Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 26 Septembre 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Y a-t-il un pilote dans l’avion de la politique fiscale Macronienne ?

La politique budgétaire du gouvernement a été beaucoup critiquée en cette rentrée, notamment suite aux annonces d'Edouard Philippe sur les orientations pour l'année 2019.

Confusion

Publié le
Y a-t-il un pilote dans l’avion de la politique fiscale Macronienne ?

 Crédit PHILIPPE WOJAZER / AFP / POOL

Atlantico : Les orientations budgétaires 2019, dévoilées par Edouard Philippe dans les colonnes du JDD le 26 août ont été la cible de nombreuses critiques, visant notamment à le rapprocher aux exercices de François Hollande. Comment qualifier ce budget et quelle en est la réelle cohérence ?

 
Philippe Crevel : Depuis son élection, le Président de la République avait fait preuve de beaucoup d’habileté dans sa communication. Il nous avait habitué à communiquer rapidement et sur plusieurs fronts pour désarçonner ses opposants. Pour les premières annonces du budget 2019, il a laissé son Premier Ministre aller au charbon. La distillation de mesures peu populaires dans un quotidien du dimanche, à la fin du mois d’août, manquait de souffle et attirait l’attention de toutes les oppositions déjà revigorées par l’affaire Benalla.
Le projet de loi de finances constitue normalement un rendez-vous clef de la rentrée. C’est le projet de loi cadre de l’action de l’Etat. Or, en recourant à une communication en creux, en mettant en avant des mesures de redressement de compte, le Gouvernement semblait vouloir masquer non seulement la dérive des comptes mais aussi l’absence de stratégie budgétaire. Emmanuel Macron misait, comme dans le passé, François Hollande, sur le retour de la croissance pour résoudre les problèmes budgétaires. Si durant la première année, le Président dictait aux faits son rythme, depuis quelques semaines, c’est l’inverse. La réalité s’impose avec son lot d’écueils. Depuis plus d’un an, la restructuration de la sphère publique et la réduction des effectifs sont reportés. De ce fait, il n’est pas étonnant qu’avec le ralentissement de la croissance, la vague des dépenses publiques grossisse. Les solutions proposées par le Premier Ministre appartiennent bien à celles de l’ancien monde, désindexation de certaines prestations sociales, diminution homéopathique des effectifs de la fonction publique, report d’une mesure d’exonération des charges sociales, etc. Le Gouvernement pratique le jeu de bonneteau budgétaire à défaut de réformer. En cela, la continuité est de mise.
 

Dès lors, comment comprendre les arbitrages réalisés ? Quelles ont été les forces, la méthode, qui ont pu pousser le gouvernement à élaborer de telles orientations ? Faut-il y voir un symptôme d'un gouvernement pris de court par les événements, aussi bien politiques qu'économiques ?

Le ralentissement économique prive l’Etat de quelques milliards d’euros de recettes et augmente naturellement les dépenses. L’exercice budgétaire 2019 s’en trouve ainsi compliqué. En outre, du fait de la réintégration du CICE dans le barème des cotisations sociales, cet exercice était par nature complexe. En effet, l’Etat devra compenser les exonérations de charges sociales tout en versant le CICE des années antérieures. Après la bonne surprise du déficit de 2017 qui s’est élevé à 2,6 % du PIB, le Gouvernement savait avant même l’effritement de la croissance que le processus de retour à l’équilibre risquait d’être interrompu dès 2019 d’autant plus qu’il faut financer la suppression progressive de la taxe d’habitation. Le gouvernement donne l’impression de bégayer dans la mise en place des réformes. Après la victoire avec les ordonnances Travail et le demi-succès avec la SNCF, les autres réformes peinent à prendre forme concrètement. La révision constitutionnelle qui aurait dû être validée dans les premières semaines du quinquennat, n’a toujours pas franchi le cap de l’Assemblée nationale, la réforme de la formation professionnelle bute sur l’hostilité des régions, celle de l’assurance chômage cherche sa voie. L’étirement de l’élaboration de la réforme des retraites pourrait aboutir à son enlisement.
 
Le Président face à la montée des incertitudes économiques, montée du protectionnisme, Brexit, augmentation du prix du pétrole, aurait du prendre la parole pour fixer un cadre, une stratégie. Les Français supportent de moins en moins les petites mesures d’ajustement qui s’ajoutent les unes aux autres et qui n’aboutissent pas à rééquilibrer les comptes. Ils considèrent que la répartition des efforts est déséquilibrée. Les retraités, tant sous François Hollande que sous Emmanuel Macron, sont mis à contribution. Les classes moyennes peuvent également se sentir lésés en voyant leurs impôts augmentés. Les plus modestes considèrent que les pouvoirs publics gèlent leurs prestations tout en allégeant l’ISF des plus riches. Cette mauvaise impression mine la popularité de l’exécutif et peut l’empêcher de mener à bien sa politique de revalorisation du travail. Le Gouvernement pêche par l’insuffisance de pédagogie. Le recours à une politique économique impressionniste empêche les citoyens de s’y retrouver.
 
