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Syrie : le nombre de morts évoqué est-il vraiment fiable ?

Selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), 60 000 Syriens auraient déjà été massacrés par le régime de Bachar el-Assad. Mais personne ne peut authentifier de façon fiable les informations de l'OSDH, qui est tout sauf un organisme indépendant.

Grand flou

Publié le

Depuis le début des révolutions arabes, tout le monde reprend les informations de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) selon lesquelles 60 000 Syriens auraient déjà été massacrés par le régime de Bachar el-Assad et son clan alaouite. Basé à Londres, l’OSDH est en effet devenu la référence quasi unique des journaux et gouvernements occidentaux, notamment pour comptabiliser les morts de la guerre civile en Syrie et pour suivre l’avancée des rebelles. Pourtant, personne ne peut authentifier de façon fiable les informations de l’OSDH, qui est tout sauf un organisme indépendant. On se souvient que l’OSDH avait largement relayé la fausse information sur la mort de la jeune Syrienne Zainab al-Hosni, devenue depuis un emblème de la répression, mais réapparue peu de temps après...

Parmi les autres intox grossières de l’OSDH, citons aussi celle du 22 juillet 2011, lorsque l’observatoire assura sans compter que les manifestants anti-Assad réunis dans les villes de Syrie dépassaient de loin le nombre total des habitants des villes citées... Les "bilans chiffrés" des "victimes d’Assad" qui ne reposent que sur des réseaux informels ou autres réseaux sociaux fort partisans, sont donc plus que sujets à caution. Ainsi, dans l’émission Bibliothèque Médicis, diffusée sur Public Sénat le 26 janvier dernier et consacrée à l’intervention française au Mali et à la guerre civile en Syrie, Jean Pierre Elkabach a posé la bonne question : "qui est derrière l’OSDH" ?

L’OSDH reconnaît s’appuyer sur des vidéos YouTube, des messages facebook, téléphoniques, Ipad ou autres postés par 200 "correspondants bénévoles" (militaires, médecins ou militants de l’opposition) présents dans toutes les zones de combat. Mais on se demande premièrement comment ceux-ci peuvent quadriller tout un pays, filmer sans être tués des heures durant, puis franchir les barrages et lignes de front. Ensuite, les témoignages vont tous dans un même sens : la diabolisation d’Assad et la sanctification des rebelles sunnites (Frères musulmans ; milices salafistes et ASL), ce qui pousse l’OSDH à passer sous silence tous les massacres de chrétiens ou d’Alaouites ou autres carnages commis par les rebelles sunnites. En fait, l’OSDH est géré par deux activistes sunnites : un directeur, Rami Abdel Rahman, ancien vendeur de vêtements, de son vrai nom Oussama Ali Suleiman, puis son assistante, traductrice et porte-parole, Hivin Kako. Abdel Rahman, qui fut incarcéré en Syrie dans le passé pour violences anti-gouvernementales commises au sein de groupes islamistes, aime à faire oublier son passé, depuis qu’il s’est installé en Suède puis à Londres, et se présente volontiers comme un "journaliste indépendant". Son ancien collaborateur, Moussab Azzawi, ex-coordinateur de l'OSDH, affirme qu’il n'est pas du tout journaliste et qu’il n’est pas qualifié pour remplir un rôle de gestion objective de l’information. Moussab Azzawi, qui a quitté l'organisation en 2011 et gère depuis un site concurrent, accuse Rami Abdel Rahmane d'usurper le site de l'OSDH, d'être incapable de communiquer professionnellement en anglais, et de n’être animé que par la recherche d’un poste au sein d’un futur gouvernement Frères musulmans.

