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Lutte anti-dopage :
50 ans de foirage

Alberto Contador, triple vainqueur de la compétition, est de retour, un an après avoir été contrôlé positif à un produit dopant. Jean-Pierre de Mondenard, ancien médecin du Tour de France, livre une analyse accablante de la situation du dopage dans ce sport miné par les scandales.

Cyclisme

Publié le - Mis à jour le 11 Juillet 2011

Le dopage est-il inévitable dans le cyclisme ?

Tout d’abord, il faut savoir que le dopage est une question de société.

Toutes les catégories de la population, qu’elles soient, politiques, sportives, même amoureuses sont exposés à ce phénomène. Mais il vrai que la compétition génère le dopage. Ce n’est pas seulement une histoire de cyclisme ou de sport, mais bien une histoire d’homme face à la compétition. La triche et le mensonge sont consubstantiels à l’Homme. A partir de cette analyse nous pouvons parler du vélo.

Ce qui a accéléré la lutte antidopage, ce sont les morts que celui-ci a engendré, en direct, lors de courses de cyclisme dans les années 50 et 60. A partir de là, Mr Herzog, qui était le Haut-commissaire à la jeunesse et au sport, a tout fait pour qu’une loi puisse voir le jour afin de contrer ce nouveau fléau. Il faut aussi savoir que la première loi, du 1er juin 1965, est une loi anti-stimulant. A l’époque seuls les stimulants étaient considérés comme des produits dopants.

Si on prend les premiers contrôles officiels qui datent de 1966, pour le cyclisme et les autres sports, 85 % étaient effectués dans le vélo.  De plus, à cette période aucuns contrôles n’ont été effectués dans le tennis, le football ou encore la formule 1. Pour le football les premiers dépistages vont apparaître en 1978, c’est-à-dire douze ans plus tard. Par exemple, à la suite d’un match de Coupe de France, quatre footballeurs vont être contrôlés  négatifs.  Mais il s’avère qu’ils ont été prévenus à l’avance. Ceci montre la différence de traitement entre le cyclisme et tous les autres sports.

De plus, d’autres éléments sont à considérés. Le Tour de France est un tambour médiatique. Il a lieu l’été, lorsque la plupart des gens sont en vacances. Les premières étapes des sprinters ne sont pas très passionnantes. Parler de dopage permettrait donc d’augmenter les audiences. C’est en tout cas, ce que les gens croient, mais c’est faux.

La difficulté du Tour de France et ses étapes très compliquées parfois inhumaines ne poussent-elles pas les cyclistes à se doper ?

C’est une idée reçue. Le Tour de France n’est pas inhumain, loin de là.  Les cyclistes du Tour de France sont autour de 35 000 kilomètres par an, et font des étapes très compliquées toute l’année. Pour eux cela devient facile et habituelle. La vraie difficulté est de suivre quelqu’un qui va à deux kilomètres heures plus vite que vous. L’Homme est ainsi fait qu’il ne croie jamais que l’autre est plus fort que lui. Il va donc prendre un produit dopant pour le battre. Par exemple, l’emblématique Ben Johnson (NDLR : coureur de 100 mètres canadien) en 1988, s’est fait prendre sur un cent mètres de dix secondes. Ce n’est donc pas la difficulté de l’effort qui l’a poussé à se doper. C’est la compétition qui pousse les sportifs à se doper, mais aussi l’égo. Tout le monde pense que pour être admiré, il faut être premier.

Pourquoi les choses n’ont toujours pas changé au niveau du dopage dans le cyclisme ?

Dès le départ l’affaire était mal engagée. En effet, le monde du sport doit se tirer une balle dans le pied. Si on demande aux fédérations de sanctionner les sportifs, de faire des contrôles, elles ne le feront pas.  Les fédérations veulent être l’ami des champions. Elles vont donc tout faire pour empêcher que cela se produise. Tant que la lutte antidopage sera à la main des fédérations, les choses ne changeront pas. Depuis 1965, rien n’a changé. Leur but est de montrer qu’elles luttent contre le dopage, mais elles vont tout faire pour contrôler le moins de sportifs possible.

Que faut-il faire pour changer le système et mettre en place une véritable politique antidopage dans le monde du cyclisme ?

