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Le tourisme, ce grand oublié
du discours des candidats

Le secteur est l'un des premiers postes excédentaires de notre commerce extérieur. Pourtant, rares sont les politiques à s'en vanter et à se mobiliser pour le dynamiser. A tort : la manne pourrait ne pas être éternelle...

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La France entretient une relation paradoxale avec son industrie touristique : si elle représente depuis plus de 20 ans, l’un des premiers postes excédentaires de notre commerce extérieur, avec un solde positif qui oscille selon les années entre 10 et 12 milliards d’euros, rares sont les hommes politiques à vanter les mérites de cette industrie et à se mobiliser pour la dynamiser.

Nos politiques sont plus prompts à se pencher sur les déboires de notre industrie automobile que sur le potentiel d’amélioration de notre offre touristique. Sans doute parce qu’il est plus avantageux médiatiquement de visiter une usine avec un casque sur la tête et un bleu de travail, plutôt  que de déambuler dans un complexe touristique.

Sans doute aussi parce que nos élites connaissent peu ce secteur et le considèrent avec une certaine défiance : le tourisme, comme les jeux vidéos, souffre à tort d’une image de secteur "peu sérieux". Certes, on n’y fait pas de Recherche-Développement mais on y créé beaucoup de valeur !

Autre raison : le tourisme est souvent associé dans l’imaginaire  français à une forme de dépendance, de soumission vis-à-vis de l’étranger. Le service n’est jamais très loin de la... "servitude". Ceci explique sans doute le peu d’importance accordée à la question de la qualité du service et de l’accueil, la problématique de la qualité étant souvent réduite à celle des infrastructures et des sites à visiter.

Au fond, nous avons tendance à considérer le tourisme comme une rente dont il ne faut surtout pas s’occuper, un secteur qui fonctionne "tout seul". Après tout, la tour Eiffel restera toujours à Paris et il n’est donc pas nécessaire de la promouvoir !

Il s’agit là d’une profonde erreur d’analyse : si la production touristique est en effet non délocalisable, la consommation de tourisme est quant à elle de plus en plus mobile. A l’heure où les moyens de transport se démocratisent (low cost), à l’heure où l’ouverture des frontières permet aux consommateurs de bénéficier d’une offre touristique de plus en plus variée, notre rente, pour exceptionnelle qu’elle soit, n’est plus à l’abri des vents de la concurrence étrangère.

Plusieurs indicateurs nous montrent d’ailleurs que notre avantage dans le tourisme s’érode depuis 30 ans et qu’il n’a rien d’une "rente naturelle" :

  • Alors que la France représentait 10,8% des arrivées mondiales en 1980, sa part s’élève aujourd’hui à 8,6% ;
  • Si la France reste le premier pays d’accueil au monde par le nombre de touristes, elle ne se situe qu’en troisième position pour les recettes, après les Etats-Unis et l’Espagne. Sa part dans les recettes a même décliné : elle représentait 7,7% des recettes totales mondiales en 1980 contre moins de 6% aujourd’hui ;
  • Notre offre touristique est insuffisamment diversifiée et se concentre sur quelques sites et attractions : moins de 20 sites, essentiellement en région parisienne,  parviennent à attirer plus d’1 millions de visiteurs chaque année.

Plusieurs initiatives récentes vont dans le bon sens, en mettant l’accent sur la qualité d’accueil et de service : réforme du classement des hôtels en 2009, mise en place du label "qualité tourisme", etc. Mais ces politiques restent encore trop focalisées sur quelques éléments de la chaîne de valeur –notamment l’hôtellerie– sans voir que la qualité doit se penser de manière transversale, et irriguer l’ensemble de l’offre touristique, de l’arrivée au départ du touriste.

 
Commentaires

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  • Par sam84 - 20/02/2012 - 14:57 - Signaler un abus Le tourisme,une valeur sure????

    C'est effectivement tout ce qui va nous rester dans quelques décennies Comme les pays du tiers monde,nous avons les mendiants de plus en plus nombreux et nous avons les touristes La France n'est plus qu'un vaste park d'attractions qui fait encore illusion,grâce a son passé historique,son art de vivre ,ses us et coutume Mais, tout cela se transforme chaque jour un peu plus en un cloaque multiculturel de type macdo qui n'aura bientôt plus aucun attrait pour qui vient en France pour son histoire et ses valeurs

  • Par Rosine - 20/02/2012 - 22:27 - Signaler un abus et aussi

    le pinard le fromenton les dessous aguichants la BD j'oubliai Mireille Mathieu.

  • Par perisino62 - 21/02/2012 - 00:22 - Signaler un abus Ah bon !?

    Pour le pinard, hum hum, il est de plus en plus difficile d'en trouver du bon ! Sur 10 maisons différentes de Gevrey Chambertin... une seule en fait du bon... à 40 euros la bouteille minimum, il faudrait peut-être qu'ils songent à travailler l’œnologie nos récoltants producteurs... Les dessous ?! pas plus terribles qu'ailleurs ! La mode est bien plus amusante au Brésil si vous voulez mon avis ! Et puis aux beaux dessous encore faut-il de belles femmes, bien dans leur peau, qui s'entretiennent : hum ! Les fromages français ?? quand ils ne sont pas malsains pour la santé ! Puis faudra travailler un peu l'accueil, car les pauvres étrangers ils en prennent plein la gueule quand ils arrivent à Paris et qu'ils s'entendent dire : "on ne parle que français", sans un sourire ! Alors que tout le monde sait s'exprimer un minimum dans une autre langue (c'est obligatoire à l'école) etc

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Emmanuel Combe

Emmanuel Combe est vice-président de l'Autorité de la concurrence et professeur affilié à ESCP-Europe. Il est également professeur des universités.

Spécialiste des questions de concurrence et de stratégie d’entreprise, il a publié de nombreux articles et ouvrages, notamment sur le modèle low cost (Le low cost, éditions La Découverte 2011). Il tient à jour un site Internet sur la concurrence.

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