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Syrie : ce redoutable désordre géopolitique mondial qui émerge sur les ruines encore fumantes de l’État islamique

Après sept ans de guerre, la Syrie s’apprête à vivre encore des heures bien sombres. De récents événements ont démontré que le conflit dans ce pays tournait de plus en plus à l'affrontement entre plusieurs grandes puissances. Et la population civile syrienne en est la première victime...

De Charybde en Sylla

Publié le
Syrie : ce redoutable désordre géopolitique mondial qui émerge sur les ruines encore fumantes de l’État islamique

 Crédit GEORGE OURFALIAN / AFP

Atlantico : Les autorités israéliennes ont abattu ce week-end un drone iranien qui était entré dans l'espace aérien israélien. Dans la foulée, un F-16 israélien a été abattu par le régime syrien. Après presque sept années de conflit, ces récents événements ont démontré que le conflit en Syrie, longtemps résumé à la simple lutte contre l'Etat islamique, s'est révélé être un conflit dans lequel les rapports de forces régionaux avaient une place prépondérante avec de nombreux acteurs extérieurs. Est-ce que la défaite militaire de l'Etat islamique a eu pour effet de complexifier la situation sur place entre les différents acteurs ?

Alain Rodier : Vous avez parfaitement raison. La défaite de Daech sur le terrain "conventionnel" (bien que l’organisation existe toujours avec un pouvoir de réaction pouvant être important) fait que les différents protagonistes se retrouvant sans « ennemi désigné » à combattre remettent le couvert car leurs intérêts sur zone sont différents. Une seule chose est certaine : ce n’est pas la Syrie et ses malheureuses populations qui sont l’enjeu des puissances présentes sur place.

- Les Russes sont là pour rester car ce pays représente pour Moscou la tête de pont indispensable en Méditerranée orientale. : le vieux rêve tsariste puis de l’URSS d’ "accès au mers chaudes" qui se réalise enfin !

- Les Américains qui songeaient à se désengager après la chute de Raqqa, la "capitale" du proto-Etat Islamique, ont décidé de rester afin de contrer Moscou et surtout l’Iran et la volonté d’influence de ces deux pays aujourd’hui considérés comme "ennemis" par Washington.

- Téhéran maintient son ambition de monter un corridor d’accès à la Méditerranée, ce qu’Israël refuse catégoriquement.

- Pour les Israéliens, les mollahs au pouvoir à Téhéran constituent la menace principale pour l’existence même de l’Etat hébreu : Il est vrai que ces derniers n’ont jamais cessé d’appeler à la disparition de l’"Etat sioniste" comme ils le nomment, et de faire peser une pression constante sur ce dernier en se servant de tiers (Hezbollah libanais, Hamas, Jihad Islamique Palestinien, etc.). La menace militaire est surtout constituée par l’arsenal balistique que Téhéran continue à développer - sans parler des doutes quant à sa volonté de se doter de l’arme nucléaire -. L’installation en Syrie de bases iraniennes permanentes qui "rapproche physiquement la menace" est estimée comme intolérable.

- La Turquie n’a qu’un seul souci : les Kurdes et la hantise de la création d’une sorte d’"entité" à sa frontière Sud. Cela explique les opérations militaires successives ("Bouclier de l’Euphrate" en 2016 pour s’emparer de la frontière entre l’Euphrate à l’est et le corridor d’Azaz à l’ouest, puis "Rameau d’olivier" début 2018 pour conquérir le canton d’Afrin). Les mouvements rebelles qui participent à ces opérations et qui sont entraînés par Ankara, ne servent que de "prétexte" à la Turquie pour conduire ses offensives en territoire étranger au mépris des règles internationales. Mais il faut reconnaître que la Turquie n’est pas la seule à procéder de la sorte puisque, si l’on s’en tient strictement aux textes (et même si on peut le regretter,) les Occidentaux n’ont aucune légitimité pour intervenir dans un pays dont de gouvernement est encore reconnu officiellement à l’ONU bien qu’il soit accusé de crimes de guerre et contre l’Humanité. Quant aux Russes, aux Iraniens et aux milices chiites irakiennes, afghanes et pakistanaises, elles sont là à la demande de Damas. Sur la base des textes, c'est donc "légal".

 
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  • Par Le gorille - 13/02/2018 - 20:04 - Signaler un abus Même décomposé en éléments simples...

    ...ce problème garde toute son apparence d'eau de boudin. Mais merci pour l'effort ! Au passage... si les médias (les autres bien sûr !) étaient un peu plus précis ou, mieux, plus circonspects dans leurs analyses, voire, mais faut pas rêver, idéologiquement neutres, peut-être le soufflé retomberait-il ? Hum ! Le mot n'est peut-être pas approprié non plus... Bref on marche allègrement dans ce qui porte bonheur...

  • Par philippe de commynes - 14/02/2018 - 11:38 - Signaler un abus Et dire

    qu'il y a 7 ans il était hors de question de négocier avec assad (ce qui aurait évité toute cette boucherie) puisque de toutes façons son régime était supposé être au bord de l'effondrement ...

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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