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Syrie : le décret du roi d'Arabie saoudite interdisant le financement du djihad suffit-il vraiment à bloquer tous les mouvements de fonds saoudiens ?

Souhaitant couper court aux critiques de sa politique étrangère, l'Arabie saoudite vient d'adopter des mesures drastiques à l'égard des "djihadistes" combattant dans des conflits extérieurs. Une intention en apparence louable qui cache mal l'attirance de plus en plus forte d'une partie de la jeunesse saoudienne pour la Guerre Sainte.

Comédie ?

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Syrie : le décret du roi d'Arabie saoudite interdisant le financement du djihad suffit-il vraiment à bloquer tous les mouvements de fonds saoudiens ?

Un récent décret du Roi Abdallah stipule que tout engagement dans une organisation extrémiste sera désormais passible de 5 à 30 ans de prison.  Crédit Reuters

Atlantico : Un récent décret du Roi Abdallah stipule que tout engagement dans une organisation extrémiste sera désormais passible de 5 à 30 ans de prison. Quels sont les objectifs derrière une telle mesure et que révèle t-elle des problématiques internes du pays ?

Fabrice Balanche : Le simple fait que le monarque saoudien promulgue cette loi indique justement que les Saoudiens financent et rejoignent ces organisations sur une grande échelle.

Mais comment le royaume saoudien définit-il une organisation extrémiste ? S’agit-il seulement d’Al-Qaïda ou cela concerne-t-il toutes les organisations islamistes qui prônent la violence ? Dans ce dernier cas, ce sont tous les groupes rebelles salafistes financés par la monarchie saoudienne qui seraient visés.

La jeunesse saoudienne connaît un profond malaise, les uns sont des consommateurs en puissance qui profitent de la rente pétrolière, les autres refusent ce modèle consumériste et trouvent leur salut dans l’Islam radical. Le Jihad (la guerre sainte) en Syrie est devenu une cause mobilisatrice pour une partie d’entre elle. Cela inquiète la monarchie qui se méfie du potentiel de déstabilisation politique de cette frange de la population radicalisée qu’elle a contribué a formé dans un système scolaire particulièrement réactionnaire qui produit des islamistes en puissance.

Riyad est pourtant accusé régulièrement de soutenir indirectement des milices, notamment en Syrie ou l'organisation Jabhat Al Nosra est, d'après les dires du chef des renseignements saoudiens, financée et appuyée par le Royaume. Comment distinguer le vrai du faux parmi ces contradictions ?

L’Arabie saoudite est une gérontocratie figée par la succession entre frères. Le roi Abdallah est âgé de 90 ans, il est malade d’un cancer depuis des années et une équipe médicale le maintien en vie artificiellement. Le prince héritier, Sultan, n’est que de trois ans son benjamin, il n’est pas en très grande forme non plus. Les autres fils de feu Abdelaziz Al Saoud attendent leur tour avant de laisser la place à la génération suivante. En 1992, le roi Fahd aurait voulu sauter une génération pour confier la couronne au plus apte des petits-fils du fondateur de la dynastie. Mais cela aurait créé trop de conflits entre les différents clans issus des douze épouses d’Abdelaziz Al Saoud. Le respect de la tradition affaiblit le pouvoir central, bloque les réformes socio-économiques, politiques et aiguise la lutte entre les différents clans, dont l’objectif est de s’emparer des postes clés qui procurent un accès privilégiés à la rente pétrolière.

Les clans saoudiens soutiennent les rebelles syriens, certains n’hésitant pas à financer Jabhat Al Nosra ou ses succursales, telle que Jaich al Islam, très présente dans la périphérie de Damas. La guerre en Syrie est une façon de montrer sa force au sein de l’appareil saoudien par groupes rebelles interposés. Le conflit récent entre les rebelles est en partie le fruit de la guerre par procuration que se livrent les différents clans de la famille royale saoudienne. La loi promulguée par le roi Abdallah viserait ainsi à affaiblir un des clans concurrents. Je pense notamment à celui dirigé par Bandar ben Sultan, ancien ambassadeur aux Etats Unis (1983-2005) et puissant chef des services de renseignement. Ce dernier est frustré d’avoir été écarté de la succession du fait de la couleur de peau de sa mère, une servante noire, malgré ses capacités intellectuelles.

 
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Fabrice Balanche

Fabrice Balanche est Visiting Fellow au Washington Institute et ancien directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.

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