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"Textos, Wikipedia, blogs"... mais des difficultés à comprendre un véritable livre : l'inquiétante réalité de l'illettrisme en France

Nous croyons tous aujourd'hui à l'idée réconfortante selon laquelle l'histoire humaine se déroule comme un progrès continu. Chaque jour, la science nous épate de ses découvertes. Et pourtant, nous nous trouvons aujourd'hui face à un paradoxe gigantesque. Dans cette utopie hyperconnectée et hyperinformée, l'ignorance gagne chaque jour du terrain et les exemples se multiplient d'obscurantismes qui se renforcent autour de nous. Extrait de "La longue montée de l'ignorance" de Dimitri Casali aux Editions First (2/2).

Bonnes feuilles

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"Textos, Wikipedia, blogs"... mais des difficultés à comprendre un véritable livre : l'inquiétante réalité de l'illettrisme en France

C’est un fait : aujourd’hui nous lisons de moins en moins. Les indicateurs attestent deux phénomènes inquiétants : une persistance de l’illettrisme malgré les progrès de la scolarisation, et un vieillissement significatif du lectorat, dû au recul de la lecture chez les jeunes. Dans son livre Deux pouces et des neurones (La Documentation française, 2014), la chercheuse Sylvie Octobre souligne que la lecture n’est plus considérée comme une activité de loisir chez les jeunes. Paradoxalement, la lecture est partout : sur les réseaux sociaux, sur les affiches, les publicités, mais la lecture de livres est en net recul.

La chercheuse a ainsi établi que les 15-29 ans lisent surtout 'des textos, Wikipedia, des blogs'.

Or, ces deux types de lecture sont radicalement différents. La lecture sur Internet est additive, c'est-à-dire que les informations se superposent les unes aux autres. La lecture d’un livre demande de rentrer dans la pensée de quelqu’un d’autre, et oblige à structurer les informations. De fait, beaucoup de jeunes commencent un livre, et au bout d’une page ou deux ont l’impression de ne plus rien comprendre à ce qu’ils lisent et de tourner en rond. Logiquement, ils abandonnent. De plus, l'importance qu'a prise les réseaux sociaux dans la sociabilité des adolescents fait qu'il leur est de plus en plus difficile de se réserver des moments de solitude. Cette solitude est pourtant essentielle, en ce qu'elle nous construit en tant qu'être humain.

Comme le rappelle l'historienne Mona Ozouf dans La Cause des livres (Gallimard, 2011) : "A quoi sert d'être cultivé ? A habiter des époques révolues et des villes où l’on n’a jamais mis les pieds. A vivre les tragédies qui vous ont épargné, mais aussi les bonheurs auxquels vous n’avez pas eu droit. A parcourir tout le clavier des émotions humaines, à vous éprendre et vous déprendre. A vous procurer la baguette magique de l'ubiquité. Plus que tout, à vous consoler de n'avoir qu'une vie à vivre. Avec, peut-être, cette chance supplémentaire de devenir un peu moins bête, et en tout cas un peu moins sommaire".

De plus, les jeunes qui lisent désertent de plus en plus les classiques, associés a une contrainte, pour des best-sellers marquetés : Harry Potter ou Twilight. Cette littérature pour ≪ jeunes ≫ florissante contribue à creuser encore un peu plus le fossé générationnel. De fait, nous partageons de moins en moins de choses avec les générations qui nous suivent. Les référents culturels disparaissent comme éléments qui permettent de vivre ensemble en partageant des repères.

Ainsi l'apprentissage de la lecture à l'école est-il en majorité perçu comme la garantie d’un métier, d’un futur statut social, mais pas comme la porte d'entrée vers la lecture. La lecture des oeuvres ≪ imposées ≫ est vécue comme une exigence technique, et non comme la découverte des textes qui permettent de donner accès au monde, de mieux se comprendre et de comprendre les autres.

 
Commentaires

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  • Par A M A - 19/03/2017 - 19:23 - Signaler un abus Depuis des décennies, l

    Depuis des décennies, l'Education Nationale ne semble avoir pour politique que de fabriquer des illettrés largement politisés, laïcisés et dépossédés de toute fierté identitaire. Espérons que Boileau avait raison quand il disait: "chassez le naturel et il revient au galop". Mais à quel prix cette inéluctable reconquête de la fierté pourrait-elle se faire? Pou l'illettrisme, la perte de richesse de l'économie pendant des années est inguérissable. A moins d'admettre qu'une économie moderne n'est pas handicapée pour son efficacité par une majorité d'analphabètes.

  • Par ELIED - 20/03/2017 - 10:39 - Signaler un abus Depuis des décennies

    et plus particulièrement depuis un certain "mai 68", cette glorieuse époque où on a commencé à jeter les livres et cahiers par les fenêtres avec l'autorité des "maîtres d'école", les "instits", devenus à ce jour "professeurs des écoles". Ah! cet amour des titres à la Française pour cacher souvent beaucoup d'ignorance et d'inaptitude. Est-ce que les "professeurs des écoles" à Bac+5 sont plus efficaces que les "instits" qui sortaient de l'Ecole Normale (1 par département) avec un bac très complet et une formation sur le tas dans les Ecoles Annexes et les Ecoles de stage en campagne. Il y a sans doute encore des vocations et des envies de résultats, mais on leur a coupé les ailes depuis longtemps de toutes les manières possibles et au nom d'un pseudo progrès d'ouverture.

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Dimitri Casali

Dimitri Casali, historien, spécialiste de l'enseignement de l'Histoire, est l'auteur de Désintégration française (JC Lattès, 2016), du Nouveau manuel d'histoire (La Martinière, 2016), de L'Empire colonial français (Gründ, 2015), d'Ombres et Lumières de l'Histoire de France (Flammarion, 2014), du manuel Lavisse-Casali Histoire de France, de la Gaule à nos jours (Armand Colin, 2013), et de L'Histoire de France interdite. Pourquoi ne sommes-nous plus fiers de notre histoire (Lattès, 2012). Son dernier livre, La longue montée de l'ignorance, est paru aux éditions First (mars 2017). Il collabore régulièrement avec la presse écrite, la radio, la télévision. Pour plus d'informations, consultez le blog de Dimitri Casali : http://dimitricasali.fr/

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