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Terrorisme international : comment l'Afghanistan est devenue la terre natale du djihad

Figure emblématique de la lutte contre le terrorisme, Jean-Louis Bruguière a vu défiler dans son bureau les principaux terroristes des trois dernières décennies. Il a été le premier observateur de l’évolution radicale du danger, du passage d’un terrorisme révolutionnaire européen à un terrorisme islamiste mondialisé, qui a conduit aux attentats du 11 septembre 2001 à New York, de 2004 et 2005 à Madrid et Londres, de 2015 à Paris et de 2016 à Bruxelles. Au travers de récits, d’expériences professionnelles et d’analyses, il explique pourquoi, contrairement aux idées reçues, Daech s’inscrit dans un continuum idéologique, sans rupture stratégique.

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Terrorisme international : comment l'Afghanistan est devenue la terre natale du djihad

Dans ce conflit afghan qui vit l’émergence de l’islamisme radical, deux hommes ont joué, chacun de leur côté, un rôle clé. En Afghanistan, Gulbuddin Hekmatyar, le chef du Hezb-i Islami Afghanistan (HIA) ; de l’autre côté de la frontière, à Peshawar au Pakistan, le cheikh Abdullah Azzam. Le premier fut un chef militaire et, dans le contexte de la guerre entre les Soviétiques et les moudjahidin afghans, il fédéra des tribus souvent antagoniques, renforcées par le flux des moudjahidin venus de l’extérieur, principalement du Moyen-orient, mais également du Maghreb.

Aux dires des services de renseignement occidentaux, durant cette décennie et plus encore au cours des années 1985‑1989, plus de 20 000 moudjahidin auraient afflué en Afghanistan. Il n’est pas inutile de comparer ce chiffre à l’afflux actuel de candidats au djihad, venus eux aussi par dizaines de milliers d’Europe et du Maghreb pour combattre dans la zone syro-irakienne. Bien que les choses ne soient pas tout à fait comparables, mettre en regard ces deux mouvements de combattants permet de démontrer une fois de plus l’extraordinaire continuité entre les événements de la fin de cette décennie 1980, au moment des derniers soubresauts de la guerre froide, et ceux d’aujourd’hui en Syrie et en Irak, largement dominés par Daech.

La puissance d’attraction de l’Afghanistan pour les djihadistes du monde entier fut considérable. Gulbuddin Hekmatyar n’est pas un théoricien, mais un chef de guerre. Né en 1947 à Kunduz, à l’extrême nord du pays, c’est un Pachtoun de la tribu des Ghilzai. Il manifeste très tôt son engagement islamiste et, après avoir fréquenté brièvement l’université de Kaboul et avoir été par la suite emprisonné par le régime communiste en place, il s’enfuit au Pakistan en 1975, où il entre en contact avec l’Inter-Services Intelligence (ISI), les services secrets pakistanais. Il crée le Hezb-i Islami, puis entre rapidement en conflit avec d’autres tribus afghanes islamistes, mais moins radicales, comme les Tadjiks du commandant Massoud et la branche estudiantine du Jamiat-e Islami, parti politique islamiste pakistanais fondé à Lahore. Toutefois, l’ensemble des tribus s’unissent dans leur combat contre l’ennemi commun : l’URSS. Hekmatyar, grâce à ses contacts privilégiés avec le Pakistan, dus à son appartenance à l’ethnie pachtoune, sert d’intermédiaire avec les États-U nis. Ces derniers fournissent de l’armement sophistiqué au Pakistan, notamment des missiles Stringer de dernière génération. L’unité des tribus, assurée un moment par Hekmatyar, explose après le retrait des troupes soviétiques. Et, dès 1986, sa position extrêmement radicale et antioccidentale, qui rejoint les positions d’Abdullah Azzam, va conduire les pays occidentaux à prendre du recul à l’égard de ce personnage devenu dangereux. Cela ne l’empêche pas d’implanter des succursales à l’étranger qui ne seront pas interdites, y compris en France.

 
Commentaires

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  • Par cloette - 28/12/2016 - 11:43 - Signaler un abus Très bien expliqué.

    Avec le recul on comprend mieux . Et l'Iran et sa révolution (à la même époque ) dans tout cela ? Apparemment , pas de rôle .

  • Par gerint - 28/12/2016 - 16:40 - Signaler un abus Depuis le djihadistes a changé

    après le manifeste d'Abou Moussad Al-Suri de fin 2004 appelant à des actions d'indépendants radicalisés par Internet et choisissant leurs cibles seuls avec les moyens du bord (comme les camions), il devient difficile de faire du dépistage

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Jean-Louis Bruguière

Jean-Louis Bruguière est un ancien juge spécialisé dans la lutte anti-terrorisme.

Il a instruit de nombreuses affaires, notamment celles de Lockerbie en 1988 et du DC10 d'UTA en 1989, deux attentats imputés à Kadhafi.

Il est le co-auteur avec Jean-Marie Pontault du livre Ce que je n'ai pas pu dire : 30 ans de lutte contre le terrorisme (Robert Laffont, 2009). En 2016, il publie Les voies de la terreur (Fayard).

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