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Syrie : chers alliés de l’OTAN, Vladimir Poutine a un message pour vous (très au-delà de Bachar el-Assad)

Parmi les missiles envoyés en Syrie par la marine, plusieurs d'entre-eux provenaient de la mer Caspienne. Une manière de montrer aux pays de la coalition internationale l'efficacité des moyens balistiques russes.

Plaît-il ?

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Derrière la guerre menée contre les rebelles syriens, à quoi sont destinées les opérations russes ?

Lorsque les Russes ont commencé à moderniser l’aéroport de Lattaquié qui devait leur servir de base principale et à y déployer des hommes, des blindés et des pièces d’artillerie pour en assurer la sécurité rapprochée, ils y ont également installé deux batteries anti-aériennes Pantsir S-1 (SA-22) et des 9K330 Tor-M1 (SA-15 Gauntlet). Or si les rebelles se sont bien emparés d’aéronefs militaires lors de leurs différentes conquêtes, aucun n’était en état de vol. De plus, à ces défenses anti-aériennes sont venues s’ajouter celles plus importantes des navires russes évoluant au large des côtes syriennes dont le croiseur Moskva équipé de 64 missiles S300 PMV (SA-N-6 Grumble), les frégates de classe Krivak, Ladny, Pytivy armées de 40 missiles 4K33 OSA-M (SA-N-4 Gecko) et le Smetivy de classe Kashin équipé de 32 missiles S-125 (SA-N-1 Goa).

Les quatre Su-30, des avions de combat multirole arrivés à Lattaquié à la mi-septembre sont venus compléter le dispositif. Toutes ces armes constituent une véritable "bulle A2AD" (Anti-Access Aera-Denial) en Méditerranée orientale et sur le nord-ouest de la Syrie qui sert de dissuasion à toute velléité d’intervention aérienne étrangère, qu’elle vienne des forces de la coalition internationale ou d’Israël. Cela a en particulier remis en cause la zone d’exclusion aérienne que souhaitent installer les Turcs à l’ouest de l’Euphrate le long de la frontière syrienne. En ce qui concerne l’Etat hébreu, une ligne téléphonique permanente a été établie entre la base aérienne de Lattaquié et l’armée de l’air israélienne pour éviter tout incident. Des négociations portant sur le même sujet ont actuellement lieu avec les Américains mais ces derniers font traîner les choses histoire de montrer leur mauvaise humeur.

Le tir de 26 missiles de croisière 3M-14T Kalibr (SS-N-30A) sur 11 cibles situées à 1500 kilomètres dans la nuit du 7 octobre depuis quatre navires de la flotte de la Mer Caspienne n’est pas non plus innocent. Au grand étonnement des Occidentaux, ces armes ont été mises en œuvre à partir de navires de faible tonnage : le Dagestan, une frégate de classe Gepard de 1961 tonnes, les corvettes de classe Buyan de 949 tonnes, Grad Sviyazksk, Uglich et Veliky Ustyug. Mais sur le plan tactique, c’est payer un peu cher la destruction d’objectifs djihadistes avec des armes aussi sophistiquées. Le but était d’adresser un message à l’OTAN en démontrant la qualité atteinte par les armements russes. La nouveauté réside dans le fait que des navires de faible tonnage sont capables d’emporter des missiles de longue portée (2500 kilomètres annoncés). Fort logiquement, les Américains ont affirmé ensuite que quatre missiles étaient tombés en Iran. En réalité, un se serait effectivement écrasé en route. Mais cette capacité navale remet en question l’invulnérabilité supposée des porte-aéronefs de l’US Navy. Les stratèges militaires américains sont priés de revoir tous leurs plans de guerre navale pour prendre en compte cette nouvelle menace. A noter que ces missiles de croisière ont tranquillement survolé l’Iran puis l’Irak sans que ces pays n’émettent la moindre protestation.

En conclusion, la Russie a lancé son opération militaire pour éviter au régime Syrien de s’effondrer sous les coups de la coalition "l’Armée de la Conquête" qui est dirigée en sous-main par Al-Qaida "canal historique" et soutenue par l’Arabie saoudite, le Qatar et la Turquie pendant que les Occidentaux regardent "ailleurs". Si, dans un premier temps, les Américains, en plus de Daesh, ont aussi bombardé le Front Al-Nosra (la principale composante de l’Armée de la conquête) et en particulier son unité "Khorasan" présentée comme dédiée aux opérations extérieures, ils ne le font plus que très rarement.

L’intervention russe s’inscrit dans le respect des règles internationales puisque le gouvernement syrien -toujours reconnu aux Nations Unies- en a fait la demande officielle mais Moscou ment avec aplomb en prétendant viser principalement Daesh car la majorité des frappes tapent l’Armée de la conquête. Par contre, si l’on sait quand un conflit démarre, sa fin est impossible à prévoir (voir ce qui se passe en Afghanistan où le président Obama est contraint de prolonger le séjour des boys). Le risque d’embourbement est donc réel avec, pour corollaire, l’unification des mouvements rebelles sunnites contre l’"agression des juifs et des chrétiens (les Russes) et des apostats (les chiites syriens, iraniens, irakiens, libanais)" et le déclenchement probable d’actions terroristes dans le Caucase et dans toute la profondeur du territoire russe.

Par contre, pour la première fois depuis la chute de l’URSS, les occidentaux vont être obligés de négocier avec la Russie qui est en position de force sur le terrain en Syrie. C’est un camouflet pour Washington qui, selon un think tank américain peu suspect de sentiments antiyankees, estime que les erreurs des gouvernements qui se sont succédé depuis les années 2000 sont conceptuelles, analytiques et opérationnelles.

