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Trois décennies de déficit ? Comment la social-démocratie européenne a trahi John Maynard Keynes

John Maynard Keynes est souvent l’économiste de référence de la gauche qui manifeste contre l'austérité. Ce serait oublier que si Keynes n'est certes pas un libéral, il n'a rien d'un socialiste : il dénonce l'inflation, se méfie des hausses de salaires et de l'excès d'interventionnisme.

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Trois décennies de déficit ? Comment la social-démocratie européenne a trahi John Maynard Keynes

John Maynard Keynes n'a rien d'un socialiste. Crédit Wikimédia

John Maynard Keynes est un orphelin idéologique. Il suffit de lire des passages de sa Théorie Générale, pour s’apercevoir que le grand homme, sentant que son texte renforçant les prérogatives de l’Etat s’éloignait grandement du libéralisme, prît soin de flatter autant que ce pouvait sans trahir son propos la famille qu’il quittait, sans manquer d’attaquer le marxisme.

Orphelin idéologique, et mort à l’issue de la guerre, J.M. Keynes a été adopté post-mortem par les socialistes, alors que lui-même s’en était explicitement démarqué. A chaque fois qu’on nous préconise une nouvelle forme d’intervention de l’Etat dans les affaires économiques, J.M.

Keynes semble donner, du ciel, sa bénédiction tacite. Plutôt que de laisser les étatistes s’approprier le nom d’un des grands hommes du siècle, nous devrions les mettre face aux écrits de leur héros, car ceux-ci ne cautionnent absolument pas leurs politiques.

Dans la conclusion de son magnum opus, J.M. Keynes explique que ses préconisations n’ont d’autre objet que la sauvegarde du "capitalisme" comme système économique, et de l’"individualisme" comme système politique. Dans l’Europe d’aujourd’hui, seuls des libéraux défendraient avec autant d’attachement ces principes comme fondement de la société, tant une dimension péjorative s’y est désormais associée. Voici ce qu’écrit Keynes dans la conclusion de sa Théorie Générale.

"Le contrôle central nécessaire au plein-emploi implique, bien sûr, un accroissement important des fonctions traditionnelles du gouvernement. Mais il laisse de vastes prérogatives à l’initiative et à la responsabilité privée. En leurs seins,  les avantages traditionnels de l’individualisme prévalent.

Prenons le temps de nous remémorer ces avantages. Ils sont pour partie des avantages d’efficacité – ceux de la décentralisation et du jeu des intérêts personnels. Les avantages des décisions et responsabilités individuelles sont peut-être plus grands encore que ce que le XIXème siècle supposa : et la réaction contre l’appel des intérêts égoïstes est peut-être allé trop loin. Mais par-dessus tout, l’individualisme, purgé de ses excès, est le meilleur bouclier des libertés individuelles dans la mesure où, comparé à tout autre système, il agrandit considérablement le champ d’exercice du libre arbitre.

[…]

Bien que l’élargissement des fonctions du gouvernement, induit par la tâche d’ajuster la propension à consommer et l’incitation à investir, paraîtrait à un journaliste du XIXème siècle ou à un financier américain contemporain être une entorse terrible à l’individualisme, je le défends, tout au contraire, à la fois comme le seuil moyen pratique de sauvegarder le système existant dans son intégralité et la condition du bon fonctionnement de l’initiative individuelle."

J.M. Keynes, Théorie Générale de l’Emploi, de l’Intérêt et de la Monnaie

Si au regard de la communauté des économistes de son époque, John Maynard Keynes n’est pas vraiment un libéral, il n’est certainement pas non plus un socialiste. Parce que J.M. Keynes s’est démarqué des penseurs classiques, les socialistes en ont profité pour se l’approprier et ont abusé de son nom comme les capitalistes abusèrent du nom d’Adam Smith au siècle précédent. De même qu’Adam Smith n’est pas un libertarien, ni un défenseur de l’égoïsme comme principe de société, John Maynard Keynes n’est pas un socialiste qui croit au partage du travail. Désormais que les interventionnistes se revendiquent de l’autorité du maître, confrontons quelques-unes leurs "guignoleries" aux idées de l’économiste qu’ils vénèrent.

 
Commentaires

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  • Par Ilmryn - 06/05/2013 - 06:22 - Signaler un abus Très bon article !

    Hop, dans les liens (et soon dans la face des socialistes)

  • Par Ganesha - 06/05/2013 - 08:38 - Signaler un abus Victoire Eclatante de François Hollande

    Depuis 1973, les démocraties occidentales ont essayé d'adoucir le gigantesque hold-up au bénéfice des oligarchies, connu sous le nom de "Privatisations de Reagan-Thatcher", par des politiques de relance keyneisienne, en se finançant par le blanchiment de l'argent accumulé par ces hyper-riches, venant des paradis fiscaux : c'est la fameuse dette... Mr Barroso et plusieurs chef de gouvernement ont sifflé la fin de cette partie : une brillante victoire pour François Hollande, mais chut ! cela, c'est beaucoup trop tôt pour en parler ! Et bien sûr, la politique réellement en cours actuellement : l'inflation, la planche à billet, cela aussi Keynes l'avait dit : personne n'y croit ! Devant tous ces échecs, une mesure d'urgence s'impose : donner à la "Dette" le même sort que les "Emprunts Russes" en 1917. Pour la suite, nous attendons un nouveau Lenine qui fasse la synthèse entre Marx et Keynes... Sera-ce François Hollande avec Marine Le Pen comme premier ministre et Jean-Luc Mélenchon, ministre de l'économie ?

