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Tout drame sanitaire n’est pas un scandale… et la Dépakine n’est pas le Médiator

De telles confusions, de plus en plus fréquentes, ne sont pas sans conséquences sur les relations médecin- malade, sur l’image de la médecine et sur notre propre santé.

Tribune

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Tout drame sanitaire n’est pas un scandale… et la Dépakine n’est pas le Médiator

L’affaire de la Dépakine rebondit. Les plaignantes préparent un recours collectif contre les laboratoires incriminés, et les médias s’empressent de titrer : « Dépakine : vers un nouveau scandale ? ».  Une fois encore, on confond les crises sanitaires, qui se sont multipliés au cours des 30 dernières années, les drames qu’elles ont engendrés, et les scandales dont les auteurs sont reconnus fautifs et doivent être sanctionnés. De telles confusions, de plus en plus fréquentes, ne sont pas sans conséquences sur les relations médecin- malade, sur l’image de la médecine et sur notre propre santé.

Dès que survient un accident médical, après avoir consulté Internet, on suspecte a priori l’incompétence du médecin, une faute médicale, une complicité entre « les acteurs » (laboratoires pharmaceutiques, prescripteurs, soignants…), et une légèreté coupable des pouvoirs publics. L’émotion et l’inquiétude toujours, l’indignation souvent, naissent immédiatement d’une médiatisation qui, faisant fi de la présomption d’innocence, anticipe sur les conclusions des enquêtes. Un drame douloureux devient un scandale, avec de fâcheuses conséquences, dont la moindre n’est pas l’apparition d’un préjudice d’angoisse… qui pourra d’ailleurs être indemnisé par la suite.

Plus grave, « ces scandales sanitaires à répétition » altèrent les relations entre des malades de plus en plus méfiants, et des médecins qui désertent une pratique de plus en plus judiciarisée. Ils sont incités à multiplier les examens dits complémentaires afin de prévenir le grief de ne pas avoir eu recours aux données actuelles de la science, sans parler du principe de précaution auquel le juge se réfère, hélas, de plus en plus souvent !

« La Dépakine n’est pas le médiator »

L’affaire du médiator est un scandale. Sept ans après le dépôt des premières plaintes, après que le produit eut été retiré du marché pour « tromperie aggravée, mise en danger de la vie d’autrui, homicide involontaire… prise illégale d’intérêts, le parquet de Paris vient de demander le renvoi du groupe Servier devant le tribunal correctionnel. « L’affaire du médiator » est un double scandale : scandale sanitaire, si la responsabilité du produit est confirmée dans la survenue d’effets indésirables graves, y compris de décès, dont le nombre continue de faire débat ; un scandale judiciaire du fait de la durée de la procédure, de la difficulté d’établir les responsabilités et d’apporter des preuves certaines de liens de causalité.

La Dépakine est un drame, pas un scandale. Le Valproate de sodium est prescrit dans les formes graves d’épilepsie, caractérisées par des crises sévères et répétées. C’était, jusqu’à récemment, le seul médicament efficace en pareil cas mais il peut entraîner chez la femme enceinte des interruptions de grossesse et des troubles graves du développement fœtal dans 30 à 40 % des cas. L’évaluation du rapport bénéfice/ risque est particulièrement difficile dans de telles situations et la patiente doit faire un choix « éclairé » dramatique. À elle de décider : interrompre la grossesse ou interrompre le traitement.

 
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Claude Huriet

Claude Huriet est professeur agrégé de médecine et ancien sénateur.

Ancien Président de l'Institut Curie, il est membre du Comité international de Bioéthique de l'Unesco et membre honoris causa de l'Académie nationale de médecine.

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