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La triple et délicate équation du congé parental

Le congé parental est désormais limité à 18 mois pour les mères, afin d'inciter les pères à s'occuper de leurs enfants. Mais le gouvernement a-t-il en tête la triple équation relative à l'enjeu d'une meilleure intégration professionnelle des femmes qui consiste à concilier le potentiel économique, les choix individuels des femmes qui veulent faire carrière et de celles qui ne le souhaitent pas.

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La triple et délicate équation du congé parental

Le congé parental est désormais limité à 18 mois pour les mères. Crédit Reuters

  • Encourager les hommes à prendre un congé parental, c'est faciliter le retour au travail des femmes, rééquilibrer le partage des tâches au niveau familial, et donc par la suite dans le travail. La société est un miroir de la famille !
     
  • Sur l'aspect macro-économique, c'est une force de travail supplémentaire qui se traduit par des points de PIB en plus (11% pour la France, si les femmes avaient travaillé dans les mêmes conditions que l'homme selon l'OCDE).
     
  • Plutôt que de faire appel à une main d'oeuvre étrangère, pourvoir les emplois aux femmes permet aussi de résorber la question du chômage qui touche de nombreuses femmes
     
  • Les entreprises faisant appel aux femmes sont plus productives et dynamiques.

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  • Embaucher plus de femmes, c'est également donner lieu à plus de naissance, d'après les statistiques pour faire face aux problèmes de financements des retraites à venir.
     
  • Il faut tirer profit du potentiel que représente le travail des femmes, sans pénaliser celles qui considèrent que ce choix relève de la liberté et des préférences individuelles.

 

Atlantico : Le congé parental est désormais limité à 18 mois pour les mères. La mesure est présentée comme une incitation pour les pères à s'occuper de leurs enfants. Une mesure suffisante pour faciliter le retour des femmes au travail ?

Catherine Sofer : Suffisante, peut-être pas, mais toute mesure qui a pour effet, d’une part de ne pas éloigner durablement les femmes du marché du travail et d’autre part d’inciter les hommes à participer plus activement à la prise en charge des enfants, mais aussi plus largement des tâches domestiques, facilite, non seulement le retour des femmes au travail mais aussi une plus grande égalité hommes/femmes sur le marché du travail.

Francis Vernède : Afin de poser sereinement et intelligemment la question du retour des femmes au travail, il conviendrait d’abord de savoir quelles sont les femmes qui veulent retourner à l’emploi. Nous avons conduit une étude en région Rhône-Alpes sur des mères monoparentales précaires (allocataire du RSA), qui vivent donc dans des situations économiques plus que délicates. Lors des entretiens et des observations, il est apparu qu’une partie d’entre elles considère déjà être au travail. Une jeune femme nous disait ainsi "être maman, c’est un boulot à temps plein !". Donc on peut supposer que cette mesure sera peut-être incitative sur une certaine tranche de la population et inefficace pour une autre.

Encourager d'un côté les pères à prendre leur congé parental et réduire celui des femmes... Les modèles suédois et islandais sont-ils à suivre et permettent-ils de rééquilibre le partage des tâches au niveau familial, et par la suite dans le travail ?

Catherine Sofer : Oui, certainement, les modèles suédois et islandais sont à suivre. Aujourd’hui en France, la discrimination "à poste égal" a pratiquement disparu. Les inégalités entre hommes et femmes sur le marché du travail - de salaire, de promotion, de carrière, le fameux "plafond de verre" - sont le plus souvent liées aux lourdes inégalités qui subsistent dans la famille dans la prise en charge des enfants et du travail domestique.

Les employeurs – nombre d’entre eux du moins – hésitent à promouvoir des femmes dans la mesure où elles sont supposées être en charge de l’essentiel du travail de la maison. C’est ce qu’on peut appeler de la discrimination statistique.

De même, le travail à mi-temps est globalement favorable au travail des jeunes mères, mais, à plus long terme, il défavorise les femmes. Tout ce qui peut favoriser un rapprochement entre hommes et femmes des parcours et des charges, tant familiales que professionnelles, ne peut qu’être bénéfique à une intégration professionnelle réussie des femmes.

