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Surprise : le sondage qui révèle un profond désir d’Europe (et à côté duquel passent totalement les hommes politiques européens)

Avec l'émergence des partis populistes dans plusieurs Etats membres, la défiance à l'égard de l'Union semblait grandissante. Mais l'analyse de plusieurs signaux montre au contraire une demande forte d'Europe, plus puissante, sociale et pragmatique... Ce que la configuration actuelle n'est pas en mesure d'offrir.

Tous ensemble tous ensemble hey ! Hey !

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Comment cette demande pourrait-elle se traduire dans la pratique ? Quels pourraient être les approfondissements de cette Europe dans sa configuration désirée, et quelle en serait la nature exacte ?

Christophe de Voogd : Ce pragmatisme fixe à la fois les possibilités et les limites d’un tel approfondissement : possibilités évidentes d’un vrai "gouvernement économique européen", à condition que chacun ne le comprenne pas comme l’extension de sa propre culture politique avec ses péchés mignons : "l’harmonisation" est réclamée de tous côtés, mais cela ne peut pas signifier pour nos partenaires, comme le souhaite la France, le matraquage fiscal et l’orgie de la dépense publique pour tous ! Inversement, cela ne peut pas signifier l’extension à tous du modèle allemand, fondé en définitive sur l’éthique protestante, là encore, analysée par Weber, du travail et de l’épargne : que la chancelière actuelle soit une fille de pasteur n’est pas anecdotique...

Le pragmatisme a pour corollaire le compromis et le respect des voies nationales vers un modèle européen de convergence sur lequel en définitive l’immense majorité des pays sont d’accord : économie de marché, liberté de mouvement et de résidence, égalité des opportunités et solidarité sociale en faveur des plus faibles. Les eurobaromètres successifs montrent de façon aussi massive qu’inaperçue un immense consensus sur ces valeurs. Qui font que l’Europe est l’Europe !

Ce qui aussi rend caduque l’éternelle querelle, purement académique, entre "fédéralistes" et "intergouvernementalistes" : L’Europe n’a pas vocation à être une super-nation, ni même une "fédération d’Etats-nations" selon la formule aussi belle que mystérieuse de Delors, mais bien davantage un modèle de civilisation organisé politiquement. L’eurobaromètre nous indique qu’il y a une forte demande d’Europe sur ce point qui passe évidemment par une conscience historique et culturelle commune. Or la culture et l’histoire sont pour l’opinion européenne, selon l’eurobaromètre, les deux vecteurs à privilégier pour l’approfondissement de l’Union. Et le pays qui donne les plus grands scores à ces deux vecteurs n’est autre que …la France. Qui le sait ? Qui le dit ?

Christophe Bouillaud : La chose qui redonnerait à l’Union européenne une légitimité, c’est sans doute sa capacité à vraiment protéger les Européens des aléas de la mondialisation économique. Il se trouve que c’est déjà le discours des autorités européennes : pour prendre un exemple, l’Euro, selon le Gouverneur de la Banque de France Christian Noyer dans un entretien récent avec le Monde, est censé nous avoir protégés de la crise financière et de la crise économique mondiale. Cette affirmation est bien sûr risible vu le niveau de chômage présent dans la zone Euro, et vu la faible croissance de la zone euro depuis 2008. Cette déclaration, indécente "à l’insu de son plein gré", résume tout le problème : l’Union européenne prétend "protéger", mais elle ne protège pas du tout en réalité les plus faibles des Européens, sauf à jouer sur l’argument spécieux du "cela serait pire sans".

Il faut donc pour retrouver de son lustre que l’Union européenne donne la priorité à la défense, réelle et pas seulement verbale ou fictive, des intérêts concrets de ses populations les plus démunies. Il faut pour faire simple que l’Union européenne réinvente un "Etat social" pour le XXIe siècle à son propre niveau. De ce point de vue, le fait que les Slovaques rejettent massivement toute arrivée de réfugiés sur leur sol ne traduit pas tant leur racisme ou leur xénophobie que le fait que cet ex-pays de l’Est a choisi un modèle socio-économique après 1989 qui a totalement sacrifié les protections sociales. C’est certes très bien pour attirer des investisseurs étrangers, dont les firmes automobiles qui y ont trouvé un eldorado du travail pas cher et sans contraintes, mais cela ne rend pas en réalité les gens très heureux et prêts à faire montre de générosité ensuite. 

