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Après la Libye, la Syrie : Bachar al-Assad ne regarde-t-il pas CNN ?

On reparle de « corridors humanitaires » et de « no fly zones » sans que Bachar al-Assad n'ait l'impression d'avoir déjà vu ça quelque part… Les tyrans sanguinaires n’apprennent-ils rien des bévues des confrères ?

Zone franche

Publié le - Mis à jour le 23 Décembre 2011

Si j’étais Bachar al-Assad, je crois que je commencerais à me poser de sacrées questions sur mon avenir professionnel… Pas seulement parce que dictateur n’est plus un métier d’avenir avec tous ces « printemps » ― qu’ils se transforment plus ou moins prestement en automnes ou pas par la suite ―, mais surtout parce que son parcours ressemble de plus en à celui de feu Kadhafi.

Il y a encore quelques semaines, la crise grecque et la débâcle économique mondiale étaient pourtant ses meilleurs paravents. Pour ne rien dire des inquiétudes provoquées par un éventuel coup de sang iranien en cas d’intervention internationale : à Téhéran, on voit un peu la Syrie comme on voit le Liban depuis Damas.

De quoi refroidir pas mal d’ardeurs humanitaires…

Mais les morts s’accumulent (3 500 au dernier décompte) et il devient de plus en plus difficile de regarder ailleurs en sifflotant.

Je ne dis pas qu’un effondrement de la zone euro ou de nouveaux rebondissements amusants dans le feuilleton DSK ne pourraient pas créer une nouvelle diversion bien venue, mais on sent bien que le climat est en train de changer.

D’abord, la Ligue arabe vient de décider de prendre des sanctions concrètes, ce qui n’est pas exactement dans ses habitudes : le forum moyen-oriental va ainsi rendre personæ non grata les dignitaires syriens chez ses différents membres et l'on parle même de gel de leurs avoirs bancaires (et à quoi bon être dictateur si l’on perd les principaux avantages de la fonction, voyages et pognon ?). En Jordanie, on s’est même mis à accueillir des déserteurs toujours plus nombreux.

Mais surtout, on recommence à parler de corridors humanitaires permettant aux civils syriens de se réfugier dans une région tampon proche de la frontière turque et de ces fameuses « zones d’exclusion aérienne ». Autant dire que l’on recommence à parler carrément d’intervention armée puisque ce genre de choses, ça se défend militairement ou pas du tout…

Bon, les Russes et les Chinois sont encore réticents, mais on a vu qu’ils savaient parfois se faire une raison. Quant à l’opposition traditionnelle à toute implication occidentale dans un pays arabe au prétexte que « ce n’est pas la bonne solution, qu’il faut d’abord donner toutes ses chances à la démocratie », la conclusion heureuse ― oui, heureuse ― de l’affaire libyenne a tout de même tendance à la rendre un poil anecdotique et décalée.

Et puis tiens, on a même vu un drapeau révolutionnaire syrien hissé sur le toit de l’institut du monde arabe à Paris, celui-là même où, il n’y a pas si longtemps, on exposait les croûtes de Saif al-Islam (le fils de Kadhafi, pas celui de Ribéry). Ca c’est du symbole !

OK, il y a encore quelques semaines, l’OTAN excluait catégoriquement toute intervention, mais la situation évolue désormais à toute vitesse. Bachar al-Assad a encore la possibilité de s’en tirer, les propositions de s’installer ici ou là restant valides (il aurait d’ailleurs investi dans une propriété de 60 millions de dollars aux Émirats Arabes Unis), mais on sent tout de même qu’il va s’accrocher. C’est à croire qu’ils ne n’apprennent jamais rien de l’expérience des confrères et des « breaking news » sur CNN, les tyrans sanguinaires : Saddam Hussein, Gbagbo, Ben Ali, Moubarak, Kadhafi… Ça devrait tout de même interpeller le dernier carré !

C'est con, finalement, un dictateur.

 
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Hugues Serraf

Hugues Serraf est journaliste et écrivain. Ses derniers romans : Les heures les plus sombres de notre histoire (L'Aube, 2016) et Comment j'ai perdu ma femme à cause du tai chi (L'Aube, 2015).

 

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