Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 22 Mai 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Tout sur le dessous des chiffres du retour à la croissance : ce que l’on a vraiment perdu depuis 2008 (ça fait peur) et à qui nous devons quoi

Après 1.1% en 2016, la croissance économique française atteint son plus haut niveau depuis six ans avec un chiffre de 1.9% pour 2017. Un résultat qui mérite d'être mis en perspective

Hollande, Macron ou… Draghi ?

Publié le
Tout sur le dessous des chiffres du retour à la croissance : ce que l’on a vraiment perdu depuis 2008 (ça fait peur) et à qui nous devons quoi

Atlantico : Après 1.1% en 2016, la croissance économique française atteint son plus haut niveau depuis 6 ans avec un chiffre de 1.9% pour 2017. Comment interpréter un tel résultat ?

Nicolas Goetzmann : Il s'agit en effet du meilleur résultat depuis l'année 2011, qui fut une année de reprise post-crise. Avant les erreurs commises dans la stratégie économique européenne qui avait conduit à cet effet de "double creux" que l'Europe a connu, au contraire des États Unis par exemple.

Il est donc naturel de se féliciter de ce résultat, mais il convient immédiatement de le mettre en perspective.

Il faut distinguer l'économie française de 1999 à 2007, c’est-à-dire la période qui débute avec la naissance de l'euro, et se termine par la grande crise de 2008, de la période qui la suit, c’est-à-dire de 2008 à fin 2017. Entre 1999 et 2007, la croissance moyenne en France est de 2.30% par an. Cette même moyenne a été de 0.71% entre 2008 et 2017, soit un effondrement de 70% de ce que nous avons connu auparavant.

Pour être encore plus concret, il est intéressant de suivre l'évolution de la croissance nominale, c’est-à-dire la croissance que l'on pourrait qualifiée de "brute" dont l'inflation n'est pas encore retranchée, qui peut être comparée grossièrement à l'idée de la croissance du chiffre d'affaire pour une entreprise. Cette notion de croissance nominale, c'est aussi ce que l'on appelle "la demande". Là encore, d'une moyenne de 4.04% entre 1999 et 2007, le chiffre moyen de 2008 à 2017 n'a été que de 1.71%. La chute est sévère et atteint 58% entre les deux périodes.

La croissance nominale est importante puisqu'elle permet également de mettre la croissance 2017 en perspective. En terme nominal, la croissance 2017 a été de 2.75% contre une moyenne de 4.04% entre 1999 et 2007, ce qui signifie que nous sommes encore bien en deçà des chiffres de cette période. Et pourtant rien ne justifie un tel écart, il n'est pas possible de se résigner en pensant que ce dont était capable l'économie dans les années 2000 serait inatteignable aujourd'hui. La seule explication possible est justement notre résignation, notre accoutumance, après 10 ans, à une croissance qui reste encore médiocre.

Médiocre parce que le taux de croissance annuel ne fait pas tout. Il faut arriver à se représenter l'économie française comme un édifice qui se construit année après année, qui grandit ainsi de façon progressive. Ce qui apparaît alors, c'est une plaie béante de 10 années. On peut voir la muraille de Chine depuis la lune comme on observe la grande crise de 2008 sur des séries statistiques longues, et l'on aperçoit alors cette faille qui a écrasé l'économie du pays sur une décennie. Pour se figurer de cet écart, il suffit d'observer l'évolution du PIB nominal français (qui comptabilise l'inflation) et de le comparer à ce qu'il aurait été si l'économie française avait simplement suivi son rythme d'avant crise, c’est-à-dire la même moyenne qu'entre 1999 et 2007, et le résultat est la :

PIB nominal trimestriel (Ligne rouge) et tendance de la croissance du PIB nominal (99-2007 – Ligne noire). INSEE

