Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 28 Mai 2016 | Créer un compte | Connexion
Extra

Surtaxation des CDD : François Hollande, le président Pénélope qui ne cessait de défaire ce qu’il a pourtant tant de mal à tisser

Alors que le gouvernement tergiverse sur la question des contrats de travail dans le cadre de la loi El Khomri, cet énième revirement illustre une fois de plus un quinquennat décidément marqué par des numéros d'équilibristes.

François, c'est plus fort que toi

Publié le
Surtaxation des CDD : François Hollande, le président Pénélope qui ne cessait de défaire ce qu’il a pourtant tant de mal à tisser

Atlantico : Avec la loi El Khomri, le Gouvernement souhaitait notamment développer l'emploi en CDI. Mais en cédant face aux syndicats qui exigent une surtaxation des CDD, ne s'attaque-t-il pas aux symptômes au lieu d'agir sur les causes réelles d'une offre trop faible de CDI ?

Jean-Marc Sylvestre : Le gouvernement donne une réponse politique d'une part aux manifestations du 9 mars, et d'autre part aux revendications historiques des syndicats.

Il ne veut pas rompre le dialogue, de peur de braquer les opposants au projet à force d’opiniâtreté. Il s'est donc emparé d'un certain nombre de revendications et mesures qui étaient dans le cahier de doléance des syndicats et manifestants, et à tenu ainsi à montrer qu'il était prêt à discuter.

La surtaxation des CDD (qui viendrait augmenter les 10% de prime de précarité appliqués jusqu'ici) est un moyen qu'il pense efficace pour dissuader d'utiliser des CDD pour privilégier des CDI. Mais les entreprises peuvent réagir tout autrement. Elles limiteront l'utilisation des CDD, ce qui sera un coup dur porté aux jeunes, car ce sont eux qui en feront les frais avec un fort avantage donné pour le coup aux stages. Ils auront encore plus de difficulté à trouver des premiers emplois.

L'autre conséquence est liée : si malgré tout les chefs d'entreprises veulent embaucher des CDD, ils devront réagir à l'augmentation du prix du travail, et ce, certainement par une baisse de la rémunération. C'est une fois de plus le salarié qui paye les frais de cette mesure.

La seule solution pour relancer les CDI était le contrat unique, cœur du projet de loi El Khomri, qui visait en quelque sorte à se débarrasser du CDD, en offrant plus de flexibilité, c'est-à-dire plus de facilité à l'embauche et à la sortie, et qui aurait durablement réglé le problème du chômage. Les négociations restent ouvertes : reste à attendre de voir si les mesures annexes comme cette décision sur le CDD (qui ne figurera pas dans la loi mais dans un projet annexe) ne viendront, il faut l’espérer, pas saper l'esprit du projet initial.

Dans quelle mesure cette attitude qui consiste à couper systématiquement la poire en deux dans ses réformes est-elle caractéristique de la présidence François Hollande ? Quels autres exemples (Leonarda, CICE, Mariage pour tous... obligation de passer par le 49.3 pour la loi Macron) nous a-t-il donnés de cette propension à vider de leur substance même ses propres projets de réforme ? Pour quelles raisons le Président agit-il systématiquement ainsi ?

Serge Federbusch : Plutôt que de "couper la poire en deux", François Hollande a tendance à faire des allers-retours pour revenir au point de départ initial. C’est l’agitation mère du surplace. Prenez l’exemple d’une des mesures phares de sa campagne, le fameux taux d’impôt sur le revenu à 75%, rapidement vidé de sa substance et abandonné en moins de deux ans. Idem pour l’alourdissement de la fiscalité des entreprises, corrigé par le CICE. Ou encore des 34 "plans de reconquête industrielle" de Montebourg, sévèrement toisés par Macron dès sa nomination pour se transformer en 9 "solutions" qui n’ont débouché sur à peu près rien de concret. Moyennant quoi l’empilement ahurissant de structures et dispositifs censés agir au soutien de l’industrie française est resté en l’état...

Dans ses actuelles reptations autour de la loi El Khomri, on voit le Gouvernement entonner le chant de l’allègement des contraintes pesant sur le contrat de travail puis, soudain, parler de surtaxation des CDD avant de revenir en arrière. Hollande évoque désormais des "corrections". Il a suffi d’une pétition en ligne et de manifestations d’ailleurs assez peu suivies pour l’inhiber. Hollande craint quand même que la mobilisation étudiante et lycéenne finisse par décoller au moment des beaux jours, quand les élèves dilettantes sauteront sur un prétexte pour ne pas travailler et chercheront à se fabriquer des souvenirs romantiques pour plus tard. Il va donc essayer à nouveau de louvoyer et gagner du temps.

