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Les trois raisons pour lesquelles la France est incapable de rivaliser avec les géants américains de l'analyse ADN

Nouvel eldorado des entreprises scientifiques de la planète, l'analyse de données à partir de votre ADN ouvre d'importantes opportunités de business. Pourtant, malgré la qualité indéniable de la recherche française, les start-up hexagonales peinent à développer des business, freinées par un cadre législatif contraignant et un besoin en financement important.

Pas dans les gènes

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Les trois raisons pour lesquelles la France est incapable de rivaliser avec les géants américains de l'analyse ADN

Le marché de la recherche ADN, majoritairement trusté par des compagnies américaines, est loin d’être l’apanage de petites structures. Crédit Reuters

Et si votre personnalité était contenue dans votre ADN ? C’est ce qu’a affirmé, au cœur de l’été, la start-up suisse Kermagenes. Sa promesse, analyser vos molécules à partir d’un simple échantillon de salive pour déterminer les principaux traits de votre caractère afin de vous assurer "un développement personnel optimal". A l’instar de l’organisation helvète, notre ADN est en train de devenir le nouvel eldorado des entreprises scientifiques de la planète.

Le marché, majoritairement trusté par des compagnies américaines, est loin d’être l’apanage de petites structures. Chez Google, ou plutôt Alphabet, la division santé ambitionne via ses filiales dédiées de vous faire gagner 20 ans d’espérance de vie d’ici 2035 ou encore de prévenir différentes maladies comme le cancer. Un diagnostic possible grâce aux techniques de séquençage ADN chaque jour plus performantes : un pas de plus vers la médecine personnalisée. Chez Illumina, le pionnier du secteur, on est capable d’identifier votre risque d’être, un jour, atteint d’une maladie génétique.

L’entreprise de San Diego peut surtout se targuer d’avoir refusé une offre d’achat à 5,7 milliards de dollars par le laboratoire Roche en 2012. Depuis, IBM, Microsoft ou encore Amazon tentent de prendre leur part du gâteau en proposant des services de stockage de ces données.

En France, le marché du diagnostic génomique est loin d’être aussi dynamique qu’outre-Atlantique. "La qualité de la recherche scientifique est incroyable, l’une des meilleures" explique Gordon Hamilton, fondateur et dirigeant de PicoSeq, un acteur français de l’analyse ADN. Après plusieurs années dans la Silicon Valley, le scientifique entrepreneur a lancé en 2013 en partenariat avec l’Ecole Normale Supérieur de Paris et le CNRS, une start-up destinée à traiter ces problématiques. "Le seul soucis, c’est que l’on a beaucoup de difficultés ici à transformer ces recherches en vrai business" explique-t-il. Même constat pour les fondateurs de Genosplice, une autre start-up hexagonale du marché. "La France fait la course en tête dans ce domaine grâce à la qualité de la recherche mais paradoxalement, c’est très dur d’entreprendre sur ce secteur" souligne Pierre de la Grange, co-fondateur de l’entreprise dont les clients sont principalement Anglais et Américains.

De l’avis de tous, trois raisons justifient ce déficit entrepreneurial. La première viendrait du cadre légal pour le moins restrictif. "En France, une analyse de donnée génétique peut venir seulement de deux prescripteurs : un médecin ou un tribunal. Aux Etats-Unis, si vous prenez la filiale de Google, 23andme, c’est leur business. Vous envoyez un coton-tige de salive et moyennant quelques dollars, vous recevez directement vos résultats. On est donc plus limité en termes de marché", explique Marc Rajaud, le second cofondateur de Genosplice.

L’autre frein provient de la lourdeur du système administratif français, incapable de s’adapter à la vitesse de croissance de ces entreprises. "Nous avons mis presque deux ans pour négocier les licences nécessaires aux brevets de Picoseq. Le même processus en Californie prend entre deux semaines et deux mois. Sur un marché aussi rapide que celui-ci, deux ans c’est très long. Tout change vite, c’est donc impossible pour nous d’être de sérieux concurrents de ces sociétés américaines qui ont toujours un temps d’avance" déplore Gordon Hamilton.

 
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Julien Gagliardi

Julien Gagliardi est journaliste pour Atlantico. Il couvre l’actualité des entrepreneurs et des start-up.

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