d’approcher au plus près des lignes anglaises.

Et une batterie d’artillerie est enfin installée : elle foudroie les lignes anglaises. C’est alors que surviennent

les ultimes renforts français, les hommes de la garde impériale. À la tête de sa cavalerie, Ney charge une dernière fois la crête du mont Saint-Jean. Le centre anglais s’écroule brutalement, percé de part en part… Alors que le régiment du Cumberland s’enfuit vers Bruxelles, officiers en tête.

« Il dit Blücher, c’était Grouchy ! »

Des tirs se font entendre sur l’aile droite française. Alors l’Empereur, tournant sa longue-vue vers Fichermont, craint le pire. « Il dit Blücher, c’était Grouchy ! ». Le maréchal Grouchy ne s’est pas laissé berner par les manoeuvres de Blücher. Conformément aux ordres reçus, il a certes poursuivi le 2e corps prussien. Mais les tirs de canon entendus du côté de Waterloo et surtout la violente intervention du général Girard qui l’a menacé arme en main, ont ouvert les yeux du maréchal défaillant. Surgissant sur les arrières prussiens, Grouchy les bouscule à Fichermont avant que d’écraser le corps de Bulöw, épargné à Ligny, dans le terrible étau constitué par la garde et la division Mouton-Duvernet.

L’armée britannique fuit sur la route de Bruxelles

Wellington a donné l’ordre de retraite, mais l’aile gauche ne peut suivre le mouvement. L’infanterie de Chassé et Clinton ne parvient pas à échapper à la nasse. Sabrée par la cavalerie française, elle subit le feu des canons anglais que les Français ont retourné contre elle.

Vers 19 heures, les combats cessent

Les Prussiens se retirent en hâte : leur 3e corps a perdu 5 000 hommes durant la matinée et le début d’après-midi du 18, alors que Bulöw, coincé entre deux armées françaises, a laissé 15 000 soldats sur le champ

de bataille. En 3 jours, les Prussiens ont donc perdu 30 000 hommes, plus du tiers de leur effectif. Quant aux Anglais, ils abandonnent plus de 100 canons aux Français, dont les trois quarts hors d’usage, il est vrai. Et leurs pertes peuvent être évaluées à 12 000 tués, blessés et prisonniers. La cavalerie française a porté l’essentiel du poids de la bataille et a beaucoup souffert, perdant 5 000 dragons, cuirassiers et grenadiers montés. L’infanterie est également secouée, avec 6 000 morts et blessés. Ainsi les pertes anglaise et française sont-elles voisines. Napoléon veut ordonner la poursuite des Anglais : maréchaux et généraux s’y refusent. Leurs troupes sont épuisées…

Que faire ?

Victorieux, Napoléon ne sait que faire : faut-il s’enfoncer encore en Belgique et combattre à nouveau les Anglais devant Bruxelles ? Ou bien se tourner vers Namur et anéantir définitivement l’armée prussienne ? Il ne dispose plus que de 95 000 à 100 000 hommes en état de combattre. Peut-il encore risquer l’Empire sur un nouvel affrontement ? Ne convient-il pas mieux de raccourcir ses lignes et de tenir le nord de la France, en se retranchant autour de Lille ? Et aussi d’appeler Davout et Suchet auprès de lui ? Fort de sa victoire, il pourra mobiliser la classe 1815. Et renforcer la défense de Paris en occupant les forts. Si les Vendéens poursuivent leurs escarmouches, il ordonnera à Lamarque de faire un exemple, en rayant de la carte deux ou trois bourgs. Il n’est pas possible de distraire 20 000 hommes aguerris de la défense du pays. Il mobilisera la garde nationale, en appelant le troisième banc, celui des hommes de 40 à 60 ans. D’ailleurs beaucoup de ceux du second banc (26 à 40 ans) n’ont pas été engagés hors de France. Il y a là une réserve militaire importante, d’autant qu’il les a sédentarisés et fait entraîner à partir de 1805, comme une véritable armée bourgeoise. Ainsi peut-il espérer disposer d’une force de 350 000 à 400 000 hommes combattant sur son territoire qu’il vaut mieux, tout bien pesé, regagner pour fêter la victoire…

Enlever le roi à Gand !