Il faut tout simplement sortir la lutte antidopage du monde sportif. S’il n’existe pas un système indépendant qui est à la tête de la lutte anti-dopage, rien ne changera. Mais les fédérations n’en veulent pas en entendre parler. De plus les agences, que ce soit l’agence mondiale ou les agences nationales, sont dirigés par des gens, qui la plupart du temps sont des grands serviteurs de l’Etat. La veille, ils ne savent même pas si le dopage s’écrit avec un seul ou deux « p », et le lendemain, ils vont être interrogés par des confrères comme des éminents spécialistes de ce sujet. Comment voulez-vous être crédible ? Les sportifs se marrent et n’ont absolument pas peur. Je commencerai à croire que nous allons vraiment lutter contre ce phénomène quand nous mettrons à la tête de l’AMA, l’agence mondiale anti-dopage, des gens concernés. Ce n’est pas en nommant un ancien Ministre de l’Economie australien, au chômage, Président de l’AMA, que le problème va pouvoir se régler. Mais si on mettait quelqu’un comme Sandro Donati, qui a permis de faire tomber Francesco Conconi, le fameux médecin italien qui a introduit l’EPO dans le monde du sport, à la tête de l’AMA, alors, je commencerai à croire que la lutte antidopage est pris à bras le corps.

Cela fait 50 ans que nous sommes dans un système qui foire et nous continuons.

Que pensez-vous de l’affaire Contador ?

Je vais vous surprendre. Pour moi, la version de Contador est la bonne. Je pense même que l’AMA va le blanchir. Depuis le début de l’histoire, j’en suis convaincu. C’est d’ailleurs ce que j’ai expliqué à plusieurs médias.

Il est facile de comprendre pourquoi il ne sera pas sanctionné. Le 20 juillet, jour de course il subit un contrôle antidopage, duquel il sort négatif. Dans la soirée il raconte qu’il a mangé un bifteck. Le lendemain jour de repos, il passe un contrôle et on lui trouve une dose infime de clenbuterol.  

Ce produit est utilisé pour se doper dans deux situations. Les sportifs en prennent dans un premier temps, pour avoir un effet stimulant sur l’appareil respiratoire. Dans ce cas-là il suffit d’une seule prise pour une journée.  Pour que ça marche, il faut donc le prendre le jour de la compétition.

Dans un deuxième temps, si les sportifs veulent que le clenbuterol produise un effet anabolisant, (NDLR : afin d’entraîner une augmentation des tissus cellulaires, en particulier dans les muscles), il faut le prendre pendant plusieurs semaines, ce qui n’était pas le cas de Contador. Or, il faut savoir que ce produit est utilisé dans les fermes animales pour permettre une croissance plus rapide des animaux de boucherie. Il s’avère que Contador a été contrôlé positif lors de son jour de repos. Ce qui veut dire qu’il aurait pris du clenbutérol en une seule prise le jour où la compétition était en suspens. Pensez-vous une seconde que Contador, qui évolue au plus haut niveau, qui est déjà vainqueur de nombreux tours de France, d’Italie et d’Espagne, est pu commettre une telle erreur ? Il est donc évident qu’il s’agit d’une contamination alimentaire. 

 
Commentaires

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  • Par slavkov - 10/07/2011 - 15:31 - Signaler un abus ras-le-bol

    ... cyclisme, le dernier bastion qui résiste a la diversité - alors il faut l'abattre par tous les moyens, les "stars" du foot même en pratiquant les transfusion sanguines pendent le championnat du monde! sont passé sous silence "médiatique" - a part d'un hebdo national qui a eu le courage de nous informer ...

  • Par porticcio - 10/07/2011 - 16:55 - Signaler un abus Et pendant ce temps-là beaucoup de forages ...

    Dans des puits pharmacodépendants, puits d'ailleurs pas perdus pour tout le monde. Les exploits induits sont si beaux à voir à la télé, les cadavres de leurs auteurs plus tard un peu moins !

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Jean-Pierre de Mondenard

Jean-Pierre de Mondenard est un médecin du sport français. 

Il a exercé à l'Institut national des sports de 1974 à 1979 et suivi en tant que médecin la plupart des grandes épreuves cyclistes, notamment le Tour de France à trois reprises de 1973 à 1975 où il était en charge des contrôles anti-dopage.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages de médecine du sport dont six sur le dopage sportif. Il est l'auteur du livre : Tour de France : tous dopé ? (Editions Hugo doc, 2011).

 

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