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Electoralix

Publié le 5 février 2012

Mais pour qui vote Astérix ?

"Tintin est-il de gauche ? Astérix est-il de droite ? " Et Barbie, pour qui vote-t-elle? En cette période de campagne présidentielle Isabelle Fringuet-Paturle et Jérémy Patinier se sont amusés à trouver le penchant politique de nos héros de BD Tintin et Astérix, de la chanteuse pop Lady Gaga, du constructeur suédois d'ameublement Ikéa, etc ! Extraits (2/2).

 
« Nous sommes des comiques qui n’avons qu’un seul désir, une seule vocation : amuser les enfants et ceux qui le sont restés ! », aurait affirmé le sieur Uderzo.

« Nous sommes des comiques qui n’avons qu’un seul désir, une seule vocation : amuser les enfants et ceux qui le sont restés ! », aurait affirmé le sieur Uderzo. Crédit Reuters

Astérix, pff ! on connaît par cœur. Idéfix le petit chien, le gros Obélix, le péniblissime Assurancetourix, barde instituteur et souffre-douleur patenté, le sage Panoramix, le druide, et bla et bla et Falbala. On ne va pas tous les énumérer, ils sont 59 au total, tous gaulois, et presque tous citoyens d’un fameux petit village situé à l’ouest de la Gaule.

Leur profil ? Moustachus, rigolards et bagarreurs. Comme Aurélie Filippetti, qui demandait à Michel Sapin entre les deux tours des primaires socialistes d’octobre 2011 « … il faut qu’on cogne ? », et à qui Sapin répondait gêné « Tu sors du village d’Astérix ou quoi ? »

Face à eux, les non moins célèbres Romains. On en décompte 70, essentiellement des légionnaires, des centurions et même des généraux qui obéissent à « Jules ». Jules César lui-même.

Ces Romains sont les ennemis favoris, voire préférés, desdits Gaulois. C’est contre eux qu’ils résistent sans faiblir et sans renoncer. Normal : ils sont ir-ré-duc-ti-bles. Rapport à la potion magique of course, fabriquée dans un grand chaudron par Panoramix, mais aussi à leur fichu caractère et leurs nombreuses facéties.

À première vue, le débat est simple, d’un côté on a les envahisseurs, que l’on pourrait désigner du terme plus contemporain de colonisateurs, de l’autre les opprimés, les Gaulois.

Ici donc, les Romains. Conquérants, guerriers, hégémoniques, ils annexent les terres qu’ils traversent et y imposent leur style de vie à la romaine : un monde absolutiste et autoritaire où l’ordre, la hiérarchie et l’argent sont rois ; d’ailleurs, les Romains commercent et collectent l’impôt, c’est dire. Ils sont capitalistes, Jacques de Guillebon n’hésite pas à employer le terme de « grand capital gallo-romain » (Astérix l’irréductible, hors-série no 21 du Figaro, octobre 2005). Les Romains sont donc de droite, dis donc.

Là, les Gaulois, des espèces de gauchos, des rebelles frénétiques. Ils s’autogèrent dans la bonne humeur, refusent toute ébauche de capitalisme : ils ne travaillent pas, ils bricolent vaguement, ils vivent de la chasse et de la cueillette, mais juste pour leurs petits besoins et leurs grands festins, pas plus. Ils ne battent pas monnaie et se fichent de la richesse comme de leur premier sesterce. Leur village ressemble à une espèce de communauté sympa et hyper cool où il fait bon vivre, où l’on partage tout et où la vie s’organise avec d’étonnants conseils improbables orchestrés par leur chef, Abraracourcix, et généralement conclus par un banquet maousse où Astérix et ses potes se gavent de sangliers rôtis. (Enfin presque, Obélix… — OUI, on sait !). Quoi d’autre ? Rien. Ah ! si, ils résistent, on l’a dit !

Nicolas Rouvière, le spécialiste d’Astérix, maître de conférences en littérature à l’université Grenoble-I et auteur d’Astérix ou les lumières de la civilisation (éd. PUF, 2006) et d’Astérix ou la parodie des identités (éd. Flammarion 2008), conceptualise le phénomène au poil : « La valeur principale qui domine [dans le village gaulois] demeure la lutte contre l’impérialisme et la défense des libertés individuelles et collectives face à toute logique d’oppression et d’uniformisation forcée. »

Pour preuve, ces Gaulois pourtant casaniers, Astérix et Obélix en tête, n’hésitent pas à quitter parfois leur village adoré pour aller sauver les uns ou les autres du tyran romain jusque dans des contrées lointains... Complètement Che, ces Gaulois ?

