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Surveillance numérique généralisée : la capacité à protéger sa vie privée va-t-elle devenir le comble du luxe ?

La journaliste américaine Julia Angwin dit avoir dépensé 2 200 dollars et passé de nombreuses heures de travail pour protéger ses données numériques. De quoi s'interroger sur notre capacité à protéger notre vie virtuelle.

Protection virtuelle

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Surveillance numérique généralisée : la capacité à protéger sa vie privée va-t-elle devenir le comble du luxe ?

La journaliste Julia Angwin dit avoir dépensé 2 200 dollars et passé de nombreuses heures de travail pour protéger ses données numériques. Crédit Brookstone

Atlantico : Dans un article paru dans le New York Times (voir ici), la journaliste Julia Angwin dit avoir dépensé 2 200 dollars et passé de nombreuses heures de travail pour protéger ses données numériques. La protection de la confidentialité de ses données est-elle devenue un luxe que ne peuvent s'offrir que ceux qui en ont les moyens financiers, et le temps ?

Jérémie Zimmermann : Il y a fort à parier pour que se trouve énormément de poudre de perlimpinpin dans ce que cette dame s'est acheté. Faire ses achats comme au supermarché, c'est l'assurance de se planter. Pourquoi ? Parce que parmi les prestataires qu'elle a utilisés, se trouvent sûrement en grande partie des entreprises américaines, et qu'elle utilise très probablement ces outils sur un ordinateur équipé de Mac OS ou de Microsoft Windows. Or on le sait, ces entreprises américaines n'ont d'autre choix que de collaborer avec la NSA.

Donc s'il s'agit, dans le cadre de son travail de journaliste, de protéger ses sources contre la NSA ou contre le renseignement américain et ses partenaires publics et privés, on peut d'ores et déjà dire que "c'est cuit". Deuxièmement, la "sécurité numérique" ne peut être effective sans le concours actif de l'utilisateur. Déléguer à 100 % sa sécurité est absurde. L'idée de signer un chèque pour être en sécurité est aussi absurde que de penser que l'on peut s'acheter une bonne santé. On a évidemment besoin de technologie et d'expertise, mais il s'agit avant tout d'un processus humain. 

Ces processus humains commencent par une analyse de risque. C'est ce qu'on appelle le threat model  ("modèle de menace"). Si le but de cette journaliste était de s'assurer que son petit copain ou sa petite copine ne puisse pas lire ses e-mails, alors peut-être a-t-elle réussi. Si c'était pour s'assurer que son patron ne lise pas ses emails, ce n'est même pas sûr que le succès soit au rendez-vous. Si c'était pour protéger ses sources vis-à-vis d'une grande entreprise sur laquelle elle mènerait une enquête, c'est encore moins sûr. Et si la NSA ou le gouvernement américain veut cibler pour connaître des informations, ils y parviendront presque à coup sûr. Sans une démarche active de l'utilisateur, une réflexion sur ce contre quoi il veut se protéger, et ensuite sur la manière dont il va s'y prendre, toute protection de la vie privée est une illusion. 

Des révélations Snowden, l'élément le plus important à retenir est la disparition de confiance, et ce à l'égard d'absolument toutes les entreprises américaines qui fournissent des services censés protéger nos données personnelles. Or la confiance est au cœur de la sécurité. Aujourd'hui, il faut tout remettre sur la table et se reposer les questions fondamentales pour déterminer comment rétablir cette confiance et ainsi nous sentir en sécurité. Ceux qui sont rassurés par une marque ou par un logo commettent une erreur, à cause de l'obligation des entreprises américaines à collaborer avec le renseignement et leurs partenaires. Aujourd'hui la confiance, donc notre  protection passe par l'échange, avec des humains ; des humaines qui utilisent des outils, déjà sur la table : des logiciels libres, des services décentralisés... conçus par les citoyens pour les citoyens. Ils garantissent la confiance, car chacun peut comprendre comment ils fonctionnent, les étudier et les partager. S'intéresser à la sécurité de nos données, et donc à la confiance, par une approche-produit, c'est prendre le problème à l'envers. Il faut commencer par l'humain.

 
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  • Par ignace - 11/03/2014 - 16:44 - Signaler un abus la meilleure solution de proteger sa vie privée, est, de ne pas

    l’étaler.....puisqu'elle est privée!!!!

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Jérémie Zimmermann

Jérémie Zimmermann est le co-fondateur de l'organisation de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet La Quadrature du Net.

 

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