 
Commentaires

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  • Par Georges Barbey - 19/10/2015 - 10:36 - Signaler un abus Errato?

    Comment peut-on survoler l'Iran et l'Irak quand on tire depuis la mer baltique?

  • Par prothesor2003 - 19/10/2015 - 11:25 - Signaler un abus Trajectoire

    En trace directe, il y a survol de la Turquie, ce qui est un casus belli. Donc passage au-dessus de la mer Caspienne puis virage au-dessus de l'Iran et de l'Irak en direction de la Syrie. Les missiles de croisière évoluent comme des avions

  • Par grou14 - 19/10/2015 - 11:34 - Signaler un abus Ou bien ?

    Ou bien ces navires de faible tonnage appartenant à la Flotte Baltique étaient-ils sur la mer Caspienne ? Peuvent-ils la rejoindre techniquement via la Volga ? Les turcs ont-ils la capacité technique de détecter eux-mêmes un survol ou bien sont-ce les américains qui leur diraient ?

  • Par RODIER - 19/10/2015 - 11:58 - Signaler un abus Mille excuses

    En tant qu'auteur de cet ITW, j'ai par, inattention, donné le nom de Mer Baltique. Bien sûr lire Mer Caspienne. J'ai demandé la correction. Alain Rodier

  • Par zouk - 19/10/2015 - 15:43 - Signaler un abus Syrie, Proche Orient

    Russie, Iran, Arabie Saoudite, Al Qaida, Daesh, Egypte....Tant d'acteurs avec tant d'objectifs divergents + les messages adressés aux Etats Unis, à la Chine éventuellement, nous serions tentés de laisser tous ces acteurs à leurs calculs propres, mais même si nous ne pesons pas grand chose en la matière, nous ne pouvons nous en désintéresser. Quant à agir? Comment? Notre diplomatie se trompe totalement en cherchant l'élimination de Bachar El Assad alors qu'il fait évidemment partie de la solution, Par la force avec 6 malheureux Rafales? tout au plus une gesticulation, et encore. Nous ferions mieux de nous rapprocher de la Russie et de l'Iran, ce qui serait le meilleur moyen d'approcher un peu la Syrie et de ne pas être réduits au rôle de spectateur impuissant.

  • Par Texas - 19/10/2015 - 18:44 - Signaler un abus Le Timing Russe...

    ....est assez impressionnant . Les Russes deviennent ainsi l' acteur opportun pour faire le ménage , alors que les Accords ( douteux ) sur le Nucléaire Iranien sont signés et que la levée de l' embargo ( prématuré ) est en cours selon l' Administration Obama . Belle partie d' échecs . Qui finira Mat ? .

  • Par cremone - 19/10/2015 - 22:35 - Signaler un abus ça nous change

    "complexité difficilement compréhensible" : ça nous change des complexités fastoches !

  • Par Benino - 21/10/2015 - 11:42 - Signaler un abus Poutine : Bravo l'artiste !

    Remarquable article et analyse subtile d'un Orient complexe où le double jeu est naturel à l'Islam. Je me souviens avoir travaillé, il y a 45 ans déjà avec un ami marocain très cultivé et fort intelligent et nous avions un problème difficile à résoudre. J'essayais d'attaquer de front mais lui voulait biaiser pour gagner par surprise. Il avait raison. Un jour il me livra le fond de sa pensée : Vous les occidentaux vous êtes trop cartésiens, nous les musulmans, nous faisons comme le renard, nous attaquons par le côté. Et il me dit quelque chose de fondamental : Chez nous, dans tous nos contes et nos fables, le héros n'est pas le chevalier Bayard, le sans peur et sans reproche, le héros est le malin, le rusé, celui qui gagne à la fin sans jamais dévoiler son jeu. Merci Nasser-Edine L...pour cette leçon que je n'ai jamais oubliée...Pour contrer le renard il faut davantage que Barrak et Hollande. Poutine, ancien officier du KGB est un serpent qui a tout compris. L'empire Turc est en train de renaître au Moyen Orient et les petits dirigeants de l’Occident n’ont rien compris à ce qui se joue...

  • Par Gordion - 21/10/2015 - 16:09 - Signaler un abus Empire ottoman, empire perse, Russie, OTAN, la Oumma, etc

    J'avais souvenir que ces 2 empires étaient en paix depuis le 18ème siècle? Ce qui n'est pas le cas entre la Turquie et les pays arabes. Il suffit de demander à un turc ce qu'il pense d'un arabe, et réciproquement. Les Turcs ont d'excellentes relations leur "ex-Riemland" du "Kurdistan irakien" (le pétrole d'Erbil et le clan Barzani). Il sera intéressant de voir comment la Turquie va agir pour contrecarrer l'engagement russe en Syrie...en tant que membre de l'OTAN, et soutien des Frères Musulmans et d'al Qaïda, équation à 3 inconnues ou plus. Attendons les élections turques de début novembre.

  • Par jmpbea - 24/10/2015 - 15:01 - Signaler un abus Pendant que les russes les turcs les américains et les saoudiens

    Se reunissent pour parler de la Syrie, notre bouffon est allé se faire....en Grèce...quelle honte, quelle déchéance de la France, les mots ne peuvent plus représenter notre exaspération devant tant de nullité...alors que le sort d'une partie du monde se joue, le bouffon va bouffer des friandises grecques...

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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