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Y a-t-il des cancers contre lesquels il est inutile de s'acharner ?

Selon l'enquête Ipsos Healthcare effectuée en décembre dernier à la demande de la Fondation ARC pour la recherche sur le cancer, sept Français sur dix n'ont jamais mis en place d'actions spécifiques pour réduire leur risque de cancer. Par ailleurs, l'enquête révèle qu'environ 84 500 hommes et 63 000 femmes meurent chaque année du cancer.

Un mal pour un bien ?

Publié le - Mis à jour le 2 Février 2013
Y a-t-il des cancers contre lesquels il est inutile de s'acharner ?

Pour le bien moral du patient et de sa famille, ne faudrait-il pas mieux dans certains cas stopper tous les traitements ? Crédit Reuters

Tout le monde réagit différemment à l'annonce de maladies graves comme les cancers. Quand certains se battent dans l'espoir de gagner quelques années supplémentaires, voire de guérir, d'autres préfèrent éviter les longues et douloureuses séances de chimiothérapie et tenter de continuer à vivre leur vie comme ils l'ont toujours vécue, sans rien changer. Mais que font ces derniers lorsqu'un traitement, par ailleurs très difficile à supporter, est présenté par plusieurs médecins comme la meilleure chance de survie ?

Faut-il vraiment se battre ?

Dans l'article When fighting cancer isn't worth it ("Quand combattre un cancer n'en vaut pas la peine"), Mary F. Mulcahy, chercheuse au département d'oncologie de l'université américaine de Northwestern, revient pour le site Internet The Atlantic sur une procédure que beaucoup considèrent comme incroyable – notamment l'Institut français de cancérologie Gustave Roussy qui la qualifie de "technique innovante qui sauve des vies" – , certains toxiques, tandis que d'autres encore s'interrogent. Cette opération, la chimiothérapie hyperthermique intra-péritonéale (CHIP), combine en fait chimiothérapie et chirurgie.

Dans un article du Washington Post, le journaliste Del Quentin Wilber décrit longuement l'opération réalisée par le célèbre chirurgien Paul Sugarbaker. Après avoir enlevé tous les nodules cancéreux visibles à l'œil nu – ce qui peut durer jusqu'à douze heures –, le chirurgien dilue et chauffe à 42°C pendant une heure les médicaments de chimiothérapie avant de les introduire et de les laisser circuler pendant près d'une heure dans une partie de l'abdomen (la cavité péritonéale). L'objectif étant d'éliminer les nodules cancéreux non visibles.

Le chirurgien aspire alors le liquide avec une pompe et referme enfin l'abdomen. Comme Mary F. Mulcahy l'explique, ce traitement est particulièrement lourd et s'il sauve en effet des vies, il est encore récent et toujours en cours d'évaluation. Des études montrent néanmoins que le traitement par CHIP "permet d'obtenir jusqu'à 48% de survie globale et 22% de survie sans récidive à 5 ans chez des patients traités pour des métastases au niveau du péritoine alors que la survie globale à 5 ans est quasi nulle chez des patients traités classiquement par chimiothérapie intraveineuse".

Le risque de guérir n'est donc pas assuré à 100%. Or, pour un traitement aussi lourd pour lequel 1%  des patients meurent pendant ou très peu de temps après l'opération, et près de 12% ont de graves problèmes postopératoires, il est important de se demander si cela vaut vraiment le coup. C'est d'ailleurs ce que font beaucoup de médecins qui s'interrogent sur l'utilité réelle de ce traitement. Bien sûr, tout dépend des cancers qu'il s'agit de soigner. Toujours est-il qu'une telle opération fait avancer le débat : faut-il toujours soigner tous les cancers, ou est-ce parfois inutile ?

Atlantico a demandé son avis à Nicole Delépine, responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches.

Atlantico : Faut-il toujours traiter tous les cancers ? Tous les moyens sont-ils bons ?

Nicole Delépine : Oui, il faut traiter tous les cancers, ou plutôt tous les patients atteints de cancer et en tous cas proposer une perspective thérapeutique au sujet atteint, qu’elle soit agressive ou non, à visée curatrice ou palliative.

Evidemment on ne peut pas répondre que tous les moyens sont bons. Il faudra au contraire les trier au milieu des nombreuses possibilités en fonction de la maladie précise du patient, de l’extension du cancer, de son âge et son état général et physiologique (comment marche son rein, son foie, son cœur etc. Que pourront tolérer ses organes ?).

Il faudra choisir avec le patient en fonction de son choix personnel. Mais dès cette étape, on entre dans l’hypocrisie majeure liée au consentement dit "éclairé". Il est évident que dans la pratique courante l’avis du malade est le plus souvent biaisé, influencé, manipulé par le désir du professionnel. Selon la formulation, les explications des options thérapeutiques et de leurs conséquences potentielles, le choix du patient sera orienté vers celui du médecin. La notion de consentement éclairé est souvent un rideau de fumée qui protège le médecin des conséquences médicolégales potentielles de ses décisions. Dix ans après la loi Kouchner des droits du malade de 2002 qui a introduit l’injonction d’informer le malade très largement, nous en voyons maintenant les effets pervers lorsqu’elle est appliquée sans "tact et mesure" dans l’objectif essentiel de se couvrir. Si la plupart d’entre nous, médecins, y étions très favorables tant l’opacité régnant dans certaines consultations nous interpellait, nous sommes aujourd’hui très souvent consternés par le ravage de cette obsession de "l’information" à tout prix, tout le temps, par tous pour jouer à Dieu ou à la voyante, ou /et pour se protéger le plus souvent.