Même réflexion pour la réaction des Hongrois, qui, par ailleurs, sont des gens pas très peu heureux de leur sort selon les sondages disponibles sur le sujet. La crise migratoire actuelle constitue en fait la conséquence du fait que les Etats européens ont négligé depuis plus d’un quart de siècle de s’assurer que leurs citoyens les plus démunis face à la concurrence européenne et mondiale - que l’Union européenne a encouragé par ailleurs - soient réellement aidés à la supporter ou à la surmonter. Ce n’est ainsi pas un hasard si ce sont des ex-Allemands de l’est qui tentent de brûler les centres d’accueil pour migrants que le gouvernement de Berlin veut installer dans leurs régions. Ce sont aussi les régions d’Allemagne où les gens se déclarent les moins heureux – ce qui est fort logique d’ailleurs vu les forts taux de chômage et le choc durable qu’a été pour ces populations de l’ex-RDA la perte subite de leurs anciennes garanties sociales.

Lors de la guerre d’Algérie, le journaliste Raymond Cartier avait inventé la formule : "la Corrèze avant le Zambèze" pour justifier la décolonisation au nom de la défense des régions pauvres de la métropole. L’Union européenne devrait s’en inspirer : "Valenciennes avant Vientiane" ou "Newcastle-on-Tyne avant Lagos" pourrait être le nouveau slogan, au sens où il faudrait sans doute que les élites économiques et politiques européennes s’intéressent plus à développer le continent dans son entier, au sens géographique et social, plutôt que de jouer la mondialisation à outrance. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 28/08/2015 - 08:32 - Signaler un abus Führerin

    Un long article… Qui commence par affirmer que ''l'Europe, c'est formidable'', mais si vous persévérez votre lecture, vous constaterez qu'ensuite, l'enthousiasme s'amenuise ! L'Europe étouffe sous la botte allemande et même une grosse nouille comme François Hollande se rend compte qu'appliquer le fascisme d’Angela Merkel chez nous serait suicidaire. En fait, notre président restera dans l'Histoire, comme un nouveau maréchal Pétain, qui a fait de son mieux pour minimiser les folies de la Führerin !

  • Par Nargath - 28/08/2015 - 09:11 - Signaler un abus Europe

    Pour faire remonter l'U.E dans l'estime des européens, il ne suffisait que d'une phrase de Junker le soir au JT : "Pas un seul de ces migrants ne pausera le pied en terre européenne".

  • Par Djib - 28/08/2015 - 09:29 - Signaler un abus Demander au renard de protéger le poulailler.

    Attendre de l'Europe qu'elle régule l'immigration et qu'elle nous protège des effets néfastes de la mondialisation revient à demander au renard de prendre soin des poules. La pusillanimité de nos eurocrates finit par masquer que leur idéologie est immigrationniste et libérale. Pour s'en convaincre il suffit de voir l'acharnement déployé par les institutions ou les juges de la CEDH pour empêcher d'arrêter les clandestins (condamnation des interpellations qui ne sont pas motivées par un trouble à l'ordre public) et de les expulser (cf la "directive retour" qui porte si mal son nom, puisqu'elle oblige les Etats à demander poliment un retour volontaire au contrevenant). Ou encore l'interdiction, au nom du respect des droits de l'homme, d'effectuer un test de paternité sur les candidats à l'immigration qui déclarent être le père d'un enfant né en France d'une étrangère, décision surréaliste qui alimente les réseaux ethniques d'immigration abusive. Idem pour la mondialisation: les libéraux de Bruxelles, si friands de normes, n'ont vu aucun obstacle à ce que les viticulteurs US mettent l'appellation "château" sur leurs bouteilles (une bronca diplomatique française a mis fin au projet).