L’envie de revoir son fils et sa femme le saisit brutalement. Il lui faudrait une carte d’échange. Il fait appeler le général François-Étienne Kellermann. Certes, il vient d’être blessé ! Se sent-il apte à rendre un service exceptionnel à son pays ? Qu’avec deux centaines de dragons, divisés en 4 groupes pour plus de discrétion, il se rende à Gand et y enlève le roi Louis XVIII. Ils seront habillés en gardes royaux anglais, des hommes qui ont été capturés ou tués et dont les uniformes sont disponibles. Il faudra prévoir un cabriolet pour transporter le roi impotent ! Et le saisir sur place. Gand n’est qu’à 50 km : il conviendra de prendre au plus court et de passer par Halle et Ninove pour éviter les troupes anglaises qui se sont repliées vers Bruxelles. Ils partiront de nuit, au soir du 19 juin. Et reviendront la nuit suivante. La matinée devra être consacrée au repérage, puis la fin d’après-midi à l’action. Pour cette raison, deux royalistes français capturés à Ligny les accompagneront en civil : leurs familles répondent en France de leur loyauté ! Kellermann s’incline, jurant que nul ne sera informé de sa mission : les hommes penseront effectuer une opération de commando contre le trésor de l’armée anglaise. Le but de l’opération ne leur sera révélé qu’au tout dernier moment.

Louis XVIII captif

À l’hôtel d’Hane de Steenhuyse, doté d’un excellent confort, le roi Louis XVIII s’est installé au rez-de-chaussée. Il ne dispose d’aucune protection particulière. Les quelques centaines d’hommes fort peu aguerris dont dispose le duc de Berry sont, en effet, regroupés à Alost. Toutefois depuis mars, le roi s’est attaché à former quelques partisans armés, qui suscitent la méfiance du gouvernement des Pays-Bas. Le roi, après avoir assisté à la messe, puis déjeuné vers 10 heures, fait sa promenade en ville, le long des remparts, voire à l’extérieur, avant que de prendre un copieux repas de poisson dans une auberge locale, puis il rentre vers 16 heures au palais pour y tenir conseil. Kellermann est informé au matin du 20 juin 1815 des habitudes royales. Par chance, le temps est splendide et le roi ne peut manquer sa promenade. Rapidement, il est décidé d’enlever le roi au sortir de la goguette, entre 15 h 30 et 16 heures. Vers 15 heures, sortant des bois voisins, les 4 groupes de gardes royaux anglais se dirigent vers la goguette située hors la ville qu’ils atteignent vers 15 h 30. Le duc de Feltre, ministre de la Guerre, et Jaucourt, ministre d’État, déjeunent avec lui, alors que deux gardes, sans doute des étudiants, assurent la sécurité du roi, postés devant la porte. Le galop des chevaux surprend chacun. En un instant, l’auberge est envahie, le roi saisi, les ministres jetés à terre, les divers convives attablés tenus en joue. Kellermann ordonne que 10 cavaliers surveillent l’auberge durant une heure afin que personne ne puisse donner l’alarme. Qu’ils les rejoignent ensuite. Puis le roi ligoté dans un cabriolet, il reprend le chemin de l’aller. En plein jour, le risque est grand d’être repéré. D’ici une heure l’alerte sera donnée, le roi n’étant pas revenu au palais ! Kellermann presse ses hommes au risque de briser les essieux du cabriolet. Leur progression est trop lente. Il n’est que 16 h 45 lorsque les 10 cavaliers laissés à Gand les rattrapent. L’alerte a été donnée plus tôt que prévu, car de nouveaux clients ont voulu pénétrer dans l’auberge. Ils ont dû fuir et sont poursuivis. Mais ils ont été les plus rapides. Kellermann ordonne qu’un premier groupe se sacrifie et résiste aussi longtemps que possible. Lorsque, enfin, à la tombée de la nuit, il atteint les bivouacs français, il n’y a plus que 10 hommes autour du cabriolet. Le roi a beaucoup souffert : il a rendu son repas et a du mal à respirer. Corvisart, l’homme qui a annoncé à Marie Walewska qu’elle était enceinte de Napoléon, l’examine. Il le trouve essoufflé, mais le cœur régulier. Il faut le changer et le faire reposer. « L’Empereur le verra demain matin », ordonne-t-il…

