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Supprimer les allocs pour les familles riches, le très mauvais calcul économique du gouvernement

De nombreux membres de la majorité sont prêts à mettre fin à l’universalité des allocations familiales et à la supprimer pour les familles les plus aisées. On parle de 440 millions d’euros par an.

N'est pas Robin des Bois qui veut

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Supprimer les allocs pour les familles riches, le très mauvais calcul économique du gouvernement

Atlantico : Au-delà de l'apparente justice de cette mesure, ne s'agit-il pas d'une mesure globalement défavorable aux familles ? Les cadres supérieurs qui gagnent plus de 6000 euros dans une grande ville sont certes des privilégiés mais ils sont aussi obligés d’avoir recours des emplois à domicile car les nécessités de leurs carrières l'exige souvent (nounous pour aller chercher les enfants à l'école quand ils sont encore au bureau etc.). Leur cadre de vie - facilité matérielle exclue - ne justifie-t-il pas ainsi autant des allocations que les autres familles ?

Jacques Bichot : La politique familiale fut au lendemain de la Libération une politique nataliste, qui absorba près de la moitié des ressources de la jeune Sécurité sociale (40% en 1946, 50 % en 1948). Le taux des cotisations famille, 12 % en 1946, a culminé à 16,75 % en 1951, avant d’évoluer à la baisse à partir de 1959. Après la Libération, le général de Gaulle ne resta pas longtemps à la tête de l’État, mais le personnel politique de la IVe République resta fidèle à l’idée qu’il avait exprimée en disant que, si les Français ne se remettaient pas à faire des enfants, la France ne serait plus qu’une grande lumière qui s’éteint. Et ce fut le « baby-boom », avec durant vingt ans un taux de fécondité d’environ 2,8 enfants par femme.

La Ve République, curieusement, prit le contrepied de la politique impulsée précédemment par son créateur. La politique familiale devint progressivement une politique sociale, destinée à venir en aide aux malheureuses victimes du « risque famille », comme si mettre des enfants au monde et les élever était une sorte de maladie ou d’accident. Les technocrates se mirent à compliquer le système des prestations familiales, en multipliant les formules et les conditions d’attribution – y compris les conditions de ressources. Dix ans plus tard le baby-boom était remplacé par une natalité permettant à peine, ou pas tout-à-fait, le renouvellement des générations.

La diminution du poids des prestations familiales dans le budget des familles modestes a été de pair avec la multiplication des conditions de ressources qui a pénalisé les familles aisées. Les « pauvres » n’ont pas le moins du monde profité de la diminution des prestations familiales destinées aux « riches ». En fait, le personnel politique a tout simplement cessé de considérer la naissance des enfants comme un atout pour le pays. Les réductions de prestations ciblées sur les familles aisées ont, bien plus efficacement que tous les discours, montré à l’ensemble des familles qu’elles n’étaient plus intéressantes pour nos gouvernants. Le poisson pourrit par la tête : quand on envoie aux cadres et aux chefs d’entreprise un signal comme quoi la République se fiche qu’ils aient ou non des enfants, les professions intermédiaires et les plus modestes entendent ce signal 5 sur 5, presque comme s’il leur était destiné.

 
Commentaires

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  • Par winnie - 17/10/2017 - 08:41 - Signaler un abus Quelle hypocrisie!

    quand on gagne 4,5,6000 € par mois a t on besoin de 37 € de plus pour s offrir les services d une nounou?

  • Par wwmat - 17/10/2017 - 09:01 - Signaler un abus Quand on a pas de quoi

    eduquer des enfants on en fait pas, et on ne les laisse pas a charge de la societe. Pour moi toutes ces allocations devraient etre supprimées. Le surpeuplement planetaire etant le plus gros probleme mondial.

  • Par ajm - 17/10/2017 - 09:12 - Signaler un abus Faux riches.

    Pretendre qu'un couple est riche quand il gagne au total 6000 euros par mois est grotesque. Dans la région parisienne notamment, beaucoup de couples de cadres moyens avec enfants( jeunes diplômés dans la trentaine) sont dans cette tranche de revenus , ils payent dans les 2000 euros par mois pour se loger, un IRPP non négligeable compte tenu du rabotage permanent du quotient familial , la cantine pour les enfants au prix maximum, idem pour la crèche quand ils y ont accès ( crèches encombrées d'enfants dont un parent ne travaille pas et qui pour autant ne s'occupe pas de ses enfants ) ...

