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Tentative de rattrapage du fiasco El Khomri : les liaisons dangereuses entre François Hollande et les syndicats

Parmi les opposants au projet de loi El Khomri, figurent en première ligne les syndicats. Afin de calmer leur mécontentement et d'éviter une trop forte mobilisation lors de la journée de grève prévue le 9 mars, François Hollande souhaite s'orienter vers le dialogue, sans pour autant remettre en cause le projet. Un moyen de signifier le contrôle qu'il exerce encore sur les partenaires sociaux.

Collusions toxiques

Publié le - Mis à jour le 3 Mars 2016
Tentative de rattrapage du fiasco El Khomri : les liaisons dangereuses entre François Hollande et les syndicats

Dans l'accélération du temps politique produite par la loi El-Khomri, une énigme suscitera à l'avenir de longs commentaires: par quelle bizarrerie de comportement un texte aussi explosif a-t-il pu être préparé sans concertation avec les organisations syndicales ? Compte tenu des ambitions du texte, l'idée que le Conseil des ministres ait pu être saisi du texte sans une consultation formelle et organisée des syndicats laisse perplexe sur la prise de responsabilité au sein de l'exécutif.

Cette perplexité est d'autant plus forte que la remise du rapport Badinter avait donné lieu à une communication rassurante sur le fait que la loi ne changerait pas le droit existant.

La loi El-Khomri et un Président coupé des réalités

Dès son arrivée à l'Elysée, François Hollande a donné à ses soutiens historiques le sentiment de vouloir se protéger de la réalité en constituant une équipe de "technos", et notamment d'énarques, assez peu expérimentés mais sûrs d'eux-mêmes et dominateurs. C'est une tare du pouvoir en France, et singulièrement des gouvernements socialistes, de procéder ainsi, par la constitution d'une cour aristocratique qui se glisse entre le souverain et son bon peuple.

Avant Hollande, Jospin était tombé pour la même raison, en obéissant au même vice : ne plus voir la réalité qu'à travers le prisme d'une noblesse de robe peu au fait de la réalité. Ce vice semble pourrir Hollande par la racine : en dehors des dîners improvisés chez des journalistes subventionnés, le président est coupé de son peuple et ne connaît plus grand chose de la vraie vie des Français.

L'apparente légèreté avec laquelle l'exercice El-Khomri a été abordé en constitue la conséquence vraisemblable.

La loi El-Khomri et un Premier ministre autoritaire

La faute de François Hollande a probablement consisté à déléguer à outrance la préparation et le pilotage de ce texte à Matignon. Manuel Valls a-t-il transformé Myriam El-Khomri en simple télégraphiste ? La ministre a-t-elle été dépouillée de toute marge de manoeuvre dans la conduite d'une opération qui se transforme pour elle en chemin de croix politique ? Son conseiller politique démissionnaire sur ce dossier le soutient. La réalité est probablement plus nuancée, et une grande partie du texte semble avoir aussi été rédigée par la délégation générale à l'emploi et à la formation professionnelle.

Une chose est sûre malgré tout : Manuel Valls n'est pas un familier des questions sociales. Son style bonapartiste, ses idées très jacobines-libérales, ne cadrent pas spontanément (c'est le moins qu'on puisse dire), avec les habitudes du paritarisme. En l'espèce, l'idée d'appliquer la loi Larcher, c'est-à-dire de demander aux partenaires sociaux une "délibération sociale" sur ce projet de loi, ne paraît pas l'avoir effleuré.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 02/03/2016 - 10:38 - Signaler un abus "La loi ne changera pas le droit existant!"...

    Cette déclaration de Badinter, vieille baderne faisandée qui confond humanisme et immobilisme, était le premier clou du cercueil de cette loi! La gauche savait parfaitement, qu'en consultant ses soutiens syndicaux, elle obtiendrait une loi régressive, augmentant les privilèges de la caste la plus syndicalisée, et diminuant ceux des sans-dents...voila pourquoi elle a fait appel à Badinter, voix de la "sagesse" gauchiste, censé incarner celle de tous les syndicalistes...eh ben non! Ça ne passe pas! Comme ne passera pas la déchéance de nationalité, loi cache-mesure du laxisme judiciaire gauchiste. Les Francais ne sont plus dupes de ces manipulations de pervers politiques. Le pouvoir gauchiste, totalement désorienté, s'achemine vers une dissolution de l'AN, qui amènera la modernité et la réactivité des patriotes dans cette assemblée de radoteurs...une première chance pour une France débarrassée de ses dogmes UMPS passéistes?

  • Par Ganesha - 02/03/2016 - 13:46 - Signaler un abus Calculs machiavéliques, Espoir

    Ce qui manque à cette analyse, c'est d'essayer de comprendre quelles sont les motivations de François Hollande pour présenter une loi aussi ''extravagante'' en fin de mandat. Simple niaiserie ou calculs machiavéliques ? Au début, en tout cas, tout dépendra de l'efficacité des syndicats, pour au moins, mettre la machine en route. Deux scénarios : peu de manifestants dans la rue, des grèves peu suivies : la loi passe ! Hollande sera-t-il réélu ? Ou bien laissera-t-il ce cadeau à Sarko, comme Schröder à Merkel ? La France fera alors une expérience de cinq ans de libéralisme sauvage… Ou bien, la ''mayonnaise'' prend, manifestations de masse. Hollande dissout (enfin) l'Assemblée Nationale, mais après avoir offert au peuple français une bonne ''séance d'échauffement'' ? Marine premier ministre, qui entreprend enfin la ''Lutte contre la Finance'' ? Marine qui va poser des ultimatums sur la politique agricole commune à Bruxelles ? Podemos qui prend le pouvoir en Espagne ? Le referendum anglais... Une Europe qui sort de l'ornière des crises ? Le rêve....Début de réponse dans une semaine !

  • Par Arbannais - 02/03/2016 - 15:48 - Signaler un abus Et pourtant... !

    Et pourtant, elle est bonne, cette loi "El Khomri", même si elle ne va pas assez loin !

  • Par zouk - 03/03/2016 - 09:42 - Signaler un abus Toujours le "bon à rien"

    Sinon à quelques manoeuvres bizarres vouées à l'échec: publier un projet de loi parfaitement bienvenu mais tout aussi parfaitement choquant pour les syndicats sans leur en parler est l'assurance de l'enterrement de telles idées et pour longtemps. Pagaille, gâchis, destruction... c'est généralement le résultat des actions d'un bon à rien. Le qualificatif lui restera longtemps.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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