  • Par EOLE - 06/05/2013 - 09:11 - Signaler un abus Keynes n'est ni un prophète ni un révolutionnaire,

    juste un brillant iconoclaste régulateur et c'est en cela qu'il s'oppose au libéraux. Son problème: comment conserver les avantages de la liberté individuelle sans que le sysème ne s'emballe dans un sens ou dans l'autre par les excès qui résultent de la "loi du plus fort"; c'est en cela qu'il s'oppose aux socialistes.

  • Par td - 06/05/2013 - 09:13 - Signaler un abus une autre citation

    sur le taux de taxation, une autre citation pourra vous être utile pour compléter votre réflexion, d'ici à la fin de votre thèse : - "When the facts change, I change my mind. What do you do, sir ?" - Au sujet des faits qui ont changé, regardez le taux de prélèvement aux Etats-Unis : - http://www.usgovernmentspending.com/us_20th_century_chart.html - et dites nous s'il est, concrètement, en dessous de 25% du PIB. - Quant au fait qu'il faut dépenser en contracyclique et réduire les dépenses au delà, c'est le thème de l'éditorial de Krugman ce matin : - http://www.nytimes.com/2013/05/06/opinion/krugman-the-chutzpah-caucus.html?hp&_r=0

  • Par swergen - 06/05/2013 - 09:15 - Signaler un abus Hum...

    Voilà un "économiste" qui croit que le PS fait du socialisme... Ha, oui, HEC, je comprend mieux.

  • Par td - 06/05/2013 - 09:20 - Signaler un abus taux de taxation, suite

    une (modeste) proposition pour vous aider à réfléchir sur la taxation : 25%, c'est en gros le pourcentage du PIB qui sert à financer l'Etat, comme l'envisageait Keynes. - Ce qui est nouveau ? L'Etat providence, qui fournit le reste de la dépense publique (dépenses sociales, retraites, santé). - Oh, et comme vous le savez, pour la gestion de l'Etat la France est dans la moyenne des pays européens, et derrière la Grande-Bretagne. Cela, en dépit de charges plus lourdes dans l'éducation et la défense (2 enfants par femme en France, 1,5 en Allemagne => 1,5% de PIB à dépenser en plus pour la France dans le seul pré bac). Les 25% de l'Etat sont donc plutôt bien gérés...

  • Par Equilibre - 06/05/2013 - 10:28 - Signaler un abus Autre son de cloche

    "S'il y a deux économistes dans une salle, vous pouvez être sûr qu'il y aura deux avis contradictoires, sauf si l'un d'entre eux est Keynes, auquel cas vous en aurez trois" - Churchill http://www.contrepoints.org/2012/05/24/84368-rvisez-votre-keynes . Il semblerait qu'il ait dit un peu tout, donc chacun prend ce qui lui convient

  • Par densmarc - 06/05/2013 - 10:33 - Signaler un abus densmarc

    les ministres qui gerent tres mediocrement leur portefeuille devraient lire et s'inspirer de cet excellent article

  • Par MONTCLAR - 06/05/2013 - 10:47 - Signaler un abus L'économiste de référence de la gauche ?

    C'est effectivement ce qu'on répète avec constance depuis ........ depuis tellement longtemps que l'on finit par le croire. La première des choses à faire serait de lire Keynes. C'est déjà difficile. Et de le comprendre. A entendre ceux qui prétendent s'y référer, on a peine à croire qu'ils ont compris. A moins évidemment qu'ils ne l'aient pas lu ce qui, reconnaissons-le, simplifie considérablement la tâche.

  • Par laurentso - 06/05/2013 - 11:08 - Signaler un abus Bof, rien de nouveau sous le soleil

    tout le monde sait que Keynes était un libéral, un "classique" qui préconisait l'action de l'Etat uniquement en cas de crise et à court terme. Et il détestait tous ceux qui se réclamaient de lui. Ceux que l'on appelle aujourd'hui les "keynésiens" (vaste fourre-tout d'ailleurs), se réclament davantage d'auteurs comme Paul Samuelson que de Keynes.

  • Par SteakKnife - 06/05/2013 - 12:45 - Signaler un abus @swergen

    En effet, l'auteur semble encore croire que le parti socialiste est vraiment socialiste. Pourtant, depuis le gouvernement Jospin et l'adhésion au blairisme, il est de notoriété publique que le PS souhaite préserver le capitalisme. Je vois pas très bien où sont les révélations incroyables dans cet article?

  • Par Rotharm - 06/05/2013 - 16:32 - Signaler un abus J'adore ce genre d'article

    J'adore ce genre d'article sans un sous de thèse - anti thèse ... Pourquoi ne pas avoir titré :"3 décennies de déficits, ou le libéralisme économique américain".

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Acrithène

Acrithène tente tous les jours de vulgariser la science économique sur son blog.

Il est diplômé d’HEC Paris (finance) et de l’Ecole d’Economie de Toulouse (économie théorique) et actuellement doctorant.

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