  • Par cadi67 - 28/08/2015 - 10:20 - Signaler un abus uthopie

    Mais tous le monde est pour l'Europe. Cela reste cependant utopique. Du moins tant qu'une certaine mafia sera à la tête de la plupart des leviers tant politiques qu'économique des états membres. Pour l'instant nous avons l'Europe des délinquants. Il faut tout faire pour en sortir.

  • Par MIMINE 95 - 28/08/2015 - 10:27 - Signaler un abus Ca tombe à pic

    Je viens de terminer un livre, paru en 2009 du géopoliticien Jean François Susbielle, intitulé : le déclin de l'empire Européen, qui dominera l'Europe ?, pour tous les romantiques de l'Europe, à lire Absolument et les autres ne sont pas exemptés, ça leur permettra d'avoir une culture historique de l'Europe et d'être d'accord....... ou pas .Les français aiment la vision romantique de l'Europe qu'on leur vend depuis toujours, la réalité risque de les surprendre.

  • Par Anguerrand - 28/08/2015 - 10:57 - Signaler un abus Voilà que les frontistes vont tomber de leur chaise

    Les français ne veulent pas quitter l'Europe ni revenir au franc et avec un retour en arrière mettre des frontières pour aller en Belgique ou Espagne, frontières qui ont toujours été contournées, voir les trafiquants a l'époque où celles ci existaient. Ce qu'ils veulent c'est une Europe plus démocratique. La France c'est moins de 1% de la population du monde, donc un nain a cette échelle. La pire chose serait de se recroqueviller sur ses frontières et devoir faire du change pour aller dans toute l'Europe. Si l'on veut interdire des importations la réplique de ces pays sera immédiate. Sans compter que nous importons des produits que nous ne produisons plus et qui sont impossible à produire compte tenu de coût du travail.

  • Par vangog - 28/08/2015 - 12:32 - Signaler un abus Les europeistes ne respectent déjà pas les référendums!

    Alors, les sondages...

  • Par GP13 - 28/08/2015 - 12:49 - Signaler un abus Sondage sans réelle signification.....

    Tout le monde est "pour" l'Europe.... en paix, prospère, etc.... Les souverainistes sont pour, et les fédéralistes aussi. Mais aucun consensus n'existe sur les "moyens", dans aucun pays, alors il semble bien hasardeux de trouver un sens commun à ce qui en est dépourvu.

  • Par MIMINE 95 - 28/08/2015 - 13:05 - Signaler un abus A ANGUERRAND

    Les Français font toujours ce que leur auto intitulé "élites" leurs disent de faire et de penser et même s'ils se rendent bien compte que cela n'est pas logique et va à l'inverse de ce qu'ils constatent dans leurs vies de tous les jours. Pour autant, Ils n'osent pas chercher à comprendre ou rechercher une éventuelle controverse qui leur permettrait d' avoir un regard plus éclairé sur le monde. Je n'ai jamais aimé les sermons de curé, on m'a appris à ne pas avoir peur d'une opinion divergente, à regarder là où on me disait de ne "surtout" pas aller voir et surtout de à ne pas me préoccuper du quand dira-t-on des grenouilles de bénitiers . Les Français et d'autres peuples européens vont dans le mur, savent parfaitement pourquoi et pourtant, Ils continuent à penser que les versions apocalyptiques et caricaturales telles ,celles que vous donnez, sont peut être vraies et restent paralysés par la trouille. A l'heure d'internet et d'amazon c'est impardonnabe.

  • Par cloette - 28/08/2015 - 14:02 - Signaler un abus compter sur l'Europe

    pour gérer la crises des migrants , normal c'est l'Europe qui a fait venir les migrants, qu'elle résolve le problème , mais en déduire que les Français aiment l'Europe, on a l'impression qu'ils la rejettent plutôt, dans la forme actuelle avec sa troïka, son Junker, etc !

