Vendredi 18 avril 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Triple A français : un enjeu économique... mais aussi politique

Le maintien du AAA français constitue un véritable casse-tête politique pour Nicolas Sarkozy. Ses adversaires tentent d'exploiter la situation en vue de la présidentielle 2012.

Mauvaise note

Publié le 21 novembre 2011
 

Le maintien du triple A, quoiqu’en disent certains, ne relève plus de la seule logique rationnelle. Il constitue un véritable enjeu politique. Dès lors affirmer comme Jacques Attali que « la France a dans les faits déjà perdu son triple A » est une assertion très discutable, si l’on constate l’écart des taux d’intérêt (120 points de base) entre notre pays et la Belgique qui, elle, l’a bel et bien perdu. C’est aussi et surtout négliger le fait que sur le plan politique la question est tout sauf réglée. Et il ne sert à rien de se lamenter sur le « temps précieux » que nous fait perdre la campagne imminente, d’en appeler à « l’union nationale » ou à des « réformes radicales » immédiates : nous sommes dans le temps électoral, et, sauf à mettre la démocratie entre parenthèses, il faut bien faire avec !

"Le triple A de Sarko ?"

Ce qu’ont fort bien compris les adversaires du Président sortant, en conditionnant strictement les chances de ce dernier au maintien du triple A. De là à parler du « Triple A de Sarko », il y a un pas vite franchi ; et dangereusement : si l’on voit en effet dans la note nationale le principal atout de la candidature Sarkozy, la tentation devient grande pour les « anti-sarko » de tout faire pour l’en priver.

Déjà, à en juger par les déclarations de plus en plus simplistes et anxiogènes de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon, certains s’y emploient avec délices. Et tant pis si le pays y perd son crédit !  Attitude qui porte un nom : la Schadenfreude, la jouissance du désastre qui, selon un processus bien connu des psychologues, est d’abord celui de l’autre avant de vous emporter dans la tourmente ! Les plus avisés dans l’opposition le savent : l’opinion étant ultra-sensible sur la question et très vigilante sur l’imputation des responsabilités, toute déclaration imprudente aurait un effet de boomerang dévastateur. D’où la gourmandise avec laquelle les ténors de la majorité se jettent sur le moindre propos des socialistes en la matière…

Tombera ? Tombera pas ?

Certes, dira-t-on, pour le Président, associer son destin électoral avec le maintien du triple A, comme on lui en prête la confidence, est sans doute encore plus dangereux : un déclassement serait immédiatement exploité par ses adversaires sur le thème : « on vous l’avait bien dit, voici  la sanction de l’échec » ! Et nul doute que l’on verrait les agences de notation, aujourd’hui brocardées par les mêmes, retrouver alors parole d’évangile…

Le calendrier est à cet égard particulièrement périlleux, puisque le terme de la mise sous surveillance de la note française par Moody’s (fin janvier)  pourrait correspondre à son entrée en campagne. A moins que les autres agences, sur ce marché très concurrentiel, ne dégainent les premières. Est-il interdit de voir dans la très étrange – et très  scandaleuse – bévue ( ?) de Standard and Poor’s une tentative dans ce sens ?

"Le théorème de Fabius"

Mais Nicolas Sarkozy a-t-il le choix ? Encore une fois, la situation financière du pays sera l’enjeu de la prochaine élection : il en a non seulement conscience mais toute son action et toute sa communication est orientée sur la question ; or selon le théorème d’un expert en la matière, Laurent Fabius, « celui qui fixe l’agenda gagne les élections ».

Le pari est donc vertigineux. Mais d’une part, le tempérament du président n’est pas précisément caractérisé par une aversion au risque. De l’autre, face à l’épreuve qui s’annonce, il dispose d’atouts réels.

Double bind et bon timing

Le premier tient à la double contrainte, le double bind, du candidat socialiste : la tourmente financière actuelle contraint François Hollande à revoir son projet présidentiel ; mais il risque dès lors de décevoir son électorat et de mécontenter ses alliés. La tension avec les Verts sur le nucléaire est une première illustration de la difficulté de l’arbitrage.