Comme nombre de membres de cette organisation, Rami Abdel Rahmane se défend d'appartenir aux Frères musulmans. Mais le directeur du groupe de recherches et d'études sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (Gremmo), Fabrice Balanche, confirme que l'OSDH "est un instrument de propagande favorable aux Frères musulmans", qu’il est fortement soutenu par Al-Jazeera sur le plan logistique, et donc par le Qatar, parrain des révoltes arabes et des Frères musulmans, et il explique que "les pertes de l’armée syrienne sont gonflées" par l'OSDH. Ces observations sont confirmées par l’expert du Moyen-Orient, ancien de la DGSE, Alain Chouet, qui rappelle que l'OSDH est "clairement financé par des fonds saoudiens et qataris" et qu’il est "une émanation des Frères Musulmans syriens". Toutefois, ce que l’on ne peut pas retirer à l’OSDH et à son directeur Abdel Rahman, est que nous avons bien affaire non pas à une organisation de défense des droits de l’homme indépendante, mais bien à une structure de lobbying particulièrement efficace au service des révolutionnaires islamistes. Rappelons que Rahman a présenté une thèse à l’université d’Orebro en Suède sur "les services d’information sur internet au Moyen Orient" et les réseaux sociaux (comme Global Voices), puis a participé aux programmes de l’Institut suédois YLVP (Young Leaders Visitors Program - Programme pour les Visiteurs Jeunes Dirigeants) axés sur "l’étude des médias sociaux comme outils de changement socio-politique positif dans leurs contextes respectifs". Rahman est donc un parfait "opinion maker" et il possède une excellente connaissance des technologies internet et vidéo qu’il utilise de façon remarquable pour diffuser sa propagande des Frères musulmans et de la rébellion anti Assad.

 
Commentaires

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  • Par Bara - 28/01/2013 - 09:03 - Signaler un abus L'OSDH est une voix du Qatar et des Wahhabites

    Ce n'est pas un observatoire, il ne travaille pas pour le peuple syrien, et il se contrefout des droits de l'homme. L'OSDH est un montage qui vise à faire renverser les alaouites laïcs aux pouvoir par des wahhabites à la solde des pétromonarchies.

  • Par toumabena - 28/01/2013 - 09:34 - Signaler un abus C'est quoi la Syrie ?

    Arretez de nous parler de la Syrie. Nous avons bien trop à faire avec le MALI, Florence CASSEZ, l'arrivée du Vendée globe ....et le mariage pour tous, le Syrie, c'est dépassé.

  • Par ciceron - 28/01/2013 - 11:16 - Signaler un abus Bon article

    Il est toujours salutaire de revenir sur les évènements passés. Cela nous rend moins bêtes pour la suite. Laissons donc Assad régler le problème de ses extrémistes musulmans sunnites. Et même aidons le ! Lui comme nous, luttons contre le terrorrisme. Nous aurions donc le droit au Mali et lui non dans son pays ? Drôle de morale...

  • Par ISABLEUE - 28/01/2013 - 11:50 - Signaler un abus Paroles paroles ...

    En fait ceci ne nous étonne pas... les "ressucités" sont légion dans ces régions;... Merci en tout cas de rappeler qui est exactement l'OSDH ...

  • Par panchovilla - 28/01/2013 - 15:40 - Signaler un abus propagande 2

    après discours de Bachar El Assad, Marie Druker nous a dit que pas une fois il n'avait fait allusion aux 60 000 morts du conflit. D'abord c'est faux et il suffit d'aller voir sur le site de l'ambassade de Syrie, le discours y est en français. Elle n'a donc pas fait son travail de Journaliste qui va à la source de l'information. Ensuite ça sous-entend que tous les morts de cette guerre sont du même côté alors qu'il y a peu-être plus de victimes des jihadistes que des forces gouvernementales. Elle n'a donc pas fait preuve d'objectivité. Conclusion : il n'y a plus de journalistes à la télé, il n'y a que des pistonnés.

  • Par Ravidelacreche - 28/01/2013 - 18:03 - Signaler un abus fiable ?

    Quand on ne sait pas c'est toujours plus ou moins 50.000 ?! morts, familles homoparentales, manifestants, profs, victimes en tout genre .... comme c'est invérifiable on a raison.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France Soir, Il Liberal, etc), il intervient pour le groupe Sup de Co La Rochelle et des institutions patronales et européennes et est chercheur associé au CPFA (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment auteur des livres Le Chaos Syrien, printemps arabes et minorités face à l'islamisme (Editions Dhow 2014), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (Editions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (Editions du Toucan).

 

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