Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 19 Octobre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Theresa May, la femme qui avait une botte secrète pour maximiser l'intérêt des Britanniques dans les négociations sur le Brexit

Passée par la banque d'Angleterre et l'Association for Payment Clearing Services, la nouvelle occupante du 10 Downing street est rodée aux enjeux financiers et à la négociation avec les acteurs et institutions européennes.

Casting chic

Publié le - Mis à jour le 15 Juillet 2016
Theresa May, la femme qui avait une botte secrète pour maximiser l'intérêt des Britanniques dans les négociations sur le Brexit

Theresa May Crédit Paul Hackett / Reuters

Atlantico : Trois semaines après le résultat du Brexit et à compter du mercredi 13 juillet, Theresa May devient la nouvelle locataire du 10 Downing street. En tête des priorités, elle devra déclencher le fameux article 50 pour enclencher la procédure de sortie de l'Union européenne. Une étape qui devrait donner lieu à une série de renégociation des traités qui lient le pays et l'UE. A quelles difficultés l'ancienne secrétaire d'Etat sera-t-elle confrontée ? Quelle est la réalité de ces renégociations à effectuer ?

Jean-Marc Siroen : Theresa May devra rendre possible ce qui apparaît aujourd’hui impossible. Le point de vue britannique est en effet de conserver les avantages du marché unique sans en supporter les devoirs, ce qui est inacceptable pour l’Union Européenne sauf à s’engager dans un processus de dissolution. Chronologiquement, il faudra d’abord que Mme May active l’article 50 du traité de Lisbonne qui permettra d’enclencher le processus de négociation. Elle ne souhaite manifestement pas précipiter cette démarche quitte à irriter l’Union européenne. En fait, ce n’est pas une, mais deux négociations qui devront être menées : les modalités du départ  et les futures relations avec l’Union européenne. Mme May souhaitera fusionner ces deux négociations alors que l’Union européenne voudrait les séparer : d’abord le Brexit et ensuite la négociation d’un nouveau traité. C’est évidemment ce dernier point qui sera le plus délicat.

La Grande-Bretagne voudra préserver son accès au marché unique mais sans la mobilité du travail ce qui n’est pas concevable. Le marché unique est fondé sur les « quatre libertés » (biens, services, capitaux, personnes)  dont une, au moins –les personnes- a été refusée via le vote sur le Brexit. Il implique aussi une contribution au budget européen alors même que la campagne des partisans du Brexit s’est fondée sur le refus d’une telle contribution. Enfin, le marché unique est fondé sur le respect de normes et de réglementations européennes. On imagine mal que le Royaume-Uni accepte aujourd’hui les contraintes qu’elle a refusées… En d’autres termes, on voit mal comment la solution norvégienne ou Suisse pourrait s’appliquer au Royaume-Uni qui devrait accepter ce que le vote a refusé tout enperdant la possibilité d’intervenir dans les choix européens ! Il ne faut pas oublier non l non plus que le Royaume-Uni ne devra pas négocier seulement avec l’Union Européenne. Elle devra aussi renégocier les traités européens contactés avec les pays tiers, notamment les traités de libre-échange : une quarantaine aujourd’hui sans compter la quinzaine en cours de ratification ou de négociations, dont le Japon, l’Inde, le Canada et les Etats-Unis…

Theresa May a travaillé pendant 6 ans à la Banque d'Angleterre, et 12 ans à la tête de l'Association for Payment Clearing Services. En quoi ces expériences pourront-elles lui être utiles pour mener à bien la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne ? Comment pourrait-elle les mettre à profit ?

