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Théorie de la vitre brisée, le retour : des chercheurs en psychologie ont trouvé de nouveaux éléments qui la confortent

Très en vogue dans les Etats-Unis des années 1980-1990, la théorie de la "vitre brisée" sur la sociologie de la criminalité urbaine refait parler d'elle suite à une étude scientifique récemment parue et apportant des éléments qui la confortent.

En théorie

Publié le - Mis à jour le 16 Décembre 2016
Théorie de la vitre brisée, le retour : des chercheurs en psychologie ont trouvé de nouveaux éléments qui la confortent

Si la police lutte contre les incivilités, elle peut renforcer les valeurs partagées par les membres à l’intérieur de la collectivité, leur mobilisation et donc faire baisser le niveau de la délinquance.  Crédit Pixabay

Atlantico : Particulièrement en vue aux Etats-Unis depuis les années 1980 et 1990, la théorie de la "vitre brisée" (broken window) a pu expliquer en partie les comportements de criminalité et de délinquance dans certaines zones urbaines. En quoi consiste concrètement cette théorie ?

Sébastian Roché : Cette théorie place en son coeur la notion d’incivilité ou de désordres. Un mécanisme a été mis en avant par J. Q. Wilson et G. Kelling dans un article devenu célèbre, Broken Windows, publié en 1982 dans The Altlantic Monthly.

Quelle est leur thèse ? Leur article porte sur les limites et les dysfonctionnements de la réponse policière à la délinquance. Elle a eu un écho considérable du fait que James Q. Wilson jouissait d’une notoriété considérable en criminologie aux États-Unis. Il est catalogué comme criminologue (conservateur) confirmé. Kelling est à cette époque le junior de l’équipe (de sensibilité démocrate), il deviendra plus connu dans sa fonction de conseil à l’autorité de transport de la ville de New York qui veut lutter contre les désordres et la délinquance. Les auteurs soulignent, dans cette publication qui a forme d’essai plus que d’article scientifique, que le sentiment d’insécurité contribue à détruire les voisinages et ouvre ainsi la porte à la délinquance qui s’y engouffre. Or, les incivilités contribuent largement à ce processus, disent-ils. Ceci constitue un renversement de la lecture classique qui fait de la peur ("le sentiment d’insécurité") une simple conséquence de la délinquance : ici, on trouve la peur comme un "moteur" de développement de la délinquance, ou au moins comme constituant une boucle de rétroaction de la peur sur la cause (délinquance) à travers les incivilités. Si une vitre cassée dans un immeuble n’est pas réparée, expliquent les auteurs, le reste des vitres le sera rapidement car cela signale un espace sans règle, dans lequel la communauté ne se mobilise pas. Et, c’est pourquoi d’autres formes de délinquance vont venir se développer dans ce même espace. La vitre cassée est importante parce qu’elle montre que les liens sociaux sont cassés.

Ensuite, les auteurs s’intéressent au rôle de la police. Ils montrent que les policiers sont réticents à se mobiliser pour lutter contre les désordres, et à effectuer des patrouilles à pied qui permettent de bien connaître les lieux et les habitants : le travail est difficile, il faut rester dehors le soir, même quand il pleut, et cela diminue la chance de tomber sur une "bonne affaire", c’est-à-dire l’arrestation d’un "vrai" criminel. Ils rappellent que, dans certaines villes, mettre les agents dans la rue était une forme de sanction de leur hiérarchie. Surtout, les rondes des policiers en voiture ne leur permettent pas de nouer des liens avec la population. Or, dans ce cas, la police ne va pas se mobiliser sur les incivilités et désordres qui gênent la population et favorisent la délinquance. Au total, la théorie de la vitre brisée met donc l’accent sur l’importance des liens sociaux pour prévenir la délinquance. Elle confie à la police un rôle essentiel : renforcer les mécanismes informels de veille de la communauté sur elle-même, sachant que la police ne peut pas, sauf avec des ressources extraordinaires, assurer le remplacement de cette veille sociale des habitants sur leurs quartiers. Si la police lutte contre les incivilités, elle peut renforcer les valeurs partagées par les membres à l’intérieur de la collectivité, leur mobilisation et donc faire baisser le niveau de la délinquance. On est loin de la théorie voisine dite de la "tolérance zéro" qui part des mêmes prémisses (le désordre doit être l’objet de l’attention des pouvoirs publics), mais où il revient aux policiers et aux magistrats de réprimer toutes les infractions. Ici, il s’agit au contraire de mobiliser et renforcer la société civile par le mode opératoire de la police.

