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Suspension de la démission de Saad Harari : le Liban face à l’épreuve de vérité sur sa neutralité

Le 4 novembre 2017 est une date phare dans l’histoire contemporaine du Liban. Le Premier Ministre Saad Hariri annonce sa démission, inopinée, depuis Riyad en Arabie saoudite. Retour sur les derniers événements.

Halte aux poncifs !

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Suspension de la démission de Saad Harari : le Liban face à l’épreuve de vérité sur sa neutralité

Le 4 novembre 2017 est une date phare dans l’histoire contemporaine du Liban. Le Premier Ministre Saad Hariri annonce sa démission, inopinée, depuis Riyad en Arabie saoudite. On lui a reproché son « inféodation » à l’Arabie. La presse européenne a qualifié le Liban de pays pris en otage au même titre que son premier ministre par l’oligarchie des Saoud dans la foulée des « réformes » entreprises par le prince héritier Mohamed Ben Salman. Cependant, Hariri à son retour au Liban a écarté toute accusation antipatriotique en suspendant sa démission.

Certains cadres du 14 mars (mouvement politique des chrétiens et des pro-occidentaux) alertés quant au danger que représente le Hezbollah perçoivent une tergiversation voire une capitulation. D’autres, une décision sage et non moins opposée au Hezbollah. Retour sur les derniers événements.

De l’intox

En Europe et en France, ces dernières semaines les articles sur la démission de Saad Hariri ont fusé. Les analyses se sont multipliées ; celles qui tiennent la route et celles qui induisent l’opinion publique française et européenne en erreur. Un citoyen européen lambda s’est déchaîné contre l’Arabie saoudite - pays loin d’être un modèle de démocratie – l’accusant de tenir en laisse les Libanais et de mettre en péril la stabilité de ce pays du vivre-ensemble. Le régime wahhabite – qui, je le concède à tous ses détracteurs, est un régime d’obscurantisme religieux- a été pointé du doigt. La vague de purge anti-corruption au sein de la famille royale à coup d’arrestations à l’Hôtel du Ritz a créé une nébuleuse de doutes et de pronostics autour des véritables enjeux et raisons de la démission de Hariri de Riyad. L’intox générée est celle d’une éventuelle arrestation de Hariri pour cause de corruption. Or, dans le cas du leader sunnite cette éventualité est à écarter. L’Arabie saoudite doit de l’argent à Saad Hariri ; notamment pour son entreprise en faillite Saudi Oger. Détenir le Premier Ministre libanais est bien un poncif que répètent ceux qui implantent des miroirs aux alouettes au Liban à travers la machine médiatique du Hezbollah. Le côté mystérieux des 14 jours passés à Riyad relève du ras-le-bol saoudien contre les politiques complaisantes et permissives envers le Hezbollah, milice chiite financée par l’Iran, menées tout au long des dernières années. Mais Saad Hariri a réussi à extorquer sa décision du cadre saoudien étriqué et à la suspendre momentanément, à la demande du Président de la République, suivant des conditions bien claires. Cette décision aussi surprenante que la démission le 4 novembre ne s’inscrit pas dans une optique de soumission politique au Hezbollah mais d’une affirmation du slogan de Saad Hariri : « Le Liban d’abord ». La politique de soumission à la terreur armée du Hezbollah tirerait à sa fin. Laquelle soumission a transparu aussi au sein de tous les gouvernements « d’unité nationale » qui se sont constitués à base de compromis depuis 2005, l’année où près d’un million de Libanais ont manifesté à la Place des Martyrs en revendiquant le retrait des troupes syriennes d’occupation. Cette période secouée par des attentats qui ont fait saigner à blanc la classe intellectuelle et politique du 14 mars semble être oubliée par les détenteurs de mémoire courte au Liban : Gébran Tueini, rédacteur en chef du journal arabophone An-nahar et esprit libre, Samir Kassir, la personnalité académique qui a inspiré les jeunes du parti socialiste démocratique, Mohammad Chatah, le conseiller éclairé de Saad Hariri, Pierre Gémayel, le jeune député chrétien aux positions fermes et courageuses et tant d’autres.

 
Commentaires

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  • Par Marie-E - 23/11/2017 - 10:37 - Signaler un abus Maya Khadra

    Merci de cet article. De nombreux commentateurs sur d'autres media influencés par les journalistes et la communication gouvernementale mettent en avant effectivement que Saad Hariri est l'otage de l'Arabie Séoudite et que le Hezbollah défend le Liban. Je n'en crois pas un mot. J'ai eu avec intérêt ce que vous avez écrit et que je partage avec mes amis Libanais en France qui sont sunnites et chrétiens maronites (je n'en connais pas de chiites).

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Maya Khadra

Maya Khadra est membre exécutif et coordinatrice de projets du Forum académique chrétien de la citoyenneté dans le monde arabe (CAFCAW), lauréate du Prix du journalisme francophone en zones de conflits en 2013 et ancienne journaliste à L'Orient-Le Jour.

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