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Technocrates et techniciens : l’essentiel apprentissage du terrain

Les transformations nécessaires du pays butent désormais sur des réalités que l’on décrit abusivement par un réflexe conservateur des français : une inaptitude à accepter les réformes !

Réformes

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Technocrates et techniciens : l’essentiel apprentissage du terrain

Je ne partage pas cette opinion caricaturale qui conduit soit à l’inaction soit au passage en force de mesures conduisant dans tous les cas à une perte de compétitivité de notre pays. Les langages sont différents selon les régions, les métiers, les habitudes, mais tous disent la même chose, ici on montre du doigt les "énarques", là ce sont les "ingénieurs des mines", ailleurs les "managers" et plus généralement les "technocrates". Je vais rester sur ce dernier mot en lui opposant celui plus apte à être accepté de "technicien".

Je ne sous-estime pas, loin de là, les ravages de l’idéologie sur les politiques suivies depuis des dizaines d’années, mais je vais supposer que les décisions sont prises dans un souci d’efficacité, ce qui est loin de la réalité, mais permet une meilleure analyse du sujet à mon sens prioritaire dans l’esprit des français : "on ne fait pas attention à nous". 

Que ce soit au niveau de l’Etat, d’une région, d’une ville ou d’une entreprise, la transformation ne peut réussir que si le diagnostic est partagé par le plus grand nombre des intéressés. Le "ça ne marche pas" ne suffit pas, il faut expliquer pourquoi puis faire converger vers quelques points essentiels et non un catalogue. J’emploie volontairement un terme médical "diagnostic" car il est impératif d’aller jusqu’aux acteurs et de ne pas se contenter des superstructures. Les agrégats présentés par les experts, les chiffres constatant des dysfonctionnements, les statistiques prévenantes sont des indicateurs précieux mais insuffisants, ils ne reflètent pas la réalité d’un pays, pas plus que d’une entreprise, seul le terrain permet de comprendre. Vouloir faire l’économie de ce travail en profondeur conduit à un échec inévitable, celui du technocrate, certes sans affect, mais surtout sans réelle connaissance. Ainsi assène-t-on des vérités sur la situation à régler sans avoir réalisé les constats préalables nécessaires. L’actualité me conduit aux exemples, le 80 km/h, la réforme de la SNCF, l’apprentissage, la retenue à la source… les réticences portent sur les mesures, mais où est le diagnostic partagé ? 

Peut-on convaincre les automobilistes que la priorité pour réduire le nombre de morts sur les routes est d’abaisser la vitesse de 90 km/h à 80 km/h ? Peut-être, mais cela n’a pas réussi. Le processus choisi a été "technocratique", des rapports d’experts suivis d’une décision régalienne. Pour la quasi-intégralité des conducteurs le mal vient des incivilités à la conduite. Cette mesure peut montrer de l’efficacité, elle est vécue comme une coercition, une atteinte aux libertés. Le recours non aux "technocrates", mais aux "techniciens "connaissant la réalité de la mobilité rurale aurait été utile pour transformer une mesure "subie" en engagement citoyen. Des exemples vécus, locaux ou régionaux auraient réussi sans doute à faire disparaitre ce sentiment d’une décision parisienne incompétente et éloignée des préoccupations quotidiennes de ceux qui se sentent rançonnés par les radars. 

 
Commentaires

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  • Par 2bout - 11/07/2018 - 11:10 - Signaler un abus Concernant l'impôt sur le revenu, ne vous trompez pas.

    Quelques cas particuliers posent problèmes mais en réalité la plupart des PME et TPE délèguent depuis longtemps déjà tout ce qui est du domaine de la gestion des paies à des comptables à qui il sera aisé, moyennant des frais plus élevés facturés toujours aux mêmes, de rajouter quelques lignes supplémentaires de complexification. Ce qui pose problème, ce n'est pas le mode de prélèvement de l'impôt, c'est la limitation du prélèvement de cet impôt à quelques uns (45% environ) et l'usage qui en est fait, et voilà que dans ce cas, la responsabilité de technocrate est dépassée par celle du politique, sauf si bien évidemment le technocrate ne conseille pas le politique.

  • Par Podoclaste - 11/07/2018 - 13:30 - Signaler un abus Conseil avisé ?

    Qu'arrive-t-il à Atlantico ? Demander à un escroc récidiviste de rédiger un papier sur la franchise due par le pouvoir qui réforme aux "petits acteurs de l'économie" (ceux qui gagnent leurs sous, quoi), de qui se moque-t-on ? Et qu'il ne réponde pas "vous m'emmerdez" ou quelque chose du genre. Il n'a pas une peine à finir de purger au Togo ? Du balai !

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Loïk Le Floch-Prigent

Loïk Le Floch-Prigent est ancien dirigeant de Elf Aquitaine et Gaz de France, et spécialiste des questions d'énergie.

Ingénieur à l'Institut polytechnique de Grenoble, puis directeur de cabinet du ministre de l'Industrie Pierre Dreyfus (1981-1982), il devient successivement PDG de Rhône-Poulenc (1982-1986), de Elf Aquitaine (1989-1993), de Gaz de France (1993-1996), puis de la SNCF avant de se reconvertir en consultant international spécialisé dans les questions d'énergie (1997-2003).

Dernière publication : Il ne faut pas se tromper, aux Editions Elytel.

Son nom est apparu dans l'affaire Elf en 2003. Il est l'auteur de La bataille de l'industrie aux éditions Jacques-Marie Laffont.

En 2017, il a publié Carnets de route d'un africain.

 

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