Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 24 Janvier 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Swissleaks et l’évasion fiscale : condamner les banques, un 1er pas qui ne doit pas faire oublier qu’elles sont loin d’être les seules coupables

L'affaire des comptes cachés de la banque suisse HSBC révèle une fois de plus l'implication de certaines banques dans l'évasion fiscale. Pour autant, cette pratique repose sur une chaîne bien plus complexe où Etats et entreprises ne sont pas innocents.

Argent tous risques

Publié le - Mis à jour le 13 Février 2015
Swissleaks et l’évasion fiscale : condamner les banques, un 1er pas qui ne doit pas faire oublier qu’elles sont loin d’être les seules coupables

HSBC dans la tourmente Crédit Mike Segar / Reuters

Atlantico : La chaîne de la fraude et de l'évasion fiscale est bien plus complexe que ce que les dernières révélations Swissleaks pourraient laisser penser. Qui sont les acteurs de cette grande chaîne ?

Eric Vernier : Ils sont nombreux. Ce sont d'abord les grandes banques internationales et certains Etats. La City de Londres, par exemple, représente environ 13% du PIB de la Grande-Bretagne et elle bénéficie de satellites comme les îles Caïman, les îles vierges britanniques ou encore Hong Kong qui drainent de l'argent un peu sulfureux qu'elle va récupérer et faire fructifier sur les marchés financiers.

Il y a une complicité des Etats, volontaire ou non, pour des raisons stratégiques, diplomatiques ou militaires. Lorsque l'on soutient des rebelles dans un pays, ce n'est pas le Premier ministre qui part avec un chèque mais cela passe par des comptes off-shores.

Là où cela devient dangereux c'est ce mélange des genres qui fait que ceux qui sont dans la fraude fiscale utilisent les mêmes circuits, les mêmes intermédiaires ou les mêmes banques, que les trafiquants de drogue ou d'organes. Si l'un dénonce l'autre, tout s'effondre. Cela créé une sorte d'équilibre financier entre ce qui est propre, ce qui n'est pas propre et ce qu'il y a entre les deux.

Où s'arrête la responsabilité des banques, où commence celle des autres ? Qui parmi ces acteurs intervient à quel moment ?

Le rôle des banques reste central. Votre argent liquide, vous êtes bien obligé de le mettre en banque. Jusqu'à 200 000 euros, vous pouvez les dépenser en liquide mais au-delà cela me semble compliqué. Il y a aussi la responsabilité des Etats qui est en jeu. Il devrait y avoir une vraie volonté de changer les choses et pour cela il faudrait se réunir. Il ne peut pas y avoir de réponse nationale ou même européenne dans l'espace mondialisé. La Suisse est aujourd'hui plus propre mais l'argent sale s'est désormais dirigé vers Singapour, et souvent dans les mêmes banques. Tant qu'il n'y a pas de réponse mondiale, on se mord la queue.

Les Etats ferment-ils les yeux sur certaines pratiques ?

Il y a toujours des raisons d'Etat, des intérêts stratégiques et diplomatiques. Lorsque l'on veut faire du forcing fiscal sur certains pays, ils font du chantage sur l'appui et le soutien qu'ils peuvent apporter dans certains votes de résolutions à l'ONU, par exemple. Il y a aussi un chantage à l'emploi, pour les entreprises : on ne va pas menacer HSBC de fermeture ou lui infliger une grosse amende en sachant qu'il y a des dizaines de milliers d'emplois en jeu. Il en est de même pour toutes les grandes multinationales qui pratiquent la fraude ou l'optimisation fiscale.

Les Etats profitent-ils eux aussi du système ?

Ceux qui font du dumping fiscal en profitent. Comme l'Irlande, qui continue à avoir une imposition très faible. De nombreux Etats vivent de ça. D'autres utilisent les paradis fiscaux pour faire leurs propres affaires. Des entreprises publiques ou quasi publiques n'hésitent pas à s'y installer, comme EDF qui a des filiales aux îles Caïman, notamment. Tout le monde n'a pas intérêt à ce que les choses changent.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Texas - 10/02/2015 - 10:36 - Signaler un abus Il reste des idéalistes...

    .....parmi les journalistes pour nous asséner avec la régularité d' un coup de pied au cul que l' on doit trouver une réponse mondiale à " l' optimisation fiscale "... En 1991 , le " Scandale du Siècle " avec l' affaire de la BCCI.....Rien n' a changé depuis , les perchés !

  • Par cloette - 10/02/2015 - 16:15 - Signaler un abus Mais alors

    Il n'y a pas que les armateurs grecs ! Quand on écoute l'interview d'Europe 1 , des hommes politiques de 1er rang impliqués depuis des décennies , qu'en penser ?

  • Par Texas - 10/02/2015 - 17:08 - Signaler un abus @ cloette

    Qu' ils ne faut pas souscrire au déterminisme de quelques-uns , qui pensent qu' en changeant le contexte , on changera la nature humaine .

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Eric Vernier

Eric Vernier, 46 ans, est Docteur ès sciences de gestion, HDR. Il dirige l’Institut de la Responsabilité Sociétale par l’Innovation (IRSI) à Sup de Co La Rochelle. Professeur de finance, il est Expert APM, Expert Francis Lefebvre, chercheur à l’IRIS et Consultant international. Il a publié plusieurs ouvrages sur le blanchiment de capitaux dont "Techniques de blanchiment et moyens de lutte" (Dunod) et "Fraude fiscale et paradis fiscaux" (Dunod).

Site internet et Twitter

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€