Francis Vernède : La question du partage des tâches ne se règlera pas simplement avec la question de l’emploi. Depuis l’arrivée – malgré tout massive – des femmes sur le marché du travail, le partage des tâches n’a été modifié qu’à la marge.

Au rythme actuel, cela prendrait des dizaines d’années pour parvenir à un équilibre. Et cet équilibre serait, à mon sens, factice. L’État peut prendre des mesures, modifier les lois, mais il reste que des changements sociétaux qui touchent à l’intime et au privé ne peuvent se faire de façon descendante.

Le partage des tâches est une histoire de mœurs, d’habitus, et impacte effectivement sur le rapport au travail. Il sera impossible de faire consensus et il faut garder à l’esprit que l’État ne peut et ne doit pas s’immiscer dans les organisations logistiques des familles.

Sur l'aspect économique, quels avantages certains une meilleure intégration et une accession des femmes à la sphère professionnelle présentent-elles ?

Catherine Sofer : Une intégration réussie des femmes bénéficie à tous : plus de femmes sur le marché du travail, mieux payées, à des postes correspondant mieux à leurs talents, cela signifie plus de richesses créées, plus de croissance et une participation accrue au financement des prestations sociales et des retraites.

 
Commentaires

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  • Par abracadarixelle - 01/10/2014 - 10:39 - Signaler un abus 3 ans de congé parental....

    ....ne permettent pas le retour à l'emploi, sauf pour l'employée de la crèche Babyloup qui est revenu 5 ans après , avec un enfant de plus et un foulard islamique.....

  • Par Orchidee31 - 01/10/2014 - 17:02 - Signaler un abus De quoi je me mêle .....

    Décidément ces socialo veulent se mêler de tout y compris de ce qui est privé, personnel et intime - qu'ils laissent les gens s'organiser comme ils l'entendent : reprendre le travail ou pas - vouloir obliger les pères a prendre des congés paternité a rallonge, c'est au mieux de l'ingérence au pire la dictature quant à savoir qui fait quoi à la maison, ça regarde chaque couple et pas l'état - ils ont d'autres chats a fouetter - si un gouvernement de droite avait attaqué la famille et réduit le congé maternité de la sorte que n'aurait-on entendu ? Mais ce sont des socialistes il paraît .....

  • Par Orchidee31 - 01/10/2014 - 17:10 - Signaler un abus De quoi je me mêle, suite

    Seuls les hommes fonctionnaires peuvent se permettre un congé parental aussi long - les autres, allez donc informer votre employeur que vous souhaitez vous absenter plusieurs mois pour pouponner, vous allez voir la réaction ..... RIRE jaune assuré.... Et en plus, moi même mère de deux enfants, pour rien au monde je n'aurais cédé mon congé maternité à mon mari et c'était très bien comme ça - à l'époque 3 jours de congés paternité pour rappel -

  • Par zouk - 01/10/2014 - 17:50 - Signaler un abus Congé parental ou congés parentaux

    Le chapeau dit tout: bel exercice de tromperie et de cynisme

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Catherine Sofer

Professeure émérite d’économie à Paris1-Panthéon Sorbonne, professeure associée à l’Ecole d’Economie de Paris. Elle est spécialiste d’économie du travail et d’économie de la famille.

Elle a notamment publié :

La division du travail entre hommes et femmes (1985), Economica, Paris, de même que de nombreux articles dans des revues internationales de référence (Journal of Population Economics, Review of Economics of the Household, Review of Income and Wealth, Journal of Marriage and Family).

Citons encore : « Les choix relatifs au travail dans la famille : modélisations économiques des décisions du ménage et applications » Travail et Emploi, n°102, 2005, pp 79-89, et « La production domestique dans les modèles collectifs » L’Actualité Economique Vol. 82, n° 2, 2006 pp. 247-270 (avec B. Rapoport et A . Solaz). Elle co-anime le séminaire d’économie du genre à Paris 1.

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Francis Vernède

Sociologue - chargé de mission à la Mission Régionale d'Information sur l'Exclusion, Francis Vernède a travaillé pour l'Observatoire Français des Drogues et des Toxicomanies.

Sa thèse de doctorat est en cours et porte sur les toxicomanes et la relation d'aide.

Il a participé à la réalisation d'une étude sociologique sur les femmes qui veulent retourner à l’emploi.

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