 
Commentaires

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  • Par tubixray - 12/12/2016 - 09:17 - Signaler un abus Version française

    ... nous avons l'ascenseur en panne dans les HLM ... Toutefois de braves jeunes gens apportent alors leur aide en surveillant le hall d'entrée, les rues voisines et particulièrement le palier ou d'autres gens plus âgés reçoivent de bons français bien blancs et bien sous tous rapports sauf un = ce sont des drogués.

  • Par zouk - 12/12/2016 - 10:31 - Signaler un abus La vitre brisée

    Nous refusons toujours, par idéologie de faiblesse, de sanctionner réellement toutes les petites délinquantes....elles conduisent inévitablement à pourrir la vie des autres.. Une bonne façon de sanctionner de tels faits serait sans doute de faire participer, personnellement, les auteurs de tels actes à leur réparation: tu as gravé tes initiales da

  • Par zouk - 12/12/2016 - 10:34 - Signaler un abus ...dans la peinture de la

    ...dans la peinture de la cabine d'ascenseur, tu la répares, m^me s'il faut un professionnel pour te montrer comment faire, son déplacement à tes frais bien sûr..

  • Par Eric ADAM CVD - 12/12/2016 - 11:40 - Signaler un abus Parler (et réfléchir!) pour ne rien dire!

    Comme le dit le vieil adage philosophique Français issus des étudiants de NAVAL ou des MINES ; >>> les chercheurs CHERCHENT, les Ingénieurs TROUVENT !

  • Par JLH - 12/12/2016 - 16:02 - Signaler un abus ah! on découvre le monde,

    si à 3 ans un enfant bouscule une dame, si ses parents ne lui apprennent pas immédiatement à demander qu'on l'excuse, à 15 ans il piquera le sac à ladite dame, sans se rendre compte que c'est mal. C'est vieux comme le monde, une petite claque à 10 ans est bien meilleur que de la tôle à 20. (citation du Père Guy Gilbert) Le même fait en sorte que celui qui casse une vitre dans la bergerie de Faucon la remplace lui-même. C'est une évidence oubliée. Enfin on revient dans le vrai.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 12/12/2016 - 18:22 - Signaler un abus Encore un article qui ne sert à rien.....au mieux,

    ....ou à dire une connerie.....au pire...!!! Quand on dit que la théorie de "la vitre brisée" est loin de la théorie de "la tolérance zéro" on répète une connerie car ces deux théories ne s'opposent pas mais se complètent, les deux actions devant-être conjointes.

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Sebastian Roché

Sebastian Roché est docteur des Universités en Science Politique. Il est directeur de recherche au CNRS (Pacte-Sciences Po Grenoble), enseigne à l'École Nationale Supérieure de la Police à Lyon, à l'université de Grenoble et de Genève. Ses travaux portent sur la sociologie du sentiment d’insécurité et des incivilités, l’analyse des politiques publiques de sécurité et la gouvernance de la police. Il a été chercheur invité à l’université d’Oxford (GB) et Princeton (NJ) et invité à donner des conférences aux USA, en Amérique Latine et en Asie.

Il est notamment l'auteur de La société incivile. Qu’est-ce que l’insécurité (Le Seuil) et de Police et démocratie (Grasset).

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