  • Par DANIEL74000 - 17/10/2017 - 09:15 - Signaler un abus égalité

    Trop de gens instruits pour être intelligents. Les allocations sont pour les enfants par pour les parents ; par contre tout revenu, toute aide doit être imposée que l'on soit petit ou grand privé ou public voici la justice . Une chose n'est pas juste par qu'elle est loi mais elle doit être loi parce qu'elle est juste (Charles de Montesquieu)

  • Par Ganesha - 17/10/2017 - 09:58 - Signaler un abus Pauvre

    Il y a ici un abonné d'Atlantico qui gagne 6.000 euros par mois, et qui se considère comme pauvre. À chacun de ses lecteurs de se forger sa propre opinion...

  • Par Deudeuche - 17/10/2017 - 13:56 - Signaler un abus @Ganesha

    2 cadres moyens mariés (1 homme et 1 femme, chabadabada....:) et qui ont chacun 3000 gagnent 6000. C’est que dit le monsieur. Juste pour les sans culottes insoumis aux RSA prompts à la jalousie égalitaire et qui ne comprennent pas!

  • Par Ganesha - 17/10/2017 - 16:02 - Signaler un abus 90%

    En 2015, selon l'Insee, 90% des couples ayant au moins un enfant, disposaient d'un revenu inférieur à 75.210 euros par an (6.267 euros par mois). === https://www.insee.fr/fr/statistiques/2416647

  • Par ClauZ - 17/10/2017 - 19:30 - Signaler un abus En parlant de revenus ...

    Le couple "d'insoumis" Alexis Corbières et la binationale Raquel Garrido touchent mensuellement + 25K€. Pas mal pour des prolétaires donneurs de leçons !

  • Par annethi - 17/10/2017 - 19:34 - Signaler un abus parallèle politique familiale/ politique des retraites

    Personne ne se demande ce que donnerait la politique familiale française appliquée aux retraités (il faut rappeler que l'on de cotise pas pour sa retraite, on paie celles de la génération précédente): les retraites seraient prises en charge à 40 ou 50% par les familles elles même. Le reste serait soumis à conditions de ressources. Les retraités ayant des enfants gagnant bien leur vie, ne toucheraient pas de retraite et seraient totalement pris en charge par leur famille. Tout le monde trouverait ce système parfaitement injuste. C'est pourtant ce modèle qu'on applique aux familles.

  • Par Deudeuche - 17/10/2017 - 23:54 - Signaler un abus Avoir des enfants

    Un signe extérieur de richesse. Il faut être gravement francilien dans sa banlieue surpeuplée et coupée de la France, et seul et jaloux de tous ceux qui touchent plus que le RSA pour avoir ce raisonnement de crécelle!

  • Par Ganesha - 18/10/2017 - 07:24 - Signaler un abus Prime de naissance

    Si l'on suit le raisonnement de certains intervenants, on pourrait imaginer un système ''inversé''. On fixerait pour chaque tranche de revenus, un quota maximum d'enfants. Les familles pauvres qui se reproduiraient trop paieraient une taxe, qui serait versée sous forme de ''prime de naissance'' aux plus riches !

  • Par CasCochyme - 18/10/2017 - 18:37 - Signaler un abus vaste problème

    Il y a tellement de choses qu'il faudrait supprimer à la place, ou qu'il n'aurait tout simplement jamais fallu mettre en place pour commencer, ou qu'il aurait fallu instaurer à la place. Mais c'est sans doute trop tard maintenant, et il est inconvenant et incorrect d'en parler au fond, donc, là aussi, continuons donc joyeusement vers le naufrage, en jouant du violon comme sur le Titanic. Enfin en france, les vendeurs de poussettes n'ont pas de soucis à se faire, les fabriquants non plus (si tant est que celles-ci ne soient pas majoritairement "made in China"), les affaires sont assez bonnes et l'État rembourse de toute façon.

  • Par lémire - 22/10/2017 - 18:43 - Signaler un abus Baisse de la natalité des "moyens riches"

    Je pense que la baisse des allocations familiales des familles "aisées" n'est pas la cause principale de leur baisse du pouvoir d'achat réel. Le principal trou dans leur portefeuille vient de la hausse continuelle du coût du logement, et de la baisse d'attractivité du pavillonnaire (transports, insécurité) Y contribue aussi la dégradation continue du "niveau de service" de l'enseignement prodigué par notre bien-aimée République, qui oblige de nombreux parents à assurer l'avenir de leurs enfants en les envoyant dans le privé (et pas seulement ceux qui gagnent 6000 euros par mois à deux) Autre facteur de baisse de la natalité des classes moyennes : la précarisation et l'uberisation des jobs qualifiés qui ruine leur confiance en l'avenir (peu de gens informés adhèrent à l'idée que le chemin de la réussite pour leurs enfants, c'est de fonder sa start-up). Je ne crois pas que les gens renoncent à faire des enfants parce que l'Etat leur envoie un mauvais signal, ni parce que les politiciens se comportent de manière stupide et démagogique, il faut des raisons plus graves

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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