 
 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par J'accuse - 03/09/2018 - 09:20 - Signaler un abus L'impasse macronienne

    Une majorité de Français sont pour le prélèvement à la source parce qu'ils croient que ça va simplifier les choses: c'est ce qu'on leur a vendu pour compenser l'absence globale de baisse d'impôts. S'il est mis en œuvre, ils verront qu'en réalité tout est plus compliqué; s'il est annulé, ils comprendront que Macron est un faux-cul. Dans les deux cas, il aura perdu sa crédibilité, et plus rien ne sera possible.

  • Par Bobby Watson - 03/09/2018 - 10:15 - Signaler un abus Conditionnel

    Un article au conditionnel (" Macron devrait...") qui révèle bien la gêne de tous ces commentateurs obligés d'avouer contre leur gré qu'ils ont encouragé l'imposture Macron. Il est évident que Macron et sa clique poursuivront leur politique à la petite semaine, dans le droit fil de Hollande.

  • Par adroitetoutemaintenant - 03/09/2018 - 11:19 - Signaler un abus De quoi vous plaignez vous ?

    En votant pour LSREM vous avez voté pour des joueurs sans consistance dirigés par un chef d'orchestre dont la seule expérience était non pas d'avoir couché avec sa prof mais de l'avoir épousée. La seule partition qu'ils connaissent est celle des casseroles!

  • Par Citoyen-libre - 03/09/2018 - 11:39 - Signaler un abus C'est ça le plus inquietant

    Il apparaît de plus en plus que Macron a perdu de sa crédibilité. Comme sous Hollande, on va avoir un pays quelque peu à la dérive, et peu respecté à l'étranger. Pas très bon pour les affaires, tout çà !

  • Par lasenorita - 03/09/2018 - 11:51 - Signaler un abus Macron est une girouette..

    Macron ne sait que critiquer le peuple français quant il est à l'étranger..il n'a pas encore réalisé qu'il est ''le président'' de ces ''Gaulois réfractaires''..et que nous sommes ''réfractaires''à ses propositions parce qu'elles ne nous conviennent pas!..Je ne serai pas ''réfractaire'' s'il décidait d'interrompre l'immigration musulmane,s'il s'occupait de ces ''Gaulois'' dont il est le ''président'' au lieu de donner nos sous aux dictateurs musulmans qui s'achètent des propriétés,en France,avec notre argent,au lieu d'en faire profiter leur peuple qui meurt de faim et se sauve chez les mécréants..ces musulmans qui ont ''nationalisé'' les biens des non-musulmans ''nés en Algérie'',et qui viennent,maintenant,se faire soigner ''gratuitement'' chez nous,etc..etc...

  • Par cloette - 03/09/2018 - 15:36 - Signaler un abus le nouveau monde

    est en vue mais les pilotes chargés d'y conduire savent seulement faire de la politique et non manipuler l'engin, ils tapotent les boutons au petit bonheur la chance, l'atterrissage risque d'être hasardeux .

  • Par DANIEL74000 - 03/09/2018 - 16:17 - Signaler un abus PILOTE ?

    Comment notre Président et son gouvernement peuvent-ils piloter alors qu'ils sont otages des hauts fonctionnaires ? Oligarchie non élu mais qui a tout pouvoir tant sur l'exécutif que le législatif. Démocratie dites-vous ! Quelle démocratie ?

  • Par Loupdessteppes - 03/09/2018 - 17:18 - Signaler un abus Il n'y pas de pilote mais il y a un lobby : le fonctionnaire

    Le but étant de pomper tout ce qui passe devant leurs yeux de vautours et de faire de la France le pays le plus taxé du monde pour tuer à la source (sic) toute créativité malvenue. Sans oublier d'appauvrir les retraités de manière à améliorer la consommation dans les LIDL... Un épicier poujadiste ferait mieux qu'eux aux commandes !

  • Par vangog - 03/09/2018 - 23:38 - Signaler un abus La fiscalité, ça demande des compétences!

    Avoir été ministre du budget...ou, à minima,inspecteur des finances...ils n’ont pas ça en stock, les macronistes!

  • Par lili57 - 04/09/2018 - 10:23 - Signaler un abus Vous (les macronistes) l'avez voulu !!!!!!

    et bien, vous l'avez eu. Et maintenant nous subissons et payons le choix des veaux (eh oui)

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€