Au fond, les seuls sujets sur lesquels il n’a pas reculé sont ceux qui irritent l’électorat dont il est sûr qu’il ne votera pas pour lui : les familles nombreuses de cadres dont on sucre les allocations, les professions libérales à hauts revenus comme les médecins et les notaires, les partisans de la Manif pour tous.

Hollande agit en président de la République comme il le faisait en premier secrétaire du PS, c’est là tout le drame.

Jean-Marc Sylvestre : Le projet de loi n'a pas encore été vidé de sa substance ! Hollande n'a pas lâché la ligne centrale du projet, qui est de fluidifier le marché du travail. Nous ne sommes pas encore dans la situation de Dominique de Villepin et Jacques Chirac en 2006, quand ils avaient abandonné le projet sur la loi CPE face à la pression des manifestants... Ils avaient alors dû fermer le dossier et passer à autre chose.

Ici, nous n'en sommes qu'aux négociations. D'une certaine façon, ce n'est pas encore du Hollande, qui aurait tergiversé, négocié, fait des compromis et certainement déshabillé le projet. Mais Manuel Valls a encore la main sur cette réforme, qui n'est qu'écornée. Il a cédé sur le plafonnement des licenciements et sur la demande de surtaxation des CDD. Peut-être que cela ira plus loin. Alors, on pourra parler de déshabillement.

Trahir l'intention de départ et sacrifier l'efficacité, au nom d'une "synthèse" politicienne toujours plus acrobatique, n'est-il pas le meilleur moyen de finir par mécontenter tout le monde ?

Serge Federbusch : C’est évidemment le grand risque de cet exercice d’équilibrisme.

Cela fonctionnerait si la croissance était revenue grâce au fameux "alignement de planètes" qu’il espérait. Hollande ferait semblant de réformer pour donner le change à Bruxelles mais continuerait à distribuer l’argent pour sauver son système clientéliste, le seul auquel les socialistes français savent donner corps. Hélas pour lui, la croissance ne montre pas le bout de son nez et sa tactique roublarde le laisse sans "grain à moudre" comme disait feu André Bergeron. Ses annonces irritent et ses résultats déçoivent. Bref, il perd sur les deux tableaux.

Jean-Marc Sylvestre : François Hollande peut-il mécontenter plus qu'il ne l'a fait jusqu'ici ? Il n'a plus rien à perdre. Il va devoir lutter contre Manuel Valls dans ce cas précis, qui pourrait remettre sa démission si le projet ne passait pas dans l'esprit qui l'animait au départ. En ce sens, le Président joue une partition compliquée !

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par J'accuse - 11/03/2016 - 09:51 - Signaler un abus Syndicalisme et socialisme

    Le syndicaliste : quand j'entends parler de réformes, je sors ma grève; le socialiste : quand je veux réformer, je sors ma taxe.

  • Par MONEO98 - 11/03/2016 - 10:10 - Signaler un abus l'ignorance économique fait peur

    mêlée au dogmatisme de la lutte des classes , il est impossible de réformer le pays autour d'une table... moralité ? tout cela finira par un dictature .Laquelle, va savoir... mais là c'est un cas d'école :il y'a un constat le CDI trop protégé , trop rigide est rejeté par les patrons qui ,eux, ont un carnet de commandes par nature non rigide... alors ils se débrouillent avec un CDD qui lui correspond à la nature de leurs demandes toutes bien particulières.ça pour des apparatchiks n'ayant jamais eu la responsabilité de présenter un bilan à un banquier ,avec à la clé , la possibilité d'être guillotinés suivant l'humeur de celui ci ,C'EST INTOLERABLE:Dans le monde des TOUS PAREILS .DU RENARD DANS LE POULAILLER ;il faut que tout le monde marche du même pas.Dans l'Idéal n'est pas de supprimer des fonctionnaire mais que TOUS soient fonctionnaires au niveau de leurs droits. voila un programme de gauche un statut "fonctionnaire"pour les salariés du privé.... on peut tout faire ,les staliniens ,les maoïstes l,'ont fait ,les khmers rouges aussi et des khmers verts et bruns piaffent d'impatience.; on peut sourire de costards sur mesure de Mélanchon... de ses mains manucurés

  • Par vangog - 11/03/2016 - 12:15 - Signaler un abus Il existe une solution libérale pour relancer les CDI

    sans pénaliser les CDD ( et donc, les jeunes), mais je n'oser la livrer, ici, tant elle va à l'encontre de la pensée unique dominante et surtaxante, terranoviste et UMPS...la solution? Détaxer de 10% les CDI, plutôt que surtaxer de 10% les CDD! Non, ça va pas? J'ai écrit une kohmerie?...

