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Tout ce que les réseaux sociaux ont changé dans notre rapport à la mort

Nous sommes tous immortels... sur les réseaux sociaux. En effet, sur ces derniers les profils sont presque impossibles à faire disparaître une fois leur utilisateur décédé, et bien souvent ce sont les proches qui continuent à les alimenter en photos et statuts afin de faire vivre le défunt.

Décès 2.0

Publié le - Mis à jour le 2 Novembre 2013
Tout ce que les réseaux sociaux ont changé dans notre rapport à la mort

Atlantico : Alors que le nombre de pages Facebook d'utilisateurs décédés s’élèverait à 3 millions, un phénomène nouveau semble se développer : faire « vivre » ces gens en alimentant de photos ou de commentaires leurs profils sur les réseaux sociaux. Cela démontre-t-il un changement de notre rapport à la mort et à la fin de vie ? Cela peut-il empêcher le processus de deuil de se réaliser totalement  ?

Alain Sauteraud : Continuer à faire vivre un mort, par le biais de sites internet qui sont dédiés à un défunt ou par le biais d’une page Facebook, n’est en fait pas très  différent d’une « messe du souvenir » ou encore de se rendre régulièrement sur sa tombe, parfois plusieurs années après le décès.

Il s’agit du même processus de deuil qui permet notamment de contourner un élément de la modernité face au deuil : l’éclatement géographique des familles. Ces plateformes permettent ainsi d’écluser la douleur et de la partager avec ceux qui sont loin.

Un album photo dans lequel vous exposez un « bon souvenir », une fête familiale par exemple, est une irruption du vivant au moment où ce dernier ne l’est plus au même titre que l’alimentation d’un profil Facebook. A chaque fois que des outils technologiques apparaissent, le débat est le même : la relation qui en ressort est elle viable, saine ? Lorsque le téléphone est apparu la question s’est posée de savoir s’il était possible d’entretenir une véritable relation entre humains par son biais. Des décennies plus tard, personne ne le conteste. Le rapport au deuil et à la mort ne m’en semble donc pas nécessairement modifié dans le fond, il ne le sont quand dans la forme, dans le support.

Il existe toutefois des déviances qui sont celles de certains sites qui commercialisent des services de messages préparés par la personne de son vivant et qui sont délivrés post-mortem. On se retrouve là avec une irruption d’un contenu inconnu, non contrôlé par les proches, envoyé par le vivant après sa mort mais pensé avant. Ce phénomène peut quant à lui réellement troubler le deuil mais nous ne savons pas encore quelle est son ampleur.

Un phénomène parallèle est celui de la publication sur les réseaux sociaux par les grands malades condamnés ou par leur famille de "posts" sur l’évolution de la maladie et la fin de vie. Comment analyser ce que certains voient comme une « théâtralisation » de la fin de vie ?

Les réseaux sociaux étant par définition la mise à la disposition de beaucoup d’« amis » des informations instantanées, il ne me semble pas vraiment choquant de tenir au courant les gens de l’évolution d’une maladie - sans pour autant que l’on puisse parler de théâtralisation. Reste à savoir si cela relève de l’impudeur ou pas, et la question se pose plus généralement à propos de Facebook et de nombreux autres réseaux sociaux sur tous les autres sujets. Sociologiquement, on répand donc dans un monde virtuel des informations privées – deuil ou pas deuil. Ainsi, si on juge non choquant l’usage de ces réseaux, il n’y a rien de choquant non plus à parler de sa maladie, ou de celle d’un proche, sur ces supports.

 
Commentaires

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  • Par yt75 - 01/11/2013 - 11:32 - Signaler un abus net identity

    ne pas oublier aussi la bataille actuelle autour de la "net identity", en particulier l'aspect "se logger avec mon compte fb, g+, twitter etc", qui pourrait aussi devenir un des services majeurs de fb, gg ou autre. Par exemple lu un article (je ne le retrouve pas à l'instant), à propos d'une compagnie d'assurance Américaine qui obligeait quasiment ses clients à avoir un compte fb et à l'utiliser pour se logger sur son site. Dans ce cas la compagnie d'assurance sous traite à fb la partie identification/authentification de ses clients. Et à ce sujet si l'on considère que le fait que cela se termine en deux ou trois monstres n'est pas forcément souhaitable, il serait peut-être temps de considérer les choses un peu sérieusement ... http://iiscn.wordpress.com/2011/06/29/idenum-une-mauvaise-idee/

  • Par yavekapa - 01/11/2013 - 12:23 - Signaler un abus c'est quoi

    un réseau "social" ? je me pose la question car suis pas encore mort ! je connais très bien le gouvernement "social" et ses méfaits, puisque la France sera bientôt à vendre pour un prix dérisoire (dernière proposition : le Qatar).

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Alain Sauteraud

Alain Sauteraud est psychiatre, spécialiste du  deuil et du trouble obsessionnel-compulsif. Il a écrit Comprendre et soigner les troubles obsessionnels compulsifs et Vivre après ta mort, psychologie du deuil, aux éditions Odile Jacob.  Il participe au site aftcc.org

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