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Syrie : ce redoutable désordre géopolitique mondial qui émerge sur les ruines encore fumantes de l’État islamique

Après sept ans de guerre, la Syrie s’apprête à vivre encore des heures bien sombres. De récents événements ont démontré que le conflit dans ce pays tournait de plus en plus à l'affrontement entre plusieurs grandes puissances. Et la population civile syrienne en est la première victime...

De Charybde en Sylla

Publié le

En quoi la nature actuelle du conflit en terme de rapport de forces entre les pays impliqués révèle-t-elle le nouvel ordre mondial actuel, se distinguant de l'ordre post 45, notamment fait de l'émergence de puissance régionales ?

Il est certain qu’un nouvel "ordre mondial" est en train de se mettre en place très progressivement mais je ne parlerai pas de "post-45", le changement majeur ayant eu lieu après l’effondrement de l’URSS et du Pacte de Varsovie "post-90». C’est le monde unipolaire gagné par les États-Unis à l’époque, qui est aujourd’hui remis en question. Washington a conscience que sa suprématie est contestée. En conséquence, Washington augmente considérablement son budget de la défense au moins pour ces deux prochaines années.

Il semble que les États-Unis sont en train de relancer ce qui avait provoqué la course aux armements qui avait conduit à l’effondrement de l’économie russe dans les années 1980 : la « guerre des étoiles » menée par le président Ronald Reagan. Mais les choses semblent différentes aujourd’hui car aux "pays non alignés" dont l’influence était extrêmement faible à l’époque, semblent succéder les "BRICS" (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) qui tentent de s’opposer à l’hégémonie imposée par Washington.

Pour revenir à la Syrie, la Chine et le Brésil sont en train de se positionner en tant que candidats à la reconstruction du pays. Ils profitent de trois facteurs importants : ils n’ont jamais été engagés politiquement dans la guerre civile menée depuis 2011 en Syrie et cette "neutralité" est appréciée à Damas ; ils ont une économie assez puissante qui les rend compétitifs et crédibles ; les Occidentaux refuserons de participer à la reconstruction tant que Bachar al-Assad n’aura pas quitté le pouvoir ce qui tue dans l’œuf toute concurrence !

Quant à l’Europe et les pays arabo-musulmans, ils ne savent trop où se situer dans cette guerre d’influences. C’est encore assez simple quand il s’agit de contrer la politique étrangère menée par Téhéran, mais cela devient plus complexe avec les divisions internes au monde sunnite qui amènent l’Arabie Saoudite (en pleine révolution de palais) à s’opposer au Qatar et à la Turquie, deux pays soutenus par les Frère musulmans que les Occidentaux continuent à considérer comme des "islamistes fréquentables." Mais certains responsables commencent à avoir quelques doutes...

Quels sont les risques pour que la situation se détériore encore plus au regard des récents événements ? A quel point le conflit syrien est-il en train de redessiner les rapports de forces régionaux mais aussi mondiaux ?

Les étincelles sont actuellement nombreuses mais il semble que les différents dirigeants politiques des pays majeurs parviennent encore à garder un certain calme malgré tous les groupes de pressions qui sont juste derrière eux : pour les uns, ce sont les néoconservateurs soutenus par les lobbies militaro-industriels, pour les autres les religieux rigoristes (qu’ils soient chiites, sunnites - mais pour ces derniers, il faut distinguer les wahhabites, les salafistes-djihadistes, les Frères musulmans, etc.-). Mais il suffit de pas grand-chose pour que l’un d’entre eux perde son contrôle et le feu aux poudres pourrait alors être allumé sans que personne ne puisse prédire jusqu’où cela pourrait aller.

 
Commentaires

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  • Par Le gorille - 13/02/2018 - 20:04 - Signaler un abus Même décomposé en éléments simples...

    ...ce problème garde toute son apparence d'eau de boudin. Mais merci pour l'effort ! Au passage... si les médias (les autres bien sûr !) étaient un peu plus précis ou, mieux, plus circonspects dans leurs analyses, voire, mais faut pas rêver, idéologiquement neutres, peut-être le soufflé retomberait-il ? Hum ! Le mot n'est peut-être pas approprié non plus... Bref on marche allègrement dans ce qui porte bonheur...

  • Par philippe de commynes - 14/02/2018 - 11:38 - Signaler un abus Et dire

    qu'il y a 7 ans il était hors de question de négocier avec assad (ce qui aurait évité toute cette boucherie) puisque de toutes façons son régime était supposé être au bord de l'effondrement ...

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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