  • Par Anguerrand - 11/03/2016 - 12:47 - Signaler un abus Vangog on peut toujours rêver

    Notre état socialiste toujours avide d'argent pour cause de dépenses sans fin, ne va quand même pas renoncer à une 102 eme augmentation d'impôts. Il faut se souvenir de la décision " ecolo " de Ségolène sur les carburant fin 2015. Un centime de plus sur le gasoil et un centime de moins sur l'essence. Ça s'est terminé comment par une hausse des 2 carburants de 2,5 cts sur le GO et un ct sur l'ESSENCE. ILS NOUS ONT COUILLONNÉ UNE FOIS DE PLUS EN PROFITANT DE LA BAISSE DU PÉTROLE.

  • Par kaprate - 11/03/2016 - 14:04 - Signaler un abus équation politique

    Mais il s en fout des contrats de travail dans le privé! Complètement! Si il privilégiait l intérêt de la France, il serait en exil... Non ce qui l intéresse c est de ratisser assez large pour rester au perchoir. Tout ce qui compte c est de trouver la meilleure équation entre plutôt convaincus du projet en dépit de concessions et de plutôt convaincus des concessions en dépit du projet. Ce n est ni de la bonne volonté contrariée, ni du réformisme incompris, ni de la diplomatie, ni de la hauteur présidentielle, c est un simple calcul tactique.

  • Par Jean-Benoist - 11/03/2016 - 14:10 - Signaler un abus Il est carbonisé

    pour 2017..Alors il devrait aller jusqu'au bout de cette réforme flexibilité pour les embauches, allègement des charges et s'inspirer de ce qui se passe ailleurs dans les pays où le taux de chômage est de 5%.

  • Par kaprate - 11/03/2016 - 14:12 - Signaler un abus @vangog

    Par solidarité, je vous invite à ne pas renouveler ce genre de provocation, vous allez finir assigné à résidence avec un contrôle fiscal... Si besoin, pour ces kohmeries plaidez le burn out, ça peut marcher...

  • Par A M A - 11/03/2016 - 15:12 - Signaler un abus Mais qu'est-ce que c'est

    Mais qu'est-ce que c'est cette histoire de réforme du travail. L'opinion lui est hostile et le gouvernement la met sur la table comme un saltimbanque sortirait un lapin de son chapeau. Et pour couronner le tout Jupiter tonnant choisit comme prestidigitatrice une inconnue fort peu convaincante descendue mystérieusement de l'Olympe. C'est à n'y rien comprendre, à moins qu'il y ait un calcul biscornu derrière cette salade, un calcul sur des enjeux politiques inavouables.

  • Par john mac lane - 11/03/2016 - 16:03 - Signaler un abus Que faut il être nul en économie et anti-social

    Surtaxer les emplois de précaires pour bien mettre les précaires dans la merde. Que c'est con. Et en plus rien a voir avec le code du travail, mais juste pour que l'UNEDIC puisse être à flot. C'est sur les précaires doivent payer les bobos intermittents. Déjà que les chômeurs de longue durée payent une taxe invisible sur leur indemnité en redistribution pour les intermittents, voici que s'ils ont la chance de trouver un job, celui ci sera rendu plus cher et surtaxé pour bien dissuader les employeur de ne pas les prendre. Terrifiant! Terrifaint de connerie démagogique.

  • Par Yves3531 - 11/03/2016 - 16:43 - Signaler un abus Et si comme le suggère AMA...

    il s'agissait de couper l'herbe sous les pieds de la future majorité de 2017 ou avant en carbonisant par avance une mesure utile, mais de droite ? Possible, mais ils sont tellement cons que je ne suis pas sûr que cela leur soit venu à l'esprit !

  • Par essentimo - 12/03/2016 - 08:27 - Signaler un abus Ils sont nuls

    et en plus, sourds et aveugles !

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaine BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

Voir la bio en entier

Serge Federbusch

Serge Federbusch est président du Parti des Libertés. Il est l'auteur de La marche des lemmings ou la 2e mort de Charlie, paru le 6 mai aux éditions Ixelles

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€