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Syrie, Tarnac, Tapie... ou le théâtre de ces « preuves » qu’on nous assène pour réussir à gouverner

Les frappes américano-anglo-françaises en Syrie bouclent une semaine où la question de la preuve en démocratie s’est à nouveau trouvée au centre du débat public. Désormais, pour agir contre ses ennemis, le pouvoir ne s’embarrasse plus des aveux des accusés. Il veut juste des preuves. Quitte à ne pas les montrer, ou à les fabriquer pour faire correspondre la réalité avec ses désirs… et pouvoir les diffuser à grands renforts de spectacle virtuel.

Jusqu'à preuve du contraire

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Syrie, Tarnac, Tapie... ou le théâtre de ces « preuves » qu’on nous assène pour réussir à gouverner

C’était encore une semaine ironique pour les grands principes de la démocratie libérale. L’actualité a rapproché de façon mordante deux affaires de forgerie judiciaire qui ont permis de faire correspondre des « preuves » avec les désirs du pouvoir en place. Malgré ces superbes leçons anatomiques sur la façon dont la police est capable d’inventer des coupables pour complaire au gouvernement, Emmanuel Macron a refait le coup des « preuves » pour justifier une action militaire en Syrie, annoncée à grands coups de messages sur les réseaux sociaux.

Plus que jamais, la politique est devenue affaire de postures spectaculaires, très éloignées de la sagesse qu’on attendrait des démocraties.

L’affaire de Tarnac, ou l’anatomie des forgeries policières

J’ai eu l’occasion de dire le peu de sympathie que m’inspirait le combat de Julien Coupat et de ses associés. Il n’en reste pas moins que la détention provisoire qu’il a subie il y a dix ans au nom des certitudes intimes que le pouvoir en place avait à propos de ses activités est un scandale absolu, et une illustration symbolique de l’arbitraire auquel mènent les lois anti-terroristes. 

À l’époque, la ministre Alliot-Marie avait expliqué que Coupat était l’un parmi d’autres dans un nouveau terrorisme d’extrême-gauche. On connaît bien cette manie du pouvoir exécutif, en France, de se substituer à la justice en expliquant par avance qui est coupable et qui ne l’est pas. 

Dans le cas de Tarnac, les preuves ont manqué. Alors, pour aller plus vite, les policiers chargés de l’enquête ont pris quelques libertés avec la réalité pour la faire correspondre avec les désirs de la ministre ou de ses affidés. Un témoin-clé a livré des témoignages contradictoires, l’un sous son nom, l’autre de façon anonyme. Des policiers ont rempli les vides qui manquaient dans une filature par des assertions qui ont fini par lasser la justice. Le Parquet a finalement reconnu avoir forgé cette affaire et les accusés sont relaxés.

L’affaire mérite d’être longuement soupesée. Nous aimons nous rassurer en nous répétant que nous avons atteint le stade ultime de la démocratie et que, chez nous, on est libre. C’est vrai pour la grande majorité des Français, c’est-à-dire pour tous ceux qui acceptent sans broncher le consensus collectif qui s’est mis en place sur tout un tas de sujets, ou qui l’acceptent avec des critiques qui ne remettent pas en cause les grands fondamentaux du régime. 

Pour tous ceux, en revanche, dont la critique est systémique et incontrôlable, le traitement est différent. L’affaire Coupat le montre. Soupçonné d’animer le « Comité des Invisibles » et d’avoir notamment rédigé « L’insurrection qui vient« , la police l’a mis hors d’état de nuire pendant dix ans par des méthodes qui sont un affront à la démocratie. Manifestement, la reconnaissance de la forgerie par la justice n’a pas ému le pouvoir en place. 

 
Commentaires

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  • Par Anouman - 15/04/2018 - 13:04 - Signaler un abus Preuves

    Cet article est réconfortant dans la mesure où on se demande parfois si ne pas prendre pour argent comptant toutes les affirmations de "preuves" jamais montrées, ou jamais probantes, ne serait pas le symptôme d'un problème mental. Ce qui est plus gênant c'est que tous les médias et les spécialistes autorisés reprennent ces affirmations sans se poser de questions et qu'il y a quand même pas mal de gens pour les croire.

  • Par vangog - 15/04/2018 - 14:35 - Signaler un abus Excellent et mesuré article de Verhaegue, encore une fois!

    Mais je me pose une question...Le MIT a prouvé que les frappes chimiques de février 2014 émanaient de groupes jihadistes tirant sur des civils pour apitoyer les bobos occidentaux, via les ONGauchistes complices. Et si, comme pour ces accusations « sous faux-drapeaux », on s’apercevait, plus tard et après une vraie enquête non manipulée par les ONG, ni par l’ONU sous influence marxiste, que c’est non pas Assad, mais Jayz-al-islam qui a gazé ces 80 civils? Vous imaginez le (nouveau) malaise?...

  • Par adroitetoutemaintenant - 15/04/2018 - 19:54 - Signaler un abus Aux Etats Unis il a 4 groupes de menteurs professionels

    Les médias de gauche, le milieu académique et enseignant, l'industrie du spectacle et l'état profond des fonctionnaires corrompus. Sans parler des Mark Zuckerberg et autres GAFA. Ça ressemble terriblement à la France!

  • Par zen-gzr-28 - 16/04/2018 - 08:50 - Signaler un abus Merci Mr VERHAEGHE

    De conforter les lecteurs du doute de la légitimité et de l'utilité de l'intervention syrienne Jupiter prend ses rêves pour des réalités. Il y a vraiment de quoi s'inquiéter des chefs d' état qui interviennent sur des suspicions fortes, voir des mensonges...!

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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