Theresa May bénéficie en effet d’une expérience utile en matière financière et plus particulièrement, bancaire. C’est un avantage dans la mesure où une des priorités de  l’Angleterre sera de préserver l’accès de ses services financiers au marché européen. En tant que Ministre de l’intérieur, elle est également au fait d’un autre sujet hyper-sensible : l’immigration,.Cette expérience est néanmoins limitée. Elle ne couvre pas des questions plus techniques, mais aussi politiques, liées au commerce, à la concurrence aux différentes réglementations européennes. Toutefois, le rôle du Premier Ministre sera moins de participer directement aux négociations que d’assurer une supervision de nature plus politique et, finalement, d’arbitrer entre les différentes options. Il reviendra au négociateur désigné par elle, et qui aura sans doute rang de Ministre, lui-même accompagné d’une foule d’experts, d’arracher le maximum de concessions à une Union européenne aujourd’hui peu disposée à les accorder. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Babaswami - 13/07/2016 - 10:59 - Signaler un abus Fin de l'UE ?

    Il n'est pas impossible que dans le délai que prendront les négociations avec les Britanniques, intervienne entretemps un éclatement de l'euro et de la machinerie bruxelloise...

  • Par toupoilu - 14/07/2016 - 08:26 - Signaler un abus Il y a une contradiction chez les "europeens",

    Entre leur volonté permanente de faciliter le commerce, et une éventuelle ostracisation du royaume uni. Si l'ouverture commerciale est bonne entre les pays de l'union, est bonne entre ceux ci et les différents pays ou des négociations ou des accords existent, alors elle est bonne aussi avec les anglais, et donc par dessus les rodomontades françaises, ça se fera, la réaction d'Angela le montre clairement. La Grande Bretagne se sortira très bien du brexit. Question: et si cela démontrait que l’Europe politique n'est plus nécessaire ?

  • Par Deneziere - 14/07/2016 - 09:31 - Signaler un abus Réponse à toupoilu

    L'idée d'une union est d'être plus fort que si on est seul seul, et donc de faire bloc contre des autres blocs. L'union politique, n'est nécessaire que si elle participe à cet objectif.... Et un accord commercial avec l'Angleterre aussi, d'ailleurs. L'Europe est plus forte en pratiquant le libre échange commercial à l'intérieur de ses frontières, mais pas forcément en le pratiquant avec un pays tiers particulier.

  • Par langue de pivert - 14/07/2016 - 09:40 - Signaler un abus ♫♪ these boots (secrètes) are made for walking ♫♫ (N. Cinatra)

    Je ne pense pas que la GB puisse obtenir plus d'avantages et de privilèges en dehors de l'union que (à moitié) dedans. (Sauf si l'U.E. explose en vol bien sû :-) Reste à savoir si ses nouveaux traités au niveau mondial compenseront les pertes au niveau européen. ♫ Are you ready boots ? Start walking ! ♪

  • Par langue de pivert - 14/07/2016 - 09:45 - Signaler un abus oups !

    Sinatra ! désolé Nancy ! Sû(r) bien sûr !

  • Par Fran6 - 14/07/2016 - 10:01 - Signaler un abus tiens tiens

    on dirait quelle a emprunté le même chemin que Macron professionnellement,verrons nous un changement véritable d'aider le petit peuple anglais? ou verrons nous une action de nous enfilé comme le fait l'Europe avec la présence majoritaire de pontes financières à tout les étages des décisions majeures de nos états, je crains que c'est là le vrai soucis: Emprisonné les sans dents dans la volonté de plus voter, par dégoût, pour tenir les pays dans une poigne de fer financière, les vrais dirigeants, c'est eux! une preuve? aucun chef d'état Européenne n'a critiqué la trahison de Barroso, est ce des vendus?

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 14/07/2016 - 13:38 - Signaler un abus Paradis fiscal......et pourquoi pas !

    Les européens vont peut-être comprendre ....enfin ......que le libéralisme est la seule alternative au communisme sournois et à l'assistanat délirant, objectifs non affichés mais but ultime de. la communauté européenne. Et les Anglais ont compris les premiers que faute de Fédéralisme, l'Europe ne pouvait -être qu'un espace de libre échange.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€