L'écart entre les deux lignes, entre ce que nous avons et ce que nous aurions pu avoir atteint le chiffre de 30% de croissance nominale, un manque à gagner qui ferait passer notre PIB de 2300 milliards à 3000 milliards d'euros. C'est ce que nous avons perdu au cours de cette crise. L'idée n'est donc pas d'en revenir à un taux de croissance annuel qui serait équivalent à ce que nous avions avant crise, mais de savoir ce que nous devons entreprendre pour rattraper, au moins en partie, ce que nous avons perdu au cours de ces 10 dernières années. Mais cette question n'est même pas abordée par nos dirigeants.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 31/01/2018 - 09:12 - Signaler un abus Ça doit être « l’amortisseur social » qui freine!

    Les analystes aiment gloser sur du vide, pendant des heures, sans jamais s’interroger sur le bilan désastreux de quarante années de réformes gauchisantes, ni se demander pourquoi la France gauchiste fait systématiquement deux à trois fois pire que ses voisins, dans les mêmes conditions européennes, mondiales, de crise etc...

  • Par Ganesha - 31/01/2018 - 10:29 - Signaler un abus Ode à la Joie

    Cet article est une véritable''Ode à la Joie'', destinée à célébrer la gloire de Mario Draghi, le héros qui nous a sorti de la Crise ! Il faudrait trouver un Beethoven pour mettre ce poème en musique ! Mais, malheureusement, il y a une faille, et, elle est béante, dramatique, catastrophique : tout ce bel échafaudage est totalement artificiel et précaire, puisqu'il repose sur l'Assouplissement Quantitatif, et celui-ci va s'effondrer à très court terme !

  • Par moneo - 31/01/2018 - 12:05 - Signaler un abus hum

    Bref mr Draghi ENCORE Peut on relancer un pays sans avoir avant une destruction de partie de la redistribution , du refus des reformes structurelles, et de l'arrêt de l'immigration d'assistanat.un pays qui représente 1/000 de la population mondiale a t il vocation à devenir le déversoir d'une population africano maghrebine qui a lutté pour obtenir sa liberte et en a fait un piètre usage là nous sommes dans le domaine des croyances l'auteur pense que la création ex nihilo de monnaie permet le développement d'un pays ....Hitler est parvenu au pouvoir pour cause de création monétaire abusive et Maduro démontre la même chose

  • Par Ferdinand Urbain - 31/01/2018 - 14:38 - Signaler un abus Socialisme

    La cause principale en est le socialisme... Qui'il soit venu de la droite soixante-huitarde ou de la gauche, ce fut à peu de choses prêt la même politique. Encore un grand merci Remarquons que si la croissance économique française fait son meilleur chiffre cette année et que certains s'en félicitent, rappelons que c'est parce qu'elle est emportée mécaniquement par le reste de l'Europe. Pas à cause de réformes ou d'une politique adéquate. La France freine la croissance européenne, c'est moche mais réel !

  • Par MORVAN58 - 31/01/2018 - 17:04 - Signaler un abus Bravo Nico !

    Bien vu et accessible !

  • Par Deudeuche - 01/02/2018 - 08:46 - Signaler un abus @Ganesha

    Correct, l’assouplissement va se pétrifier et tomber en poussière. C’est un procédé de junkie, il faut toujours plus de cam pour maintenir le bien être.

  • Par ajm - 01/02/2018 - 23:51 - Signaler un abus La BCE cause unique du regain de croissance.

    NG a raison. Le peu de regain de croissance que connaît l'Europe depuis deux ans est la conséquence exclusive de la politique de la BCE sous la houlette de Draghi.Si on arrête prématurément cette politique, on retombera dans une croissance infinitésimale , y compris en Allemagne. Les autres facteurs , notamment politiques, ont un rôle anecdotique.

  • Par ajm - 01/02/2018 - 23:53 - Signaler un abus Crise de 1929.

    Moneo: c'est la crise de 29 qui explique l'arrivée de Hitler, pas la grande inflation du debut des années 20.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€