Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 20 Juin 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Travail : Il y a urgence à nous adapter car les robots n’attendront pas pour agir

Réparer l'homme, oui ; l'augmenter, pour quoi faire ? Si, en matière de connaissance, il est « interdit d'interdire », en matière de manipulation, il peut s'avérer nécessaire de refuser certaines retombées des découvertes issues de nos laboratoires et de nos observations. Pour Guy Vallancien, le transhumanisme éclairé s'appuiera sur cinq piliers indissociables : partager les informations afin de décider dans une conscience accrue des enjeux qui concernent notre avenir commun ; participer activement et sans état d'âme au développement de l'intelligence artificielle et à la construction des robots, à la condition qu'Homo Artificialis soit seulement adapté à nos besoins; soulager et réparer celles et ceux qui subissent maladies, traumatismes physiques, psychiques et sociaux innombrables ; refuser catégoriquement les dérives qui tendraient à augmenter l'homme au seul bénéfice d'un surcroît de puissance et de longévité ; et, enfin, promouvoir l'éducation nécessaire pour être en capacité de décider au-delà des seules opinions fluctuantes et irrationnelles. Guy Vallancien mène une réflexion éthique et philosophique sur les dérives de la robotique médicale, et signe un essai érudit qui plaide pour un nouvel humanisme articulé autour de « l'objet numérique à l'intelligence supérieure » que sera Homo Artificialis.

bonnes feuilles

Publié le
Travail : Il y a urgence à nous adapter car les robots n’attendront pas pour agir

Les économistes divergent sur le taux de pertes des métiers traditionnels et leurs prévisions restent aléatoires tant le changement de système est brutal. Entre l’ingénieur de haut vol et l’aide-soignante qui rassure la personne âgée malade en lui tenant simplement la main, il n’y aura quasiment plus de place pour les personnes à formation intermédiaire. Pour accompagner cette mutation dans les formes de travail, c’est à une refonte magistrale de l’éducation et de la formation, initiale ou continue tout au long de la vie qu’il faut s’atteler.

Il s’agit de multiplier les écoles de formation professionnelle high tech, de les munir de nouveaux outils pour doter le pays du personnel capable de répondre à cette offre qui émerge, au lieu d’encombrer les universités d’étudiants dont 50 % ne terminent pas un cursus coûteux et inadapté à la vie qui les attend. Le Japon est un exemple de l’intégration réussie des robots dans la vie économique et domestique. Ce pays vieillissant a fait le choix de la robotique plutôt que de l’immigration. Le taux de robots actifs y est le plus élevé au monde, quand le chômage est à 5,5 %. De quoi faire rêver nos responsables politiques ! La machine ne tue donc pas l’homme : elle le replace au centre du système productif dans des rôles de contrôle et de relation, qui sont ses qualités premières. En France, nous semblons incapables de promouvoir une politique affichée de réel changement des conditions de travail, nous pataugeons dans des concepts passéistes datant de la révolution industrielle. Quand on observe la panique à l’idée qu’Airbnb concurrence les hôtels ou qu’Uber ringardise les taxis, on mesure le décalage entre l’émergence des technologies créatrices d’emplois et leur diffusion acceptée. Le temps d’intégration par la société des innovations majeures ne s’est pas raccourci.

Il reste d’une génération alors que les progrès technologiques s’accélèrent, rendant parfois caduques des trouvailles d’à peine deux ans d’existence. Cette vitesse de l’évolution technologique amplifie les peurs et les refus. Nous aurons donc à réfléchir sur le statut même de ces nouveaux compagnons capables d’aider ou de remplacer l’homme : Quelle puissance d’intervention, quelle responsabilité et quelle liberté leur accorder ? Le Code du robot dépassant les lois d’Asimov déclinera-t-il le droit au respect de son intégrité tout comme l’obligation de le réparer, l’interdiction de l’agresser et de le détruire ? Qu’en sera-t-il de sa responsabilité en cas d’erreur et d’accident ? Et surtout comment Homo sapiens réagira-t-il à cette mutation ? Retournera-t- il dans la forêt primitive pour y vivre de chasse et de cueillette, avant de disparaître au nom de l’évolution du vivant ? Cassera-t-il ces jouets qu’il aura créés, comme les luddites du Lancashire qui, en 1811, détruisirent à coups de massue les nouveaux métiers à tisser ? Ou bien Homo sapiens comprendra-t-il qu’Atlas, Sophia, Asimov et leurs compères, de plus en plus intelligents et efficaces, le libéreront pour rejoindre l’essentiel de ce qui fait la dignité de la vie humaine, le partage, le respect de l’autre et le soulagement de nos misères physiques, psychiques et sociales ? Adam Smith avait déjà souligné cette propension de l’homme à vivre en être social, comme il l’écrivait dans sa Théorie des sentiments moraux (38) « Aussi égoïste que l’homme puisse être supposé, il y a évidemment des principes dans sa nature qui le conduisent à s’intéresser à la fortune des autres et qui lui rendent nécessaire leur bonheur, quoiqu’il n’en retire rien d’autre que le plaisir de les voir heureux ».

 
Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Guy Vallancien

Guy Vallancien est un chirurgien français, professeur d'urologie à l’université Paris Descartes, membre de l'Académie nationale de médecine et de l'Académie nationale de chirurgie. Il a fondé et préside la Convention on health analysis and management (CHAM) et l'École européenne de chirurgie.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€