Atlantico : Depuis le début de la crise syrienne, observateurs et acteurs évoquent régulièrement les milices auxquelles Bachar el-Assad fait appel. Un nom revient souvent : les Chabihas. Qui sont ces miliciens ? Quel est leur rôle dans la guerre qui ravage le pays ?
Fabrice Balanche : En arabe, le mot « chabiha » veut dire fantôme. Le phénomène des chabihas date des années 1980. Ils sont apparus au moment où la famille Assad a eu des soucis avec les Frères musulmans. Ils entourent certains personnages emblématiques du régime comme Nizar el-Assad, l’un des cousins de Bachar, qui était une espèce de mafieux régnant sur la ville de Lattaquié. Il avait autour de lui des hommes de mains, des jeunes des quartiers et des villages : les chabihas.
Comme dans une mafia, ils servent à faire respecter le territoire de leur patron. Dès lors que le patron en question est au pouvoir, ils peuvent aussi servir ce même pouvoir politique, lorsqu’il faut aller arrêter des opposants politiques par exemple.
Il s’agit de plusieurs dizaines de milliers de personnes. Leurs effectifs sont variables et augmentent en temps de crise. Dans une situation comme celle d’aujourd’hui, vous pouvez trouver tel général ou tel colonel qui va aller recruter les jeunes désœuvrés pour rejoindre ces chabihas pour 300 à 400 euros par mois. Au début, on leur donnait des bâtons pour aller casser les manifestations. Maintenant, on leur donne des kalachnikovs pour mener des expéditions punitives que l’armée syrienne répugne à faire.
Comment s’articule les relations entre l’armée et les chabihas ? Travaillent-ils ensemble ? Ont-ils une hiérarchie commune ?
Officiellement, il n’y a pas de lien. La plupart des militaires les méprisent en public. Mais dans les coulisses, des officiers de l’armée régulière commandent des groupes de chabihas en plus de leurs brigades. Ils les utilisent en parallèle de leurs troupes lors d’opérations militaires.
Il n’y a pas de commandement ni de hiérarchie institutionnalisé pour diriger les chabihas. Ils sont tous plus ou moins liés à des chefs militaires.
Il faut en cela distinguer deux sortes de chabihas. Il y a des chabihas alaouites et des chabihas sunnites, notamment à Alep, où ils obéissaient à l’origine à des grandes familles mafieuses auxquelles le pouvoir de Damas avait délégué certains pouvoirs depuis les années 1980. Ces dernières faisaient la loi.
Lorsque les rebelles syriens ont repris certains quartiers d’Alep, ils ont exécuté des membres de ces clans et de ces chabihas.
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de neutralité sur la Syrie, vous parleriez aussi des nombreux islamistes intégristes étrangers qui ont rejoint la rébellion !!!
Ceux qui ont parfaitement compris la situation.
Les chabihas sont des milices maffieuses très troubles,
On ne dit pas rebelles, on opposants, qui sont limpides, voire cristallins.
Mais qui sont les rebelles ?