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Total aurait-il fait un étrange cadeau de 16 millions d’euros à son banquier, la Société Générale ?

Un actionnaire du groupe pétrolier le pense et aimerait en connaître la raison. Il a donc saisi la justice. Une initiative farfelue, répliquent certains acteurs du dossier. Autopsie d’un bel embrouillamini…

Embrouillamini

Publié le - Mis à jour le 18 Juillet 2014
Info Atlantico
Total aurait-il fait un étrange cadeau de 16 millions d’euros à son banquier, la Société Générale ?

La Société Générale devrait régler depuis 2005 au groupe pétrolier Total la somme de 16 368 658 euros. Crédit Reuters

16  368 658 euros. Telle est la somme que la Société Générale devrait régler depuis 2005 au groupe pétrolier Total. Or ce dernier ne bouge pas. Pourquoi Total ne serait-il guère pressé de recouvrer sa créance ?  En tout cas, un actionnaire de Total, expert-comptable de profession, Gérard Burn, veut en connaître la raison. Mécontent de l’attitude de Total qui laisserait filer ses intérêts, il a décidé de porter plainte auprès du Procureur de  la République de Paris pour recel d’abus de biens sociaux contre la Sogeprom, une société immobilière, filiale à 100% de la Société générale.

Pour comprendre les dessous de cette histoire, il faut remonter à la mémorable affaire Elf - au début des années 90- l’une des plus importantes affaires de détournement de fonds publics de l’histoire de la Vème République qui a vu nombre d’élus,  cadres de l’entreprise se servir allégrement. Ou être servi par le numéro 2 du groupe Elf, Alfred Sirven, l’homme à tout faire du président Loïk Le Floch-Prigent. 

Nous sommes le 13 décembre 1990. La société Elf-Aquitaine consent à un constructeur, la société Thinet, une promesse de vente de terrains d’une superficie de 31 962 mètres carrés pour la somme de 200 millions. Pour fournir une garantie et l’on apprendra plus tard, payer les commissions exigées par Sirven, Thinet se rapprochera de Coprim qui est un promoteur immobilier, lequel bénéficiera d’une promesse de vente d’une partie des terrains en avançant 22 millions de francs à Thinet.  La ville d’Issy-les-Moulineaux renonce à exercer son droit de préemption sur les terrains du groupe pétrolier. Le 26 juin 1991, le conseil municipal d’Issy-les-Moulineaux  donne son feu vert pour la création d’une ZAC (Zone d’aménagement concerté) sur les terrains propriétés d’Elf. Le même jour, la concession de cette ZAC est attribuée  -par le Conseil municipal- à la société d’économie mixte des Hauts-de-Seine, la SEM 92. Un mois plus tard, le 25 juillet, comme prévu fin 1990, Elf vend donc son terrain à Thinet. Jusque- là, rien que de très classique. La suite l’est beaucoup moins. En effet, six jours plus tard, le 31 juillet 1991, la société Thinet revend les terrains qu’elle vient d’acquérir, pour 295 millions de francs, à la SEM 92.  Réalisant ainsi une ahurissante plus- value : 95 millions !

Une partie de ce pactole va faire un tour sur un compte suisse d’Alfred Sirven tandis qu’une autre, 22 millions de francs - remboursera Coprim dont le patron s’appelle Dominique Dutreix. En contrepartie, Coprim obtiendra immédiatement la possibilité d’acquérir 40% des droits à construire sur le fameux terrain, désormais propriété de la SEM 92. Naturellement, ce mic-mac se termine mal. Quelques salariés d’Elf se retrouvent en correctionnelle. Dominique Dutreix n’y échappe pas. A cause de ces maudits 22 millions de francs. Le 12 novembre 2003, le Tribunal de Grande instance de Paris condamne Dutreix, au titre de dommages-et-intérêts,  à verser à Total- qui a absorbé Elf en 2000- 12 127 685 euros…!  En appel, en 2005, la somme grimpe à 13 795 541 euros !  

 
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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée - La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut),  La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014) et Les journalistes ne devraient pas dire ça (L'Artileur, 2017).

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