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Tout grand homme politique est un phénix déjà re-né de ses cendres

Toujours prêts à se relever quand ils trébuchent, ces personnalités politiques contiennent en elles une force de résilience impressionnante. Extrait de "On n'est jamais mort en politique" (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le 2 février 2013
 

"Qu’est-ce que l’échec en politique, selon vous ?

« L’échec, quel échec ? » (Michel Rocard, ancien Premier ministre).

« Malheureusement, compte tenu d’un agenda particulièrement chargé, je ne peux vous donner satisfaction. Je le regrette et vous prie de bien vouloir m’en excuser. Je vous souhaite plein succès pour votre livre » (Laurent Fabius, à l’époque député de Seine-Maritime).

« En politique, ce n’est pas le premier qui gagne. La logique méritocratique ne vaut pas dans ce domaine » (Robert Rochefort, vice-président du MoDem).

« Il y a des personnes qui ne peuvent pas supporter la dureté de la politique, […] mais l’avantage dans ce milieu, c’est que les choses sont connues d’avance » (Michèle Alliot-Marie, ancien ministre).

« Je respecte votre projet mais je n’ai pas envie d’en être partie prenante » (Lionel Jospin, ancien Premier ministre).

« Une carrière politique, ce n’est pas une profession avec des buts et des seuils hiérarchiques » (Éric Woerth, ancien ministre).

« Désolé, mais c’est un sujet sur lequel je n’ai aucune compétence » (Jean Peyrelevade, membre de l’équipe de campagne de François Bayrou en 2007 et 2012).

« L’échec, c’est la vie politique française » (Pierre Schapira, adjoint au maire de Paris, ami de Lionel Jospin).

L’échec est, pourtant, la chose la mieux partagée par les politiques. D’un grand homme, on garde souvent en tête l’image de ses succès, oubliant les revers qu’il a pu connaître. Mais notre mémoire est sélective. Car tous trébuchent. Y compris ceux qui ont marqué l’histoire. […]

Ce qu’il y a d’étonnant, c’est que, malgré l’aspect presque banal ou du moins ordinaire de l’échec en politique, celui-ci reste un sujet tabou. Comme si on ne devait pas en parler. Il y a d’ailleurs très peu d’écrits sur ce thème. On ne s’intéresse qu’aux gagnants. Et si l’on écrit sur un perdant, il s’agit uniquement du battu du second tour de la présidentielle. On préfère oublier les échecs. On les effacerait presque, alors qu’ils sont, sans doute, les meilleurs révélateurs du système et des règles qui le régissent. Après tout, la victoire ne vient que récompenser un parcours. Les défaites et la manière dont les politiques les gèrent, en revanche, nous en apprennent davantage sur eux, sur leur caractère, sur leur force de conviction ou même sur leur endurance. Il est toujours instructif de voir comment le désastre électoral déforme les traits du vaincu, comment l’ego se fissure, comment il affronte l’adversité, comment il se protège, comment il se dérobe aux regards et aux caméras ou au contraire se force à sourire. Et le lendemain : que fait-il ? Comment digère-t-il cet échec ? À quoi pense-t-il ? En veut-il au vainqueur ? Remet-il en cause les institutions ? Est-ce qu’il ressasse ? Sent-il poindre la dépression ? Au contraire, est-il soulagé par sa défaite ? Avait-il peur de gagner ? Est-il déjà dans l’après ? Autant de questions, autant de réponses différentes.

Les politiques ont du mal à aborder cette question. Pourquoi ? Par superstition ? Par peur de réveiller des souvenirs douloureux ? Par pudeur ? Par orgueil ?

Ces grands fauves se cachent pour panser leurs plaies. Il n’y a pourtant rien de honteux. Au-delà même des enjeux immédiats, l’échec fait partie de la vie. Mais, en France, un homme politique ne montre pas ses faiblesses, ses failles, sa sensibilité. Il est rare de les voir. Et si cela arrive, on s’empresse d’en faire un événement médiatique.

La violence des coups reçus est certainement d’autant plus rude pour eux qu’elle ne peut être exprimée. Après un revers, ils exhibent d’emblée un visage tourné vers l’avenir, vers la prochaine occasion. « Pas grave, on recommencera », disent-ils tous !"
 

 

Extrait de On n'est jamais mort en politique, Albin Michel.

 


Commentaires

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  • Par Gégé Foufou - 03/02/2013 - 09:38 - Signaler un abus EXEMPLES LES PLUS FLAGRANTS

    FABIUS, JAK LANG et SEGO

  • Par jlbaty - 02/02/2013 - 18:20 - Signaler un abus Les politiques sont en dehors des lois (monarchie déguisée )

    Il est impossible de rentrer dans la fonction publique avec un casier judiciaire ,question pourquoi les politiques trampés dans toutes les magouilles possibles dont environ 1/3 ont une casseroles ,peuvent toujours se faire élire ou rester en place. L' exemple patent sur Paris c' est Tiberi qui tire 10 ans de procédure pour des milliers d'électeurs fictifs

  • Par Gengis - 02/02/2013 - 15:33 - Signaler un abus Cette résilience ne va-e-elle pas au-delà du politique ?

    Je ne suis pas convaincu -- mais l'article n'affirme pas non plus le contraire - que cette résilience, cette capacité à durer, perdurer, renaître, soit le domaine exclusif de l'être politique. Dans le monde des affaires, certes celles haut placées, la capacité à rebondir est un crédo. "Never give up" est l'un de ses secrets que l'autodidacte de la réussite a pigé quand l'élite des affaires se les fait imprégner au plus profond dans les instituts, écoles et universités les plus prestigieuses.

  • Par guy bernard - 02/02/2013 - 12:04 - Signaler un abus l'important, c'est la notoriete

    les hommes politiques sont avant tout un produit marketing :
    pensez a la marque Dove ; elle a été tour à tour un esquimau glacé, un liquide vaisselle performant (avec son petit raton laveur comme mascotte) avant de devenir une gamme de produits d’hygiène pour femmes "normales" (ça ne vous rappelle rien ?).
    quant au discours politique, pensez que les propositions socialistes étaient faites sans une idée précise de la situation de notre pays (c'est accessoire).
    enfin, je peux prédire la faillite de n'importe quel système et le temps me donnera toujours raison, ce sera pour moi le triomphe et mon grand retour.

  • Par bagad - 02/02/2013 - 11:19 - Signaler un abus utile ?

    je suis toujours sidéré quand un journaliste entreprend d'écrire sur la gente politique. croyez-vous qu'ils aient besoin de cette publicité et que ça aidera l'électeur à mieux les comprendre ? je sais bien que pour vous, ils vous font vivre, c'est votre fond de commerce.
    encore une fois, vous prenez vos lecteurs et eux leurs électeurs pour des pigeons . et il y a des maisons d'édition qui se font du beurre.
    vous êtes vraiment loin des vraies préoccupations du peuple français. décidément, il faut que le microcosme parisien cesse de vouloir diriger le reste du pays : tout ça ronronne au détriment d'un vrai journalisme.

Clélie Mathias

Clélie Mathias est rédactrice en chef du journal de la mi-journée sur la chaine D8 et collabore régulièrement à la Matinale de France Inter.

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