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Extrait de Et si Napoléon avait triomphé à Waterloo ? L'histoire de France revue et corrigée en 40 uchronies de Philippe Valode et Luc Mary (Editions Opportuns, juin 2011) 

Et si Napoléon avait gagné à Waterloo ?

 
Commentaires

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  • Par Chamaco - 19/06/2011 - 17:51 - Signaler un abus amusant bien entendu

    les hémorroïdes de Napoléon ou les fraises de Grouchy n'expliquent pas tout. il suffit de s'offrir un vrai "war games" pour prendre conscience des erreurs stratégiques et tactiques ; moment, acceptation du lieu de la bataille, première phase des attaques... sans cette accumulation, oui, le brave Napo aurait gagné !

  • Par springbok - 19/06/2011 - 19:44 - Signaler un abus Cause perdue

    Le retour de Napoléon 1er était une cause perdue... Même vainqueur à Waterloo, cela n'aurait pas été une victoire décisive... Toute l'Europe était contre lui et des provinces française en rébellion. Les Autrichiens et les Russes arrivaient en force. Les Cents Jours ont été un juin 1940 avant l'heure... La France ne s'en ait jamais vraiment remise...

  • Par Thomas Bishop-Garnier - 20/06/2011 - 08:10 - Signaler un abus La France, les Français n'en pouvaient plus !

    Historiquement, la France et les Français n'en pouvaient plus des guerres napoléoniennes et encore moins des années de terreurs révolutionnaires. Ceci dit et s'il est intéressant de se poser la question hypothétique d'une victoire de Napoléon, il faut plutôt se poser la question de l'indifférence actuelle vis vis d'un "Bicentenaire Napoléonien" qui devrait exister alors qu'il n'en est rien !

  • Par zabeillon - 20/06/2011 - 09:40 - Signaler un abus waterloo

    Napoleon ne pouvait pas gagner à waterloo....il lui manque les hommes cles qui ont autrefois forgé ses victoires:il manque Lannes l'ami de toujours tué au combat,Murat dont les charges victorieuses et la bravoure sans limite à bien manqué à waterloo à la tête de la cavalerie et surtout il manque Berthier seul capable de decrypter les ordresen rafale de l'empereur et son ecriture illisible !!!!

  • Par springbok - 20/06/2011 - 12:14 - Signaler un abus Et si...

    Tout à fait d'accord avec vous Zabeillon... Des hommes clefs de succès d'antan n'étaient plus là... Je me suis toujours étonné que Napoléon se soit privé des talents de Davout, demeuré à Paris comme ministre de la Guerre... Davout à la place de Ney à la bataille des Quatre-Bras et il n'y aurait pas eu de Waterloo... Ceci dit, comme je l'ai écrit hier, c'était une cause perdue...

  • Par lecalame - 20/06/2011 - 16:27 - Signaler un abus Pôve de nous !

    Et si ma tante....

  • Par xavnapo - 20/06/2011 - 18:38 - Signaler un abus Sympa mais

    Ne pas confondre Georges Mouton, comte de Lobau qui par ailleurs commandait un corps d'armée et pas une simple division avec Mouton Duvernet. De plus il n'y a pas de cuirassiers dans la garde de Napoléon I . Excellente uchroniepour le reste ! A zabeillon ; Murat était un âne, la taule qu'il ramasse à Tolentino r le prouve, le vrai absent de Waterloo c'est Davout

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Philippe Valode Valode Luc Mary

Luc Mary est historien et écrivain. Philippe Valode dirige la revue Actualités de l'Histoire. Ils publient Et si... Napoléon avait triomphé à Waterloo ? L'histoire de France revue et corrigée en 40 uchronies (Editions de l'Opportun, juin 2011).

 

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