Le deuxième atout de Nicolas Sarkozy tient, non pas à une impossible « maîtrise du calendrier », mais à sa réactivité face aux événements. Le bon « timing », comme toujours en politique et surtout en période de crise, sera décisif. Or trois hypothèses se présentent :

  • Soit le maintien du triple A jusqu’au scrutin : le Président pourra alors brandir devant le peuple son trophée intact ; hypothèse a priori la plus favorable pour lui, mais attention au paradoxe : soulagé, l’électorat pourrait lui dire « merci et adieu ». Churchill en a fait l’amère expérience en 1945…
  • Soit un déclassement en janvier ou février ; mais alors –et les agences de notation ne manqueront pas de le mentionner- le poids des incertitudes électorales, surtout si le programme socialiste demeure irréaliste, pourrait bien exonérer le président-candidat de la responsabilité principale.
  • Soit une dégradation dans les semaines à venir, la pire éventualité apparemment pour la droite. Mais une fois passé le premier choc, des mesures renforcées d’économies budgétaires (et non la seule hausse des impôts) seraient inévitables, car désormais imposées par la dérive des taux d’intérêt.

 

"Effort et Protection"

Deux conditions cruciales pour qu’elles soient acceptées :

  • Leur inscription dans une véritable perspective politique renouant avec les « fondamentaux de 2007 » : prime au travail et à l’activité, réforme de l’Etat et de la protection sociale, quitte à heurter les intérêts rentiers d’une partie de la droite.
  • Cela doit passer par une reformulation et une clarification du discours : la distinction entre rigueur et « gestion rigoureuse » laissant un peu rêveur, pourquoi ne pas associer à la thématique sarkozienne de la « protection des Français » celle de l’effort (national ?).

Mot qui a aussi l’avantage d’avoir une résonance gaullienne : n’est-ce pas le titre du deuxième tome des Mémoires d’espoir du Général ?

 

Cet article a été publié initialement sous l'intitulé "Triple A : l'enjeu politique" sur le blog Trop Libre tenu par Christophe de Voogd et David Valence.

 


Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par sheldon - 21/11/2011 - 21:38 - Signaler un abus La gauche ne peut qu'espérer la fin du Aaa pour dépenser

    Au moins ils ne seront pas responsables pour le saccage de la France. D'ailleurs ils vont tous faire pour que la France le perde.
    Quand on voit qu'ils bradent l'énergie de la France pour quelques voies, on peut s'attendre au pire.

  • Par veryliberalguy - 21/11/2011 - 20:03 - Signaler un abus Helas pour vous mr Voogd vous avez sacrément faux sur un gros

    point : Quand Jacques Attali dit que la France a de facto perdu son triple A, il a entièrement raison !! Nos taux d'emprunts sont plus que 2 fois supérieurs au voisin germanique. Notre situation financière n'est pas plus enviable que celle de l'Italie, il a encore une fois raison ! Vous avez raison de dire que F.Hollande a un programme peu en adéquation avec la situation d'endettement actuelle.

  • Par bobocleaner - 21/11/2011 - 19:16 - Signaler un abus le triple A Francais

    Abandon du systéme productif
    Accumulation de dettes publiques
    Absence de courage politique
    Aveuglement europeiste . bon j'en suis à 4 on arrête ;
    le triple A est une MESURE , ce qui est mesuré c'est l'état de nos finances et de notre économie.
    Il y a des solutions mais ECONOMIQUES pas de Communication.

  • Par bobocleaner - 21/11/2011 - 18:57 - Signaler un abus Alors le type qui voualit ramener les subprimes en France ?

    ou celui qui veut arrêt le nucléaire avec ses copains écolos ?
    Celui par manque de courage politique a as suprimé l'ISF mais a fait ce "truc" du "bouclier fiscla " ou celui qui eut augmenter nos impots et n'a aucune solution sur le déficit du comemrce extérieur creusé par l'autre grace à l'union européenne ,

Christophe de Voogd

Christophe de Voogd enseigne l'histoire des idées politiques, l'historiographie et la rhétorique à Sciences Po ainsi qu'au sein du Conseil des Ministres à Bruxelles.

 

Ses publications portent essentiellement sur l’histoire et l’actualité néerlandaises. Il est notamment l'auteur de Histoire des Pays-Bas publié chez Fayard ( 2003) et Pays-Bas : la tentation populiste (note de la Fondapol 2010).

Normalien, agrégé et docteur en histoire, il anime le blog Trop libre de la Fondapol. Mais s'exprime sur Atlantico à titre personnel.

 

Voir la bio en entier

Fermer