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Telegram en plein bras de fer avec le Kremlin : ce qu’il faut savoir si vous tenez à la (vraie) confidentialité de vos échanges cryptés

Le 13 avril, la justice russe a ordonné le blocage de l'application de messagerie "Telegram" sur son territoire. Et ceci, en vertu d’une loi antiterroriste votée en 2016 par les autorités du pays.

Digital Fortress

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Telegram en plein bras de fer avec le Kremlin : ce qu’il faut savoir si vous tenez à la (vraie) confidentialité de vos échanges cryptés

 Crédit ALEXANDER NEMENOV / AFP

Atlantico : Après que deux activistes russes ont affirmé en mai 2016 que leurs comptes Telegram avaient été hackés, l'entreprise avait suspecté le Kremlin d’en être à l’origine. ​Comment interpréter une telle information ? Faut-il y voir un "coup de com"​ de la part de Télégram, pour assurer ses utilisateurs de son indépendance ? Ou s’agit-il au contraire d'une décision réellement courageuse ?

Franck DeCloquement : Avant d’envisager une forme de réponse, revenons avant toute chose sur les faits. Vendredi dernier, le 13 avril, la justice Russe a en effet ordonné le blocage de l'application de messagerie bien connue « Telegram » sur son territoire. Et ceci, en vertu d’une loi antiterroriste votée en 2016 par les autorités du pays, qui obligent les entreprises présentes à stocker toutes les données des utilisateurs russes sur le territoire national. Permettant ainsi au Kremlin d'y avoir accès librement, selon ses besoins du moment.

Ce blocage aux accents régaliens durera tant que la société ne livrera pas au FSB (les services secrets du Kremlin), le moyen d'avoir accès aux messages chiffrés que s’envoient les utilisateurs entre eux, grâce à l’application. Cette demande concerne prioritairement les messages envoyés depuis la Russie, et notoirement ceux des dissidents. Ce système de messagerie chiffré qui est jugé plutôt « sécurisé » par les spécialistes, a été inventé par deux Russes eux-même dissidents : Nikolaï et Pavel Dourov. Deux frères bien connus des amateurs de technologies innovantes pour avoir également créé « VKontakte », le site de réseautage social russe le plus utilisé, très similaire à l’emblématique Facebook. En 2014, Pavel Dourov est évincé. En cause selon lui, son refus de coopérer avec le FSB. « VKontakte » passe alors sous le contrôle d'hommes jugés proches de Vladimir Poutine Poutine : Alicher Ousmanov  et Igor Setchine. C’est à la suite de cette prise de contrôle brutale de leur création que Nikolai Dourov a créé le protocole de communication qui a servi de fondement à Telegram, alors qu’en parallèle son frère lui a apporté son soutien financier à travers son fonds d’investissement : « Digital Fortress ». Les frères Dourov ont d’ailleurs quitté la Russie peu après avoir lancé leur application phare. Telegram a essentiellement fait parler d’elle auprès du grand public, en raison de l’usage intensif qu’en ont fait les groupes djihadistes pour communiquer entre eux en toute discrétion.

Il semble bien que le bras de fer qui s’engage aujourd’hui n’ait pas à proprement parler un « coup de com », eu égard pour les griefs très sévères que nourrissent réellement les frères Dourov contre les maitres du Kremlin depuis 2017. Et cela même si ce dernier épisode dans le bras de fer que se livrent toutes les parties prenantes, à de fortes chances de promouvoir – a contrario – dans l’esprit du grand public – et auprès des 200 millions de personnes à travers le monde qui utilisent à ce jour l’application – l’action « déterminée » et « courageuse » des fondateurs de la messagerie cryptée face aux manœuvres intrusives du Kremlin. Un joli storytelling en somme. A ce titre, et suite à l'annonce faite d'un possible blocage par les autorités russes, Pavel Dourov avait très tôt indiqué sur son compte Twitter que les menaces de blocage autoritaire n’auraient pas de prise, et que son entreprise s’engageait tout entière à défendre la liberté et la confidentialité des données des utilisateurs de son application. Telegram fait désormais partie des réseaux interdits et inscrits sur une « blacklist » en Russie, à l’image de Dailymotion ou de LinkedIn. Toutefois, les codirigeants de Telegram ont ajouté dans leur dispositif de messagerie, la possibilité pour leurs utilisateurs de contourner le blocus des autorités grâce à l’usage de serveurs « relais ». Et à cette heure, l’Internet russe regorge déjà de conseils en tous genres pour briser l’embargo et ainsi contourner le blocus des autorités.

 
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  • Par Beredan - 17/04/2018 - 20:39 - Signaler un abus En clair

    La prochaine messagerie gouvernementale sera plus sécurisée ... Mais sous surveillance permanente des contenus , ce qui conduira naturellement les titulaires à privilégier une seconde application pour leurs échanges confidentiels et privés .

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Franck DeCloquement

Franck DeCloquement est praticien et expert en intelligence économique et stratégique (IES). Membre fondateur du Cercle K2 et ancien de l’Ecole de Guerre Economique de Paris (EGE), il est en outre professeur à l'IRIS (Institut de Relations internationales et stratégiques) en "Géo-économie et intelligence stratégique". Il enseigne également la "Géopolitique des médias" en Master 2 recherche "Médias et Mondialisation", à l'IFP (Institut français de presse) de l'université de Paris II Panthéon-Assas. 

Franck DeCloquement est aussi spécialiste sur les menaces Cyber-émergentes liées aux actions d'espionnage économique et les déstabilisations de nature informationnelle et humaine. Il est en outre intervenu pour la SCIA (Swiss Competitive Intelligence Association) à Genève, aux assises de la FNCDS (Fédération Nationale des Cadres Dirigeants et Supérieurs), à la FER (Fédération des Entreprises Romandes à Genève) à l’occasion de débats organisés par le CLUSIS - l'association d’experts helvétiques dédiée à la sécurité de l'information - autour des réalités des actions de contre-ingérence économique et des menaces dans la sphère digitale. 

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