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Syrie, à la croisée des chemins ?

La situation en Syrie connaît en cette fin d’année des développements très importants qui pourraient bouleverser les situations (différentes selon chaque région) et provoquer de nouvelles surprises stratégiques en 2018. Plus que jamais, les Syriens sont dépassés par les intérêts internationaux qui animent les différents acteurs de cette tragédie dont on ne voit pas le bout.

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Syrie, à la croisée des chemins ?

D’abord, un coup de tonnerre est survenu le 2 décembre : les Forces démocratiques syriennes (FDS) ont officiellement annoncé qu’elle arrêtaient leur offensive contre Daech dans la région de Deir ez-Zor sur la rive orientale de l’Euphrate. C’est un véritable pied de nez fait à leurs mentors américains et occidentaux qui comptaient sur elles pour contrebalancer l'action les forces gouvernementales et leurs alliés russes qui font de même sur la rive occidentale du même fleuve.

Cela a suivi de peu la défection le 15 novembre du « général » Tala Ali Sello, le porte-parole officiel des FDS qui a rejoint la Turquie où il a été longuement débriefé par les services de renseignements turcs, l’Organisation nationale du renseignement, MIT, Millî İstihbarat Teşkilatı.

Il est possible que cet officier d’origine turkmène ait été recruté depuis longtemps par les Turcs pour les renseigner sur la situation en Syrie. Il avait occupé une position importante au sein des FDS, coalition de mouvements rebelles « fabriquée » par les Américains autour du PYD (Parti de l’union démocratique) kurde considéré par Ankara comme un mouvement hostile à la Turquie puisque très proche du PKK. Sello a confirmé ce que tous les observateurs bien informés savaient déjà : les 50.000 activistes (chiffre vraisemblablement gonflé) des FDS sont constitués à plus de 60% de Kurdes appartenant au YPG (Unités de protection du peuple, bras armé du PYD) et de sa version féminine YPJ. Les autres unités syriaques et arabes ne sont que des faire-valoir dont la mission consiste essentiellement à tenir les régions dont elles sont originaires. Malgré l’existence d’un état-major commun, ce sont les Américains qui dirigeaient les opérations et qui répartissaient les armements livrés majoritairement aux Kurdes car ces derniers constituaient le fer de lance de l’offensive baptisée « colère de l’Euphrate ».

Raqqa tombée, Washington a poussé les FDS à poursuivre l’offensive en suivant la rive orientale de l’Euphrate (en passant par Deir ez-Zor) pour tenter de rejoindre la frontière irakienne au niveau d’Abou Kamal avant les forces légalistes syriennes qui faisaient de même sur la rive occidentale. Il s’agissait d’une sorte de « course à la frontière ».

Deux problèmes sont venus contrarier cette stratégie : depuis la prise de Raqqa, les FDS sont largement sorties de leur zone d’origine en pénétrant profondément en terre sunnite avec tous les problèmes relationnels générés avec les populations locales ; et surtout, la région d’Abou Kamal est majoritairement tombée aux mains des forces gouvernementales fortement appuyées par des milices chiites étrangères (dont le Hezbollah libanais qui y a subi des pertes sévères). Al-Qaim, localité située en Irak de l’autre côté de la frontière est aux mains des milices de mobilisation populaires (chiites) irakiennes depuis des semaines. Globalement, les forces légalistes sont parvenues à rallier plus de tribus sunnites syriennes historiquement opposées à Daech, ce qui leur a donné un avantage - peut-être éphémère - dans la gestion des terrains reconquis.

 
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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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