Why not ? Antoine Buéno nous a bien révélé, dans son Petit Livre bleu, que les belges Schtroumpfs étaient total fascistes, et leur village de champignons, perdu au coeur de la forêt noire, un archétype d’utopie totalitaire empreint de stalinisme et de nazisme…

Les Gaulois gauchos ? Okay, mais « chos » comme chauvins, voire carrément xénophobes. Il n’y a qu’à écouter l’ancien Agecanonix quand il dit : « Moi, les étrangers ne me dérangent pas tant qu’ils restent chez eux. » Michel Serres les a carrément taxés d’être « fascistes et semi-nazis » dans une chronique sur France Info (18 septembre 2011). Ce qui a d’ailleurs suscité une sacrée polémique, puis ses excuses auprès des auditeurs offusqués. (...)

Astérix et sa bande sont simplement à l’image des Français (ou le contraire au choix). Ni de gauche, ni de droite, mais à gauche et à droite… La seule fois où ils ont dû se départager entre deux chefs en lice pour le pouvoir (Le Grand Fossé, 1980), l’un, Tournedix, élu par le côté gauche du village, et l’autre, Ségrégationix, élu par le côté droit du même village, c’est l’amour qui a gagné. Le fils de l’un épousant la fille de l’autre, et raflant au passage le mandat suprême et le coeur de la belle Fanzine. L’engagement politique d’Astérix et des Gaulois ne va décidément pas très loin… Il semblerait d’ailleurs que Goscinny et Uderzo se soient toujours défendus d’exprimer une quelconque préférence politique dans leur oeuvre. « Nous sommes des comiques qui n’avons qu’un seul désir, une seule vocation : amuser les enfants et ceux qui le sont restés ! », aurait affirmé le sieur Uderzo.

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Extrait de Tintin est-il de gauche ? Astérix est-il de droite ? Editions de l'Opportun (2 février 2012)

 
Commentaires

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  • Par astringues - 06/02/2012 - 02:05 - Signaler un abus Pas de bol pour la conclusion...

    "Le grand fossé" est le premier des tomes publiés après la mort de Goscinny. Forcément, quand le scénariste n'est plus, là, la philosophie n'est plus la même... la qualité non plus, d'ailleurs :-(

  • Par Equilibre - 05/02/2012 - 18:39 - Signaler un abus Pour comprendre la finance,

    Il faut relire Obélix et compagnie. Dans le style, c'est l'un des meilleurs. Sinon UW1 est excellent dans la catégorie cataclysmique.
    Blague à part, laissons la politique de temps en temps ou elle est, c'est à dire pas bien haute en ce moment.

  • Par Ravidelacreche - 05/02/2012 - 15:33 - Signaler un abus Isabelle Fringuet-Paturle et Jérémy Patinier sont tous deux jour

    Comme toutes les paires il y en à une de gauche et un de droite ?

  • Par Carcajou - 05/02/2012 - 13:30 - Signaler un abus Révisons nos classiques...

    Quand des "érudits" écrivent un article, ils pourraient faire l'effort de s'assurer de leurs connaissances.
    Le "Grand Fossé" raconte une histoire extérieure au village des Irréductibles.
    Dans le village même, la lutte pour la place de chef s'exprime dans deux aventures: l'une, "le Combat des chefs" dans laquelle le prétendant qui s'oppose à Abraracourcix est un gaulois collabo; l'autre, "Le cadeau de César" dans laquelle ce sont les épouses qui poussent les deux candidats à l'antagonisme.
    Dans "Le cadeau de César", la politique est beaucoup plus présente puisque les 2 concurrents présentent un "programme" et organise un débat avec sablier pour respecter le temps de parole avec arbitre "impartial", en l’occurrence le barde supposé "apolitique".
    Mais, peut-être parce que j'ai gardé mon âme d'enfant, je considère que ces personnages ont pour vocation d'amuser et de détendre, sans message à faire passer. Ils y parviennent parfaitement et il faut être tordu pour chercher des explications là où il n'y a que légèreté et humour bon enfant.
    Mais bon, vaut mieux écrire n'importe quoi que 'être au bistro

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