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"Taxe Tobin" : quand la morale
se heurte à la réalité du marché

Nicolas Sarkozy s'est dit favorable à l'instauration d'une taxation sur les transactions financières... avec ou sans l'accord de ses partenaires européens. Ce lundi, la "taxe Tobin" devrait donc être l'un des thèmes majeurs de la rencontre entre le Président français et la chancelière allemande Angela Merkel.

Tobin or not Tobin ?

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L’année 2012 commence comme avait fini 2011 : dans un nouveau bras de fer entre la France et l’Allemagne. Sujet de ce nouveau différend : la taxe sur les transactions financières, dernier avatar en date de la taxe Tobin. La référence au grand économiste américain a été abandonnée depuis qu’en 2001, indigné par ce qu’on lui faisait dire, il avait demandé que l’on cesse d’utiliser son nom. Pour justifier cette demande, il avait déclaré : « Je suis économiste et comme la plupart des économistes, je suis favorable au libre-échange.

» C’était en 2001 et depuis les tentations protectionnistes ne cessent de ressurgir.

Et de fait, la taxe envisagée par la France est par essence protectionniste puisqu’il s’agit de limiter, comme toujours dans le protectionnisme, une capacité de déplacement. Ici, il s’agit de limiter celle des capitaux financiers. Historiquement, les économistes ont commencé à s’affirmer au XVIIIe siècle en clamant que le premier principe à respecter est « laissez faire, laissez passer ». Et pourtant, le mot d’ordre actuel en finance serait d’aller à rebours en affirmant la nécessité de réguler de plus en plus -ne pas laisser faire- et de punir le déplacement -ne plus laisser passer.

Il est dès lors facile à ceux qui critiquent cette taxe de souligner que son résultat le plus normal sera celui de toute mesure protectionniste, c'est-à-dire de susciter chez ceux que l’on contraint la volonté de retrouver leur liberté. En pratique, les banques et les assurances iraient s’installer dans des pays qui n’appliqueraient pas la taxe. Et c’est ainsi qu’investis dans une lutte tous azimuts contre les délocalisations, nos dirigeants rêvent d’un impôt garantissant la délocalisation bancaire et les suppressions d’emplois afférentes… !

Certes pour éviter cet inconvénient, il y a une solution : faire en sorte qu’il n’y ait pas de lieu où l’on puisse échapper à la taxe. D’ailleurs les opposants se montrent en général ouverts à cette idée confirmant que ce serait parfait si on l’appliquait au niveau mondial. Mais comme la Chine, les États-Unis et le Royaume-Uni sont contre, ce genre de position n’a guère de sens. Supposons néanmoins que cela soit possible.

Cela serait bien la première fois que le pouvoir fiscal serait mondialisé, les fiscalités actuelles, même quand elles portent clairement atteinte à la compétitivité d’une activé économique donnée, sont en effet déterminées pour l’essentiel au niveau national. Mais le fait de percevoir cette taxe sur tous les territoires de la planète n’en changerait pas la réalité qui, comme toutes les taxes sur une activité productive, en accroîtrait les coûts.

Dans la version envisagée par la Commission de Bruxelles -une taxe de 0,1% sur les mouvements d’actions et d’obligations et de 0,01% sur les mouvements de court terme- la taxe rapporterait 55 milliards d'euros, somme que les banques refactureraient à leurs clients. A l’heure où l’on clame que les dits clients subissent un terrible credit-crunch qui pénalise la croissance, faut-il en rajouter ?

A Berlin comme à Rome, on a conscience de cela et on en appelle à la prudence et à la responsabilité. A Paris aussi, on sait qu’il serait dangereux de confondre vitesse et précipitation sur une affaire aussi fragile. Mais Henri Guaino, le conseiller de Nicolas Sarkozy, a eu un argument n’appelant pas de réplique : c’est une affaire de morale … !

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Commentaires

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  • Par letroll - 09/01/2012 - 10:42 - Signaler un abus délocalisation ? mais des dettes !!

    si on regarde la situation actuelle ( hors théorie ), on peut considérer que les banques délocaliseront leurs activités sur les marchés, celles-là même qu'elles sont en train de diminuer pour cause de pertes et de créances pourries, celles-là même qui devront certainement être renflouées par le pays qui les accueillera. Donc, le jour où nous ferons défaut sur ces dettes-là, ce sera tout bénéfice

  • Par Pierre Ygrie - 09/01/2012 - 12:06 - Signaler un abus Qui se souvient de

    Qui se souvient de l'éditorial d'Ignacio Ramonet de déc 1997 ? http://www.monde-diplomatique.fr/1997/12/RAMONET/9665 Et à quoi servira cette taxe ? Pourqoui pas à établir une EQUITE NUMERIQUE ?. http://websdugevaudan.wordpress.com/ Bonne année à tous les visiteurs de ce blog .;-) http://www.youtube.com/watch?v=c56Z3bdJYkM

  • Par sheldon - 09/01/2012 - 13:04 - Signaler un abus Mémoire courte : la taxe carbone !!!

    Forceps et précipitation, ça ne marche pas. Comme je l'indiquais sur un autre fil, Sarkozy s'étant fait reprocher de suivre A. Merkel, sa roue de secours comme certains disent, il va tout faire pour jouer au petit "coq gaulois", vis à vis de l'Allemagne et de la bureaucratie de Bruxelles. Quant à ses collègues européens, ils vont courber le dos et attendre dans 100 jours !

  • Par Occam - 09/01/2012 - 13:59 - Signaler un abus Taxe à rentabilité nulle ?

    "la taxe rapporterait 55 milliards d'euros". Il n'est même pas sûr que cette taxe rapporte quoi que ce soit : http://www.forbes.com/sites/timworstall/2011/11/03/bill-gates-doesnt-understand-the-robin-hood-tax-there-is-no-new-revenue/

  • Par oblomov - 09/01/2012 - 18:22 - Signaler un abus Droit de timbre

    De 1897 à 2008 la France avait déjà une taxe sur les transactions en bourse ! (une des premières actions de M. Sarkozy était de la supprimer.) Il ne s'agit que d'une volte-face de plus ! Qu'on ne dise pas que le Stock Exchange de Londres fasse concurrence déloyale, ils ont toujours le "stamp duty" qui ne les empêche pas de traiter un volume de transactions supérieur à la Bourse de Paris !

  • Par JP34 - 09/01/2012 - 19:18 - Signaler un abus VITESSE ET PRECIPITATION

    On a comme une vague impression que depuis quelques jours ces annonces multiples sur la taxe TOBIN et la TVA sociale qui sont deux réformes aux conséquences extrêmement importantes pour le futur de la FRANCE, sont annoncées avec une précipitation qui montre à quel point le gouvernement a perdu la maîtrise de la situation.

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Jean-Marc Daniel

Jean-Marc Daniel est professeur à ESCP-Europe, et responsable de l’enseignement de l'économie aux élèves – ingénieurs du Corps des mines. Il est également directeur de la revue Sociétal, la revue de l’Institut de l’entreprise, et auteur de plusieurs ouvrages sur l'économie, en particulier américaine.

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