 
Commentaires

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  • Par Allaïc - 01/02/2013 - 13:19 - Signaler un abus Remède

    Remède de grand-mère : le citron et le poireau ! Très efficace en préventif et curatif !

  • Par bacal - 01/02/2013 - 13:54 - Signaler un abus sic

    "Le risque de guérir... il est important de se demander si cela vaut vraiment le coup On voit bien que le petit rédacteur n'a jamais eu à connaitre "le crabe": je lui souhaite de ne jamais le croiser !

  • Par bacal - 01/02/2013 - 14:12 - Signaler un abus On peu s'en sortir

    Je dis bravo et merci à Mme Nicole Delépine pour l'humanisme dont elle fait preuve dans ses propos. Pour avoir été touché de près par cette maladie et avoir côtoyé tous les médecins et soignants impliqués dans le parcours thérapeutique que cela implique (oncologue, chirurgien, radiologues, anesthésistes, généraliste, infirmières et aides soignants...), je peux affirmer que le corps médical a fait preuve d'une implication et d'une attention remarquable. Merci à vous qui ne vous reconnaitrez pas !

  • Par Elise sans tabou - 01/02/2013 - 14:34 - Signaler un abus Cancers et si c'était une histoire de fric

    Il faut aussi dire que cette horrible maladie rapporte beaucoup de fric aux labos qui commercialisent les chimio (4 à 5 mille euros) le traitement sans compter, les scans, irm, prises de sang et j'en passe. Travaillant dans le domaine médical je viens à me poser la question horrible à qui profite le crime ? Bien souvent les gens meurt à cause des traitements plus que de la maladie, pour beaucoup elles ne détruisent pas que le crabe et souvent pas le crabe. Elles affaiblissent le malade, mais comme on leur dit que c'est la seule chance c'est humain d'y croire. Quand l’oncologue est bon le traitement sera bien adapté et les chances réelles, mais voilà il faut tomber sur le bon et sur le bon protocole et c’est pas gagné d’avance. Cette horrible maladie est une invention du diable, que les industriels font perdurer en nous empoissonnant avec les salopris qu’ils nous mettent dans la bouffe et qu’on l’on respire sans parler des ondes et du reste. Le crabe à de beaux jours devant lui. Je pense que l'on pourrait guérir plus de cancers mais voilà beaucoup d’intérêts financiers entourent cette maladie c'est horrible ce que j'écris mais pourtant c'est vrai.

  • Par Elise sans tabou - 01/02/2013 - 14:37 - Signaler un abus cancers et si c'était une histoire de fric (suite)

    . En attendant mes pensées vont vers ceux qui en souffrent, ceux qui ont perdu des leurs et peut être à ceux qui auront à en souffrir, en espérant que l’humain reprendra le dessus et que le fric passera après. "Qui ne progresse pas chaque jour, recule chaque jour." Citation de Confucius

  • Par Valentin Fiumefreddo - 01/02/2013 - 23:40 - Signaler un abus L'euthanasie est un risque et

    L'euthanasie est un risque et une tentation terrifiants pour nos sociétés. Il faut s'y opposer avec la dernière énergie. Ce médecin fait honneur à sa profession. Le professeur Israël le disait : c'est une demande de bien portants. "Partir dans la dignité", bien sûr. Et surtout ne pas trop encombrer la famille et la société, voilà la tendance qui nous menace tous quand nous serons vieux. Qui peut croire qu'on ne mettra pas la pression sur les malades ou les vieillards ? Comme dans "Soleil Vert", ou E. G Robinson se rend lui même dans un centre ou on l'euthanasie (pour le transformer en biscuits, horrible métaphore de l'utilitarisme athée...)

  • Par Cap2006 - 02/02/2013 - 08:26 - Signaler un abus Tout le monde sait aujourd'hui la voracité ....

    ... du monde de la santé.... heureusement sauvé par le dévouement des individus... de la plupart d'entre eux. --> on dépiste à tour de bras... --> on enlève des trucs.... et on dit que l'on a évité un cancer.... --> occasionnellement ce truc aurait pu éventuellement peut être devenir un vrai cancer, dans 50 ans... super on améliore les stats de guerison miracle... --> on meurt toujours autant des maladies nosocomiales dans ces foutus hopitaux. LE sondage est cruel pour une médecine qui s'est éloignée de la société à coup de mensonges, de conflits d'interêts, de corporatisme obsurde, jusqu'à protéger les plus cyniques d'entre eux, et bruler au buché les voix différentes ...... Même les racketteurs de l'émotion comme l'ARC cumule les gabegies et les abus de bien sociaux...

  • Par jlbaty - 02/02/2013 - 14:49 - Signaler un abus oui il est inutile se s' acharner contre les politiques

    Ils nous boufferons jusqu' a la moeille

  • Par Satan - 02/02/2013 - 19:40 - Signaler un abus Le pire des cancers à un nom:

    le monothéisme! Mais attention sujet tabou!

  • Par Joseph - 03/02/2013 - 23:43 - Signaler un abus Intox ?

    Qu'est-ce que cet article ? Encore une volonté de culpabiliser les gens pour justifier des remboursements moindres ou des abandons de soins comme dans certains pays. Selon que vous serez...

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Nicole Delépine

Nicole Delépine est responsable de l'unité d'oncologie pédiatrique de l'hôpital universitaire Raymond Poincaré à Garches. Fille de l'un des fondateurs de la Sécurité Sociale et thérapeute engagée, elle a récemment publié La face cachée des médicaments et Le cancer, un fléau qui rapporte.

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