  • Par Anguerrand - 28/08/2015 - 15:19 - Signaler un abus A MIMINE 95

    Je suis un esprit totalement indépendant, j'ai mes idées et je picore des idées partout, je n'ai aucune confiance dans la presse actuelle sauf Valeurs Actuelles qui donne des infos cachées dans tous les autres médias. Quand je dis que c'est a l'Europe-Continent que peut venir la solution de l'invasion de l'europe et de la France en particulier, mais je précise qu'il faut revoir l'europe actuelle pour une Europe démocratique ou le peuple peut déterminer son avenir et je pose la question, pourquoi MLP n'organise pas un référendum sur l'immigration, il suffit de réunir 4 m signaturpour que légalement ce référendum soit organisé et je me pose la question si précisément cette immigration ne l'aide pas politiquement et c'est pour cela qu'en dehors de déclaration elle ne fait rien comme ce référendum ou une grande manif. Je n'ai aucune confiance en MLP ou Philippot, Marion me semble avoir des convictions fortes et surtout pas de gauche. La seule solution contre l'immigration c'est le blocus des côtes africaines par les pays européens ( seul Fillon dont je doute ) a defendu cette idée, je ne voterai par pour lui mais ça me semble la SEULE solution actuellement.

  • Par zouk - 28/08/2015 - 15:23 - Signaler un abus Les opinions publques en avance sur leurs dirigeants

    C'est d'une évidence absolue pour la France. Est-ce le cas dans tous les pays de l'UE? Peut-on réellement croire que tous souhaitent une Europe plus intégrée, respectueux de l'histoire, oui, mais plus probablement de chacune des histoires nationales. Constatation probablement encore plus nette quant aux cultures, au sens très large littérature musque, religions....etc

  • Par 2bout - 28/08/2015 - 17:15 - Signaler un abus Qu'un transfert de pouvoirs politiques,

    économiques, diplomatique ... s'opère de Paris à Bruxelles, des autres capitales européennes vers le siège européen est dans la logique du cheminement entamé mais, est-il judicieux, opportun et constructif, d'envoyer dans cette autre strate administrative la médiocrité nationale, les rebuts du gouvernement ou les invendus politiques ?

  • Par Liberte5 - 28/08/2015 - 21:19 - Signaler un abus L'Europe est censée nous protéger......

    mais il suffit de voir l'invasion subie actuellement , pour comprendre qu'il s'agit d'un vœu pieux, que l'Europe ne peut agir, au mieux, ou laisse faire cela par calcul pour dissoudre le peuple Européen.Cette deuxième hypothèse est je crois la plus crédible.

  • Par Anouman - 28/08/2015 - 21:20 - Signaler un abus Profond désir d'Europe

    Pas de chance, je ne rencontre pas les bon Français qui ont un désir d'Europe. Peut-être parce que j'évite le plus possible les naïfs qui croient tout ce qu'on leur dit et rêvent au Père Noël Européen? Mais ils devraient se rendre à l'évidence, il n'y a aucun pays de l'Union qui brille par sa démocratie et cette Europe ne bougera pas, sauf dans le mauvais sens. Mais que ceux qui veulent y croire le fassent, après tout il y en a bien qui croient en en Dieu bon et miséricordieux depuis des millénaires sans jamais en voir la moindre preuve.

  • Par Gré - 29/08/2015 - 00:34 - Signaler un abus "on renvoie le problème sur l

    "on renvoie le problème sur l’Italie et la Grèce qui y peuvent encore moins" -------------- pour la Grèce, c'est vrai, mais personne ne demande à la marine italienne d'aller chercher les clandestins dans les eaux libyennes

  • Par joke ka - 29/08/2015 - 13:10 - Signaler un abus Europe

    l'Europe oui je suis pour mais pas comme elle est gérée actuellement elle nous impose des normes complexes qui nuisent à nos entreprises et ne nous protège aucunement des dangers qui nous menace tout dépend de comment la question a été posée aux interrogés il y aurait un coup de pied a mettre dans la fourmilière et à repenser le fondations sur lesquelles elle repose

  • Par joke ka - 29/08/2015 - 13:14 - Signaler un abus anouman

    les sondés ont dû être triés sur le volet par les sondeurs! ou la question posée devait être ambigüe

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Christophe de Voogd

Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017).

Spécialiste des Pays-Bas, il est l'auteur de Histoire des Pays-Bas des origines à nos jours, chez Fayard. Il est aussi l'un des auteurs de l'ouvrage collectif, 50 matinales pour réveiller la France.

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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