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La tête de Salman Rushdie (re)mise à prix à Téhéran : mais à quoi joue l’Iran post accord nucléaire ?

Une agence de presse iranienne a publié la liste de 40 organes de presse iraniens ayant décidé d'ajouter 600 000 dollars à la récompense prévue pour celui qui exécutera la fatwa qui plane depuis 1989 sur Salman Rushdie, l’auteur des Versets sataniques.

Pas un hasard

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La tête de Salman Rushdie (re)mise à prix à Téhéran : mais à quoi joue l’Iran post accord nucléaire ?

Atlantico : Qui est à la manœuvre dans cette affaire ? Qui se cache derrière ces 40 organes de presse ?

Ardavan Amir-Aslani : L’ouverture de l’Iran sur le monde, engagée par le Président réformateur Rouhani n’a pas fait que des heureux. 37 ans d’ostracisme et d’exclusion de l‘Iran du concert des nations n’ont pas manqué de créer des châtellenies qui ont su profiter et profitent encore de la mise à l’écart du pays. Ces milieux, souvent détenteurs d’actifs conséquents craignent que l’ouverture de l’Iran, conséquence de la fin des sanctions frappant le secteur nucléaire, mettent un terme à leurs monopoles économiques. Rappelons que 80% de l’économie iranienne est contrôlée directement ou indirectement par l’Etat ou des entités paraétatiques.

Cet état de fait ne saurait durer face à la concurrence et la présence des entreprises étrangères. Ainsi, ce n’est un secret pour personne que ceux qui sont derrière cette initiative sont ceux-là même qui critiquent l’accord nucléaire du 14 juillet dernier et qui ont écarté l’immense majorité des candidats réformateurs des élections parlementaire du 26 février prochain. En somme, il s’agit des milieux économico-politiques conservateurs.

Plus de 25 ans après la fatwa contre Salman Rushdie, pourquoi remettre de l’huile sur le feu maintenant ?

Ces mêmes milieux ultra-conservateurs saisissent chaque opportunité pour mettre le gouvernement dans l’embarras. Ainsi, le lendemain de l’implémentation de l’accord nucléaire, ils ont arrêté des marins américains dans les eaux iraniennes dans le golfe persique. Le jour de l’arrivée du ministre iranien des Affaires étrangères il y a dix jours à Londres, ils ont procédé à l’arrestation d’un ancien journaliste de la BBC qu’ils ont relâché une semaine plus tard. Ainsi, on constate, que ce type d’initiative n’est pas une nouveauté. Il n’y a pas de coïncidence non plus dans le timing. Une telle annonce réveillant un démon d’il y a trente ans vise à mettre le gouvernement en difficulté à un moment où les yeux de la planète sont fixés sur les élections parlementaires iraniennes.

Quel impact ce coup médiatique peut-il avoir sur la progressive normalisation des relations de l’Iran avec le monde observée depuis quelques temps ? Et quel est son impact sur l’opinion public iranien ?

Aussi bien les interlocuteurs internationaux de l’Iran que l’opinion domestique sont habitués à ces agissements théâtraux. Personne n’est dupe. Les partenaires internationaux de l’Iran savent qu’il y a une lutte pour le pouvoir en Iran et que les conservateurs feront tout pour faire dérailler l’intégration de l’Iran dans la communauté internationale.

Comment les éléments plus modérés de la société iranienne peuvent-ils s’extraire de ce piège que leur tendent les radicaux ? 

Aussi bien le gouvernement réformateur que l’opinion publique ont tendance à passer l’affaire sous silence et s’abstenir de mettre de l’huile sur le feu. Ils savent que lancer une contre-offensive médiatique ne fera qu’aggraver la situation et maintiendra l’affaire à la une des journaux internationaux pendant de longues semaines encore. Face à la polémique, ils opposent donc le silence. L’affaire mourra de sa belle mort après les élections. 

 
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Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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